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Semences et O.G.M

1. La vie confisquée

3. Les O.G.M. en Amérique du Nord : premier bilan

2. La pieuvre Limagrain

4. Pourquoi nous nous opposons aux OGM

La vie confisquée

Jean-Pierre Berlan, chercheur à l'I.N.R.A et grand pourfendeur d'O.G.M., a coutume d'évoquer les marchands de chandelles jaloux du soleil, qui auraient fait de bien plus gros bénéfices s'ils avaient pu empêcher celui-ci de briller. Mais le soleil est incontrôlable et imbrevetable, ce qui n'est pas le cas des semences dont ont besoin agriculteurs et jardiniers. Et donc, depuis maintenant un bon siècle, les semenciers s'efforcent de contrôler le marché des graines, et de proposer à leurs clients des produits permettant en principe d'obtenir une meilleure qualité et de meilleurs rendements, l'idéal étant pour eux que le paysan soit obligé chaque année de racheter son stock de semences. Avec l'apparition des hybrides, le maïs leur a permis de réaliser en partie leur rêve. Le développement des O.G.M. serait pour eux le sommet du bonheur : des graines toutes brevetées, avec interdiction pour le paysan de les replanter après la récolte, vendues en "package" avec l'herbicide auquel la plante génétiquement modifiée est censée résister, des silos appartenant à la même société qui se chargera de commercialiser les produits, tel est le modèle dont rêvent les apprentis sorciers de l'agriculture industrielle. Ce modèle est déjà largement mis en place en Amérique du Nord, mais pour l'instant l'Europe fait de la résistance, les mouvements citoyens étant pour une bonne part responsables de cette résistance.

Quoi qu'il en soit, avec ou sans O.G.M., il faut savoir que la plupart des semences commercialisées dans le monde appartiennent à quelques très grands groupes dont on ne sait plus trop s'ils s'occupent de chimie, de pharmacie ou d'agriculture. Le numéro un mondial est le chimiste DuPont de Nemours (spécialisé à ses débuts dans la fabrication d'explosifs), qui a racheté en 1999 le groupe américain Pionner Hi-bred, (maïs, oléagineux, luzerne et céréales). Numéro deux mondial : Monsanto, à qui on doit la déforestation du Viêt-Nam dans les années soixante et, plus récemment, l'herbicide Roundup de plus en plus controversé. Numéro trois : le groupe pharmaceutique suisse Novartis ; numéro quatre, le français Limagrain, sur lequel on aura l'occasion de revenir ; numéro cinq, l'américain Seminis, spécialisé dans les fruits, les légumes et les fleurs, présent dans 150 pays. On ajoutera à ces cinq géants le groupe chimiste allemand Bayer (producteur du Gaucho destructeur d'abeilles), qui vient d'engloutir la société Aventis, elle-même propriétaire de Rhône-Poulenc, et qui ne cache pas ses ambitions en matière d'O.G.M.

Voilà donc les grandes sociétés qui ont en charge de produire et de vendre les semences du XXIe siècle. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais il y a de quoi être inquiet !

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La pieuvre Limagrain

Dans la liste des plus grands groupes semenciers mondiaux, Limagrain occupe une place particulière par son statut de groupe coopératif. Au départ, la "Coopérative de production et de vente de semences sélectionnées du Massif Central", fondée en 1942 en Auvergne, avait pour objectif de produire ses propres semences de blé dans un contexte de guerre rendant difficile tout approvisionnement. En 1965, la coopérative décide de se spécialiser dans le maïs semence et d'investir dans la recherche, en collaboration avec l'I.N.R.A. Elle prend alors le nom de Limagrain (les grains de Limagnes). Son siège se trouve à Chappes, non loin de Clermont-Ferrand, et le groupe comporte 600 adhérents, tous agriculteurs sur les terres de Limagnes.

Tout cela est plutôt sympathique, mais il faut savoir que Limagrain est aussi une holding employant 5 200 salariés, avec un réseau de près de cent filiales, implantées dans plus de vingt pays et exportant sur les cinq continents. Le groupe est le quatrième semencier mondial, il est aussi le leader en Europe des semences de maïs, de blé et autres céréales à paille, et le numéro un mondial des graines potagères.

