Les contribuables islandais refusent de payer pour l’aveuglement des banques, par Aurélie Trouvé et Einar Mar Gudmundsson dans Le Monde

suivi du communiqué d’Attac France et de celui du CADTM
jeudi 11 mars 2010

LEMONDE.FR

Le peuple islandais vient de dire non. C’est une bonne nouvelle pour les peuples européens en proie aux diktats de plus en plus insupportables de l’industrie financière internationale, relayés par les gouvernements et l’Union européenne.

En 2008, en pleine crise économique, le système bancaire islandais s’écroulait et avec lui, la banque en ligne Icesave, filiale de Landsbanki, une des trois grandes banques islandaises, qui opérait au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Cette banque avait pris tous les risques,...

dans un pays où le monde de la finance, en lien étroit avec le gouvernement, misait à fond sur la dérégulation et les combines. A l’autre bout figurent des clients britanniques et néerlandais appâtés par des rémunérations mirobolantes de leurs dépôts. La grande majorité des contribuables islandais refuse aujourd’hui de payer l’addition pour les errements du système bancaire privé et d’un gouvernement irresponsable.

Face à l’écroulement d’Icesave, les autorités britanniques ont recouru en 2008 à la législation antiterroriste pour geler les avoirs islandais au Royaume-Uni. La manœuvre aggrava encore les problèmes en étouffant davantage l’économie islandaise, prise en otage dans cette affaire. A présent, le Royaume-Uni et les Pays-Bas réclament à l’Islande le remboursement des sommes qu’ils ont dépensées pour dédommager individus, entreprises et institutions lésées par la faillite d’Icesave. Ils prétendent s’appuyer sur le droit européen, ce que les Islandais contestent : selon ces derniers, le fonds de garantie des dépôts était de la responsabilité exclusive des banques islandaises, sans garantie en dernier ressort de l’Etat islandais.

Quoi qu’il en soit, la note présentée est inacceptable pour les 320 000 habitants de ce petit pays : 3,8 milliards d’euros, soit 40 % du PIB islandais, 12 000 euros par habitant ! Pour faire payer cette dette, sans doute sur plusieurs générations, le Royaume-Uni et les Pays-Bas multiplient les menaces d’isolement économique. Ils reçoivent l’appui du Fonds monétaire international et des autres pays riches. A la clé : annulation des soutiens promis pour la reconstruction du pays et refus d’adhésion à l’Union européenne. Le choix est clair : mieux vaut sauver l’image du secteur bancaire européen face aux agences de notation et au monde financier, que porter secours à un pays qui s’écroule.

Pour ce faire, il s’agit d’obliger l’Islande à adopter une loi rétroactive reconnaissant sa responsabilité dans la faillite du système bancaire islandais. Sous les menaces, le Parlement islandais a voté une première loi dans ce sens, plafonnant cependant les montants remboursés selon une certaine proportion du PIB islandais. Le texte ayant été refusé par le Royaume-Uni et les Pays-Bas, le Parlement a revoté une loi levant toute condition au remboursement. Face à une pétition signée par un quart des électeurs, le président islandais a alors refusé de signer le texte de loi et a suspendu la décision au référendum du 6 mars. Le non a été soutenu par de nombreuses organisations de la société civile dont Attac, qui vient de se créer en Islande.

Bien entendu, les agences de notation ont rétrogradé l’Islande au plus bas. Les lobbies financiers accusent déjà les Islandais de ne pas prendre leurs responsabilités et de reporter les conséquences sur les contribuables britanniques et néerlandais. Mais ne pourrait-on pas, au contraire, considérer que les Islandais prennent la seule position responsable et envoient ainsi un signe vers le reste de l’Europe ? Pour la première fois, de façon concrète, les citoyens refusent de payer pour les énormes risques pris par des banques privées et des investisseurs dans le seul but d’une super rentabilité de leur capital. N’ayant guère vu la couleur de ces profits toujours croissants au doux temps de l’euphorie financière, les contribuables ne se résignent pas à devenir les dindons de la farce.

Les avoirs qui subsistent de la banque Landsbanki devraient servir à dédommager en partie le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Au-delà subsiste une question : qui doit payer pour les dégâts et les énormes déficits publics provoqués par la crise financière ? Ces dernières semaines une vague de grèves a secoué la Grèce : là aussi les salariés et les contribuables refusent de payer les pots cassés de la crise sous la pression de la spéculation monétaire. Nul doute que dans de plus en plus de pays, les contribuables refuseront de laisser libre cours à un système financier prédateur qui, après avoir été sauvé du gouffre par les Etats, veut maintenant les mettre à genoux. Les gouvernements se retrouvent face à leurs responsabilités : imposer de fortes régulations publiques au système financier, à commencer par la suppression des hedge funds et des marchés de gré à gré, un encadrement très strict des marchés de dérivés, une mise sous contrôle public des agences de notation, un démantèlement des paradis fiscaux, la construction d’un pôle financier public européen sous contrôle démocratique et enfin, une taxation internationale sur les transactions financières, seule à même de juguler la finance et de financer les urgences sociales et écologiques au plan mondial.

Aurélie Trouvé est coprésidente d’Attac France,

Einar Már Guðmundsson est écrivain et membre d’Attac Islande


COMMUNIQUE D’ATTAC FRANCE du 7 mars 2010

Islande : "non", les contribuables n’ont pas à payer
Communiqué d’Attac France

Les premiers résultats indiquent un rejet massif de la loi Icesave
par les islandais, à plus de 95% contre (1% pour et 4% d’absention).
Cette loi aurait obligé de verser 3,8 milliards d’euros, soit 12 000 euros
par habitant islandais, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Les citoyens
islandais refusent ainsi de payer pour les errements du système bancaire
privé et de gouvernements irresponsables.

