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Nom, Prénom
Adresse
Monsieur Daniel Bouton
Président de la Société Générale
Compte n° :
Le …./…./2002
Monsieur le Président,
Comme tous
les titulaires d'un compte à la Société Générale, j'imagine, j'ai
reçu une lettre de votre part visant à me rassurer sur l'affaire de
blanchiment pour laquelle vous faites l'objet de mises en examen. J'ai
le regret de vous dire que je ne suis pas du tout rassuré !
Vous dites
: " La Société Générale participe activement depuis des
années, en coopération avec les autorités publiques et avec tous
les moyens dont elle dispose, à la lutte contre le blanchiment
". S'il s'agit vraiment d'une de vos préoccupations majeures, je
reste très étonné quant aux réels moyens mis en œuvre ! En effet
je retiens de votre lettre qu'il n'existe pas aujourd'hui
d'instruments de contrôles réellement fiables, pour les multiples
raisons que vous énumérez vous-même :
-
le
trop grand nombre d'opérations à contrôler, en particulier dans
le traitement des chèques,
-
les
contrôles largement automatisés : cela signifie qu'ils sont
perméables aux opérations douteuses que seule la vigilance
humaine peut détecter,
-
le
flou qui existe dans les directives des autorités de tutelle
elles-même : on peut comprendre qu'elles cherchent plus à se
couvrir qu'à contraindre les établissements à mettre les moyens
nécessaires.
A cela on
pourrait ajouter le double conflit d'intérêt auquel sont exposées
les banques : le premier est que plus elles appliquent à la lettre
les mesures préventives et plus elles risquent de perdre des clients
; le second est que les banques contrôlent elles-mêmes leurs propres
services. Nous sommes ici loin de la transparence.
Les
banques ne peuvent pas d'un côté affirmer lutter efficacement contre
le blanchiment et de l'autre invoquer, lorsqu'un scandale éclate, les
difficultés à tenir le rôle qu'on leur a imposé.
Et qu'en
est-il des opérations faisant intervenir un de ces territoires non
coopératifs _comme Israël dans le cas de cette affaire précise_ qui
figurent sur la liste noire du GAFI ?
Je n'ai
enfin jamais entendu dire que la prévention du blanchiment ait
jusqu'à présent porté ses fruits et que l'argent sale ait diminué
en volume, encore moins la fraude fiscale. Au contraire ! Il doit donc
bien y avoir du laxisme quelque part.
Par
ailleurs, je m'étonne que la Société Générale soit une des
banques françaises les mieux implantées dans les paradis fiscaux qui
sont pourtant considérés comme la clef de voûte de la délinquance
financière : vous avez de nombreuses succursales et filiales _ telle
Asset Management ou SG Private Banking _ se trouvant dans ces
localisations peu recommandables comme Chypre, les Emirats Arabes
Unis, Jersey, Guernesey, le Liban, Labuan (Malaisie), le Luxembourg,
Monaco, Panama, Singapour, Philippines ! J'aimerais vraiment
comprendre comment le fait d'attirer une certaine clientèle "
haut de gamme " dans ces lieux spécialement conçus pour la
mettre à l'abri des lois et de la fiscalité de son pays ne
contribuerait pas, même indirectement, au blanchiment de l'argent
sale, à l'évasion fiscale, voire au financement du terrorisme.
En tant
que client(e) et citoyen(ne), je peux difficilement accepter une
situation où ma banque, quelle que soit la qualité de ses services,
contribue à l'existence d'un monde sans loi que je réprouve au plus
au point ; je ne manquerai pas d'en tirer toutes les conséquences.
Veuillez
recevoir, M. le Président, l'expression de mes sentiments respectueux
et civiques,
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