Si vous recherchez des graines pour votre jardin, qu'il s'agisse de fleurs, de fruits ou de légumes, vous pourrez difficilement échapper à Limagrain, qui a racheté le groupe Vilmorin en 1975 et possède en Europe les marques suivantes : Abondance, Carters, Clause, CNOS, Dobies, Flora Frey, Flora Geissler, Freya, Garten perle, Nickerson, Suttons, Tézier, Vilmorin et Vita. À quoi on ajoutera en Amérique du Nord les marques Ferry-Morse, Source of Nature (bio), Lilly Miller, Harris Moran et Niagara, et en Asie-Pacifique Henderson, Kyowa-Seed, Marco Polo Seed.

Même boulimie avec les grandes cultures. Outre sa propre marque (LG), Limagrain possède en Europe les marques Anjou, Nickerson, Verneuil, en Amérique du Nord Agrigold, Great Lakes Hybrids, Pride, LG Seeds, Wensman. De plus, le groupe attache une importance particulière à la filière blé, qu'elle souhaite contrôler depuis les semailles jusqu'à l'assiette du consommateur. C'est ainsi qu'en 1995 Limagrain a acquis le groupe Jacquet (biscottes, pains grillés, pains de mie, bun's), et possède également Blé Or (panification fraîche et surgelée), Schlüter (pâtisserie et panification fraîche), ou encore les minotiers FCI et MCT.

Dès les années 1980, Limagrain a compris tout l'intérêt que représentaient pour lui les biotechnologies : le groupe installe un laboratoire de recherches en 1984 dans une université de Clermont-Ferrand (les Cézeaux). Une dizaine d'années plus tard, en liaison avec quelques autres semenciers français, il crée en 1997 la société Biogemma, spécialisée dans la recherche en biotechnologie végétale. Actionnaire majoritaire, Limagrain détient 55 % des parts de Biogemma, contre 25 % à Pau-Euralis, 10 % à Unigrains et 10 % à Sofiprotéol.

Biogemma est associé à de nombreux projets liés aux O.G.M., soit avec d'autres groupes privés, par exemple Bayer dans Rhobio, soit avec l'État dans le projet Génoplante, mis au point en 1999 avec la bénédiction de Claude Allègre. Génoplante regroupe bon nombre d'organismes publics (CNRS, INRA, IRD), associés à Biogemma, Bayer (Aventis) et Bioplante (GIE créé par les autres leaders de la sélection des céréales à paille en France aujourd'hui : Florimond, Desprez et SERASEM, filiale de SIGMA). L'objectif est simple : ne pas laisser le champ libre aux États-Unis en matière d'O.G.M, breveter toutes les découvertes et, accessoirement, mieux nourrir la planète.

Il y a pourtant trop de gens en Europe, et notamment en France, qui ne l'entendent pas de cette oreille. Limagrain compte fermement sur le nouveau gouvernement pour mettre au pas les "passéistes" qui s'obstinent à refuser les O.G.M. Pierre Pagesse, actuel président de Limagrain, tient à ce sujet un discours facile à décrypter, même s'il s'habille d'arguments pleins de bon sens paysan :

" Alors que l'agriculture est menacée d'essoufflement, la société ne lui a jamais autant demandé : elle doit non seulement relever le défi alimentaire mais garantir l'équilibre des territoires et contribuer à un meilleur environnement. Ces missions, elle ne pourra les réussir qu'au prix d'un effort considérable en matière de recherche et d'innovation. Cinq prix Nobel français l'ont d'ailleurs clairement rappelé. Ils ont insisté sur la nécessité de promouvoir des ruptures techniques et soutenu, en particulier, l'utilisation judicieuse des plantes génétiquement modifiées. L'agriculture doit être au cœur de cette mutation. Elle doit maîtriser son destin. Elle doit développer sa propre recherche et ne pas laisser quelques géants mondiaux de l'industrie imaginer son avenir à sa place. L'agriculture durable, c'est d'abord des agriculteurs qui durent. "

(propos publiés sur le site biogemma.com)

