Ratification Lisbon Treaty: Delay in Belgium - Avis critique du Conseil d'Etat sur le traité de Lisbonne


 

Source : Daily Press Review from Belgium & Agence Belga  – 02/03/2008 & 03/03/2008

 

The Belgian ratification of the Lisbon Treaty might be delayed. The seven Belgian parliaments are expected to ratify the Treaty by next summer. In an advice, the State Council links the Treaty to the Belgian state reform and writes that the law on the state reform of 1980 needs to be modified to determine officially which parliament represents Belgium at the European Council. The Lisbon Treaty stipulates that the Council can take decisions on issues that fall under the competence of the Belgian Regions and Communities. Also for the European alarm bell procedure, the State Council advises to modify the law of 1980.

 

Le Conseil d'Etat a rendu son avis sur le traité européen de Lisbonne au gouvernement belge. Le traité de Lisbonne réforme le traité sur l'Union européenne et le traité instituant la Communauté européenne. L'avis du Conseil d'Etat est détaillé dans un document de 60 pages et en 44 points. Sur certains points, le texte est plus précis, si pas plus critique que l'avis rendu le 15 février 2005 sur le traité constitutionnel. L'institution d'un procureur européen, le rôle du Premier ministre au sein du Conseil européen et le rôle des parlements dans le cadre de la nouvelle règle sur la subsidiarité ont été particulièrement analysés. Le traité de Lisbonne doit entrer en vigueur le 1er janvier 2007. Cela ne sera possible qu'à la condition que tous les Etats membres ratifient le traité avant cette date. Pour la Belgique, cela s'apparente à une course contre la montre, puisque pas moins de 7 parlements doivent donner leur accord. L'avis du Conseil d'Etat pourrait ralentir le processus puisqu'il formule plusieurs réflexions sur divers points du traité. Ce traité de Lisbonne diffère, en plusieurs points, du traité constitutionnel qui avait été abandonné après le "non" des populations françaises et néerlandaises. Bien que la Belgique ait à l'époque ratifié la constitution, les modifications apportées au nouveau traité, mais aussi les remarques du Conseil d'Etat, devraient alimenter quelques polémiques politiques.

 

Les principales réflexions du Conseil d'Etat concernent les points suivants:

 

* Le droit européen dérivé et la constitution belge

 

Le Conseil d'Etat propose de réfléchir à la possibilité d'assouplir la procédure de révision de la constitution belge. Une révision plus flexible faciliterait l'adaptation de la constitution en fonction du droit européen. Il ne faut pas oublier, ajoute le Conseil d'Etat, que les institutions européennes prennent parfois des règlements et directives qui sont en contradiction avec la loi belge. Etant donné la suprématie du droit européen, en ce compris le droit européen dérivé, la Belgique ne peut pas se prévaloir de la constitution pour s'opposer à de telles dispositions européennes.

 

* Protection des droits fondamentaux et libertés

 

Dans plusieurs cas, notamment pour la liberté de la langue, l'enseignement et le culte, la constitution belge accorde une protection plus large que celle accordée dans le cadre de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Selon le Conseil d'Etat, la Charte ne porte pas préjudice à la protection assurée par la constitution belge. L'article 53 de la Charte serait le garant de cette protection élargie accordée par les constitutions nationales, qui ne seraient donc pas remises en cause. La question se pose toutefois dans le cas où le droit européen dérivé entre en contradiction avec les garanties nationales. Est-ce que c'est alors la constitution nationale qui prévaut, comme le détermine l'article 53, ou est-ce que la suprématie du droit européen s'applique? Le Conseil d'Etat note que les deux interprétations sont possibles et la Cour européenne de justice devra trancher sur ce point.

 

* Procureur européen

 

Par rapport à son avis rendu en 2005, le Conseil d'Etat s'est minutieusement intéressé à la possible création d'un procureur européen. Le conseil de l'Union européenne peut dans ce cas décider, après consultation du parlement européen, à l'unanimité. Si l'unanimité n'est pas atteinte, un groupe d'au moins 9 Etats membres peut intervenir et tenter de forcer un consensus. Si ce dernier n'est pas possible, les 9 Etats, via une coopération renforcée, pourraient néanmoins instituer le procureur européen. D'après le Conseil d'Etat, cette procédure n'est pas en contradiction avec la constitution belge. Il la compare au Statut de Rome de la Cour pénale internationale, qui a également reçu l'aval du parlement belge. On pourrait toutefois, pour le Conseil d'Etat, envisager une révision de la constitution belge, pour qu'elle soit totalement en harmonie avec le droit européen.

