Déclaration de  Francis WURTZ,  Président du groupe GUE/NGL

 

Présidence slovène

 

PE - Strasbourg 15/01/2008

  

Pour cette première présidence d'un nouveau pays membre, la Slovénie hérite de ses prédécesseurs d'un certain nombre de dossiers plutôt ingrats. 

 

Ainsi, concernant la ratification du traité de Lisbonne, est-elle tenue de s'assurer qu'aucun Etat membre, hormis l'Irlande, ne donne le "mauvais exemple" en organisant un référendum. Y compris dans les pays où des engagements avaient été pris en ce sens.  C'est en quelque sorte entrer à reculons dans l'ère du rapprochement entre les citoyens et les institutions de l'Union. Franchement vous méritiez de servir une plus noble ambition.

 

Sur le plan social, la présidence aura tout d'abord la lourde tâche de débloquer deux projets de directives emblématiques: d'une part, sur le temps de travail et le tristement fameux "opt out"; de l'autre, sur le travail intérimaire et l'égalité de traitement des salariés.

 

Elle n'échappera pas non plus à un débat de fond sur les suites à donner aux récents arrêts de la Cour dans les affaires Vaxholm-Laval et Viking Line, qui légitiment le dumping social.  Mon groupe a, d'ailleurs, demandé l'inscription à l'ordre du jour d'une prochaine session du Parlement d'un débat sur cette question.  En effet, est ainsi relancée toute la problématique de la directive Bolkestein et des dispositions du traité sur lesquelles elle est fondée.  En pleine ratification d'un nouveau texte reprenant l'intégralité de ces dispositions, cela fait plutôt désordre.

 

Enfin, toujours sur le plan social, l'Europe est confrontée à l'exigence croissante d'une augmentation des salaires: en effet, "leur part dans la valeur ajoutée recule depuis des décennies.  Elle n'a même jamais été aussi faible", souligne la presse économique elle-même.  Or la BCE menace de remonter les taux si cette exigence, pourtant si légitime, était satisfaite.  Et ce -reconnaissent les experts - "bien que les profits n'aient jamais été aussi élevés".  Si nous ne mettons pas cette question à l'ordre du jour, elle s'y imposera d'elle - même, sous peu.

 

Je rappelle que le document commun aux présidences allemande, portugaise et slovène souligne à son point 68 que celles-ci "s'efforceront en priorité de renforcer le modèle social européen, qui fait partie intégrante de la stratégie de Lisbonne".  Comme dit l'adage: "la preuve du pudding, c'est qu'on le mange".

           

 

Un mot également à propos d'un autre sujet sensible: celui des migrants "en situation irrégulière".  A son stade actuel, le projet de "directive retour" mérite le qualificatif de "directive de la honte" que lui ont donné les organisations de défense des droits humains.  Son adoption en l'état éclairerait d'un jour cruel les belles intentions affichées par l'Union dans le cadre du "dialogue interculturel".

 

Je conclus sur le problème du Kosovo.  Avant toute décision, ne serait-il pas justifié d'avoir quelques éclairages sur une triple question:

 

D'abord, comment expliquer que 2 milliards d'euros d'aide de la communauté internationale y aient abouti, en l'espace de 7 ans, à l'inexistence d'un développement économique, à une pauvreté endémique, au chômage d'un habitant sur deux, à la prolifération de la corruption et des réseaux maffieux?

 

Ensuite, comment expliquer que 17 000 soldats de l'OTAN se soient montrés incapables d'empêcher la destruction de dizaines d'édifices orthodoxes; l'enlèvement ou l'assassinat de centaines de citoyens kosovars de communautés minoritaires; et l'exil forcé de milliers d'autres?

 

Enfin, en quoi la proclamation unilatérale de l'indépendance du Kosovo et le remplacement de la Minuk par l'Union européenne résoudront-ils ces problèmes vitaux tout en assurant la stabilité des Balkans?

 

Je serais curieux d'entendre votre réponse.