Actuellement, Limagrain, sous son nom propre ou en partenariat, mène des expériences de cultures transgéniques en plein champ en France, au Royaume-Uni, en Italie et en Espagne sur les produits suivants : maïs, colza, melon, tournesol, tabac, tomate, blé, pomme de terre. Dernier détail : alors que tous les grands groupes chimiques et pharmaceutiques investissent dans les semences, Limagrain se lance dans la pharmacie en créant Meristem (1997), société destinée en principe à produire des protéines thérapeutiques à usage médical. On notera cependant que l'un des premiers brevets déposés par Meristem concerne une séquence ADN produisant un enzyme destiné à empêcher la germination des graines laissées au sol après la récolte : bref, une variante du gène terminator, dont on ne voit pas trop l'intérêt thérapeutique.

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Les O.G.M. en Amérique du Nord : premier bilan

"Six années de cultures OGM aux Etats Unis et au Canada", un rapport accablant disent la FNAB et Greenpeace

La Fédération Nationale d'Agriculture Biologique des régions de France et Greenpeace, dans un communiqué commun, incitent les pouvoirs publics à se pencher sur un rapport de la Soil Association qui selon eux "révèle le bilan désastreux de l'agriculture transgénique en Amérique du Nord."

Selon ce rapport que la Soil Association, association de promotion de l'agriculture biologique au Royaume Uni vient de rendre public, le soja, le maïs et le colza génétiquement modifiés ont coûté à l'économie américaine depuis 1999 au moins 12 milliards de dollars en subventions, baisse des prix, pertes de marchés d'exportations et rappels de produits.

Selon ce rapport les agriculteurs n'ont pas obtenu les profits promis par l'industrie des biotechnologies et les problèmes de contamination entre cultures traditionnelles et cultures d'organismes génétiquement modifiés (OGM) ont entraîné un kyrielle de difficultés économiques et juridiques.

La Fédération Nationale d'Agriculture Biologique des régions de France (FNAB) et Greenpeace, qualifient d' "accablant "ce rapport qui porte sur plus de six années de cultures OGM aux Etats Unis et au Canada : " Rendements décevants ; épandage massif d'herbicides, dont l'atrazine, un herbicide toxique dont l'usage est censé être rendu inutile par les OGM ; apparition de résistances simultanées à 3 molécules herbicides chez les adventices ("mauvaises herbes") ; dégâts des pyrales du maïs remplacés par ceux d'autres insectes (…en attendant une résistance à la molécule Bt contenue dans les maïs insecticides) ; effets "secondaires" totalement imprévus et dommageables aux paysans ; pertes de marché et prix bas pour les producteurs ; impossibilité de se fournir en variétés non contaminées ; impossibilité de maintenir des filières sans OGM."

Le rapport , soulignent les deux organisations indique qu'en 2001, en moyenne, les variétés de soja Roundup Ready (soja tolérant à l'herbicide Roundup) ont obtenu des rendements inférieurs de 6 % aux rendements des mêmes variétés conventionnelles, et inférieurs de 11 % à ceux des variétés conventionnelles à hauts rendements. Au niveau de la quantité d'herbicide utilisée, les 10 % de champs de soja les plus traités (surtout plantés avec du soja Roundup Ready) requièrent 34 fois plus d'herbicide que les 10 % les moins traités (variétés conventionnelles).

"Cet échec agronomique et économique désastreux doit renforcer les Etats européens dans leur refus de lever le moratoire actuel, face à une Commission encline à céder aux pressions américaines", déclare Eric Gall, chargé de campagne OGM à Greenpeace France.

Pour les signataires du communiqué, "Ce rapport ne peut qu'abonder dans le sens de tous ceux qui, en Europe, réclament la plus grande prudence et l'interdiction de toute culture OGM en plein champ, tant que tous les doutes n'auront pas été levés sur les dangers, et tant qu'une séparation étanche n'est pas possible entre filières OGM et non-OGM "

Pour la FNAB et Greenpeace, le rapport de la Soil Association montre que ces deux conditions sont impossibles à remplir. "Si, demain, la Commission européenne réussissait à lever le moratoire qu'ont imposé les Etats membres pour les cultures OGM, elle condamnerait les filières sans OGM, dont la filière bio. Ce serait peut-être même aller à l'encontre de ce qui se dessine en Amérique du Nord : une baisse drastique des cultures OGM, voire leur abandon à terme", déclare Vincent Perrot, délégué général de la FNAB.