 

* Révision des traités

 

L'une des innovations du traité de Lisbonne est la procédure de révision simplifiée du traité européen. Celle-ci est scellée dans l'article 48 et fait référence aux "clauses de transition" dites "passerelles". De cette manière, il est possible de modifier le traité sans passer par les traditionnelles procédures de validation par les Etats membres. Selon l'article 48, le Conseil européen peut décider seul de donner l'unanimité à certains domaines politiques et de se prononcer à la majorité qualifiée. Si les parlements "nationaux" ne font pas d'objection dans les six mois, l'affaire est acquise. "La Belgique et les entités fédérées pourraient donc être liées par une modification du traité, sans que que les assemblées législatives compétentes aient formellement donné leur accord à ce sujet", avertit le Conseil d'Etat, qui peut admettre la chose mais en y ajoutant toutefois deux conditions. "Les chambres législatives doivent connaître les limites des modifications futures et indiquer formellement qu'elles sont d'accord avec ces changements." La question se pose de savoir ce qu'il va alors se passer, lorsque les modifications du traité seront adoptées, si le parlement n'est plus d'accord. Le Conseil d'Etat lance la balle dans le camp du législateur. Il doit décider si dans ce cas il doit y avoir une disposition qui oblige le gouvernement à suivre le parlement. L'étape suivante est la compréhension des parlements nationaux. Selon le traité de Lisbonne, ceux-ci peuvent seulement formuler des objections, ce qui soulève le problème de savoir quel sera le rôle des assemblées régionales belges. Le gouvernement belge était conscient, lors de la signature du traité de Lisbonne, que des problèmes pouvaient pointer leur nez à ce sujet et a donc introduit une déclaration unilatérale (numéro 51). Cette dernière précise que la sphère parlementaire belge comprend également une composante des régions et des communautés. L'Union européenne en a pris "acte". Le Conseil d'Etat fait remarquer que cette déclaration ne lie pas l'UE et les autres Etats membres.

 

* Représentation de la Belgique au Conseil européen

 

Le traité de Lisbonne innove également en ce qui concerne le Conseil européen, le club des chefs d'Etat et de gouvernement. Il est ainsi reconnu comme institution de l'UE et bénéficie d'une compétence de décision dans une série d'affaires, notamment en ce qui concerne les modifications simplifiées du traité. De là, la question de savoir de quelle manière l'Etat belge sera représenté au sein du Conseil européen. Sur base de l'actuel accord de coopération (8 mars 1994) entre le fédéral, les communautés et les régions, seule la représentation au Conseil des ministres est résolue. L'accord de coopération doit dès lors être adapté, de sorte qu'un règlement soit instauré pour la représentation, la prise de position et le vote au Conseil européen. "Pour donner à cet accord une base juridique solide, il est nécessaire d'adapter la loi spéciale du 8 août 1980 sur la réforme des institutions", estime le Conseil d'Etat. L'intervention peut avoir comme conséquence que l'autonomie du Premier sur un Conseil européen soit profondément endiguée.

 

* Rôle des parlements nationaux dans le règlement de subsidiarité

 

Selon le traité de Lisbonne, les parlements des Etats membres de l'UE peuvent obliger la Commission européenne à soumettre à nouveau un projet de loi déterminé. Lorsqu'une majorité de parlementaires marquent leur objection, la Commission peut seulement maintenir sa proposition si elle l'accompagne d'un avis motivé. Dans son avis de 2005 sur le traité constitutionnel, le Conseil d'Etat avait conseillé aux chambres législatives belges de conclure un accord de coopération, ce qui eut lieu le 19 décembre 2005. Mais le Conseil d'Etat a des doutes profonds sur la valeur juridique de l'accord. "Les parlements concernés doivent élaborer une réglementation juridiquement valable et efficace", écrit le Conseil d'Etat. "Encore une fois, une modification de la loi spéciale du 8 août 1980 est nécessaire. Il faut aussi définir une limite spécifique pour pouvoir introduire un recours à la Cour européenne dans ce cas." Enfin, le Conseil d'Etat demande que le parlement reçoive une version consolidée des traités. "Celle-ci pourrait être utile au parlement, afin d'être parfaitement informé", selon le Conseil d'Etat.