Comment critiquer l'OMC ?
"libre-échange = croissance" : la critique doit porter en premier lieu sur ce dogme fondateur du catéchisme libéral !
1/ Les pays qui ont réduit l'écart avec les pays riches sont ceux qui ont pris des décisions de protection de leur marché intérieur, décisions aujourd'hui proscrites par l'OMC.
2/ La théorie dite des " avantages comparatifs " - selon laquelle la concurrence internationale conduit " naturellement " chaque pays à produire ce pour quoi il est le plus doué - est démentie par les faits : la libre circulation des biens, des services et des capitaux ne favorise pas la " compétitivité " mais la concentration du capital financier.
3/ La suppression des barrières douanières ne stimule pas le commerce et la croissance. En effet, en trente ans, les tarifs douaniers ont fortement baissé alors que la croissance mondiale s'est constamment effritée : 3,8 % entre 1973 et 1979 ; 3,3 % entre 1980 et 1989 ; 3,0 % entre 1990 et 1998. Par contre, la concurrence internationale provoque pour les pays " avancés " délocalisations, chômage et destruction de la protection sociale.
4/ Le développement du commerce mondial ne s'accompagne pas de progrès sur le chemin de la paix : le libre-échange est une guerre pour la conquête des marchés ; et il n'y a jamais eu autant de conflits armés que lors de la dernière décennie.
5/ Les USA et la Grande-Bretagne sont aujourd'hui convertis à la religion du libre-échange. Mais ils ont d'abord pris le soin de construire leur position économique dominante sur le protectionnisme qu'ils prétendent aujourd'hui interdire aux pays dominés.
6/ Que peut bien signifier la liberté du commerce pour les 2 milliards de personnes qui vivent aujourd'hui avec moins de deux dollars par jour ? Que peuvent-ils donc acheter et échanger sur un marché " globalisé " où la concurrence sera libre ?
La seconde critique doit porter sur le manque de démocratie : quand les peuples ont-ils été et seront-ils consultés sur cette logique de libéralisation ? Qui choisit pour eux ? Même les élus sont écartés de décisions qui sont le résultat de négociations secrètes menées par des " experts " dont la caractéristique commune est qu'ils sont tous plus ou moins acquis au catéchisme néolibéral et qu'ils sont " conseillés " par des commissions et des clubs de réflexion financés par les entreprises transnationales. Où sont les choix des peuples des pays en développement et des pays les moins avancés écrasés par la dette et, par conséquent, prisonniers de cette logique de réduction de la dépense publique et d'ouverture des marchés ?