Suite à ce bilan désastreux, datant du début du mois de septembre, d'autres résultats, venus des États-Unis et publiés le 27 septembre, s'efforcent de rectifier le tir :

Selon une étude du National Center for Food & Agricultural Policy de Washington l'emploi de graines OGM de maïs et de soja ou encore de tournesol aurait significativement augmenté le revenu d'agriculteurs tout en diminuant fortement la consommation de pesticides.

Cette étude du National Center for Food & Agricultural Policy de Washington, (organisation privée à but non-lucratif, peut-on lire dans le Washington Post), montre que des variétés OGM de maïs, de soja et de tournesol entraîneraient dans le Kansas une augmentation de la production de 290 000 tonnes, provoquant un accroissement du chiffre d'affaires de 52 millions de dollars et une réduction de 900 tonnes des pesticides utilisés.

Dans le Missouri, l'agriculture OGM de pommes, de maïs, de coton, de riz et de soja produirait 105 000 tonnes d'aliments et de fibres en plus, entraînant ainsi une augmentation du chiffre d'affaires de 81 millions de dollars et une réduction de 1 750 tonnes de pesticides.

L'avenir nous dira très vite qui a raison, mais ce n'est pas la première fois qu'on constate que la consommation d'herbicides, loin de diminuer, a considérablement augmenté en Amérique du Nord ces dernières années.

(information recueillie sur le site agrisalon.com)

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Pourquoi nous nous opposons aux OGM

Nous ne pensons pas à Attac que les OGM nous veulent systématiquement du mal : produire des plantes pouvant se passer d'herbicides, d'engrais chimiques, des variétés de végétaux ayant des caractéristiques technologiques intéressantes, capables de résister à la sécheresse, au froid etc... n'est pas sans intérêt, surtout si l'on considère la tendance démographique de la planète.

L'histoire des sciences nous apprend cependant que chaque découverte peut produire du bon grain ou de l'ivraie, selon ce qui en est fait et surtout selon les intérêts financiers de ceux qui exploitent la découverte ou le procédé. C'est le cas des OGM. Le principe de précaution exige que l'on fasse très sérieusement le tri, quelle que soit la pression économique ou sociale pour l'escamoter. Ce tri doit se faire dans la sérénité et à l'abri de pressions, ce que seule la puissance publique peut garantir.

Encore faut-il qu'elle s'en donne les moyens. Non seulement elle doit assurer le financement des recherches pour établir les effets des OGM (financement qu'elle pourrait exiger des industriels désirant diffuser ces OGM), mais également la liberté de la démarche scientifique et de communication des chercheurs impliqués, qui doivent impérativement être à l'abri de sanctions ouvertes ou déguisées si leurs résultats ne vont pas dans le sens voulu par l'industriel.

Pour l'instant, force est de constater que ce n'est pas le cas, et que nous ne savons pas grand-chose sur les OGM, notamment sur leur toxicité : lorsqu'on introduit un insecticide dans l'ADN d'une plante, on est en droit de se demander quels en seront les effets à long terme sur les consommateurs. On est en droit aussi de s'interroger sur la contamination des champs non-OGM par les pollens venus de parcelles où l'on cultive des plantes génétiquement modifiées. Cette contamination existe, elle a été plusieurs fois constatée (quatorze exemples ces dernières semaines en Grande-Bretagne) et serait mortelle pour l'agriculture biologique.

Voilà pourquoi, dans l'état actuel des connaissances, et afin de prévenir toute catastrophe irréversible, le moratoire sur les OGM doit être maintenu au sein de la communauté européenne, et les essais en plein champ interdits, même si les OGM ne sont pas systématiquement condamnables.

Jean Tosti, attac 66

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ATTAC 66

Un autre monde est possible

Association pour une taxation des transactions financières pour l'aide aux citoyens