La banque en ligne Icesave opérait au Royaume-Uni et aux Pays-Bas en prenant
tous les risques et en proposant des rémunérations mirobolantes à ses clients.
Victime de ses propres combines financières, la banque s’écroulait dès 2008.
Le Royaume-Uni et les Pays-Bas réclament à présent à l’Islande le remboursement
des sommes qu’ils ont dépensées pour dédommager les clients lésés par la faillite
d’Icesave. Ils prétendent s’appuyer pour cela sur le droit européen et la garantie
en dernier ressort de l’État islandais, ce que les Islandais contestent.

Dès 2008, suite à l’écroulement d’Icesave, le Royaume-Uni avait recouru à la
législation antiterroriste pour geler les avoirs islandais, étouffant davantage
l’économie islandaise. Aujourd’hui, pour faire payer la dette aux contribuables
islandais, le Royaume-Uni et les Pays-Bas multiplient les menaces d’isolement
économique, d’annulation des soutiens promis et de refus d’adhésion à l’Union
européenne. Cela avec l’appui du Fonds monétaire international, de l’Union
européenne et des autres pays européens, pour qui la bonne image du secteur
bancaire européen passe avant la reconstruction économique et sociale d’un pays.

Les lobbies financiers accusent maintenant les Islandais de ne pas prendre leurs
responsabilités. Nous considérons au contraire qu’ils prennent une position responsable :
pour la première fois, de façon concrète, les citoyens refusent de payer pour les énormes
risques pris par des banques privées et des investisseurs dans le seul but d’une rentabilité
maximale du capital. Ce « non » a été soutenu par la société civile islandaise dont Attac,
qui vient de se créer en Islande. Il fait écho aux mobilisations des citoyens grecs qui
refusent de payer les pots cassés de la crise sous la pression de la spéculation monétaire.
Il donne corps à toutes les revendications visant à imposer de fortes régulations publiques
au système financier, à commencer par une taxation internationale sur les transactions financières.

Attac France,
Le 7 mars 2010


CADTM

Islande : le CADTM salue le Non massif au référendum sur la loi Icesave par CADTM

8 mars 2010

Samedi 6 mars, les Islandais se sont rendus aux urnes pour se prononcer sur la loi « Icesave », qui prévoyait la nationalisation de dettes privées et l’imposition de mesures économiques antisociales afin de trouver les fonds pour rembourser ces dettes. Le CADTM se réjouit de l’écrasante victoire remportée par le Non, avec environ 93% des suffrages exprimés. Cela constitue une victoire importante contre le néolibéralisme.

L’Islande a subi de plein fouet la crise financière et l’Etat a nationalisé les trois principales banques du pays, totalement privatisées en 2003, pour les sauver de la faillite. Le peuple islandais s’est mobilisé massivement pour faire payer le coût de cette crise aux responsables : les banques et les fonds spéculatifs. En août 2009, le Parlement a adopté une résolution pour conditionner le remboursement de cette dette aux « capacités de paiement » du pays. Le CADTM dénonce le FMI et l’Union européenne qui ont pesé de tout leur poids pour renverser cette orientation.

Dans la nuit du 30 au 31 décembre 2009, le Parlement a voté la loi « Icesave », qui visait à confirmer la nationalisation de ces dettes privées et à organiser, via des mesures d’austérité (gel des salaires, diminution des dépenses publiques…), le remboursement intégral (3,9 milliards d’euros) des montants avancés par les Etats britanniques et hollandais pour indemniser leurs « citoyens lésés » par la faillite de la banque en ligne islandaise Icesave en octobre 2008. C’est cette loi que les Islandais viennent de refuser catégoriquement.

Le CADTM reste très vigilant afin que ce choix soit respecté. Rappelons-nous ce qui s’est passé à propos du Traité de Lisbonne : alors que les Français avaient dit Non au Traité constitutionnel européen, le gouvernement français a tout de même fait approuver le Traité de Lisbonne qui l’a remplacé en passant par la voie parlementaire, tandis qu’après un premier vote négatif en Irlande, le gouvernement irlandais a imposé un nouveau référendum afin de parvenir au Oui.

Le CADTM demande au gouvernement islandais de refuser la logique néolibérale tout en garantissant la justice sociale. Pour cela, le CADTM propose une série de mesures concrètes qui pourraient être mises en place rapidement : nationalisation sans indemnisation du secteur bancaire, interdiction de nationaliser les dettes privées, moratoire immédiat sur le remboursement de la dette, mise en place d’un audit intégral de la dette islandaise en vue de répudier toutes les dettes odieuses ou marquées d’irrégularités, impôt exceptionnel sur le patrimoine des grosses fortunes afin de développer des emplois publics socialement utiles et respectueux de la nature… Cela serait conforme à la Déclaration sur le droit au développement, adoptée par l’ONU en 1986, qui stipule dans son article 2 : « Les Etats ont le droit et le devoir de formuler des politiques de développement national appropriées ayant pour but l’amélioration constante du bien-être de l’ensemble de la population et de tous les individus, fondée sur leur participation active, libre et utile au développement et à la répartition équitable des avantages qui en résultent. »


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