Europe 2020 : pourquoi changer une stratégie qui perd ? par Attac france

vendredi 26 mars 2010

Alors que la contrainte financière et budgétaire pèse de plus en plus sur les peuples européens, en tout premier lieu en Grèce et au Portugal, le Conseil européen doit lancer les 25 et 26 mars la stratégie « Europe 2020 » proposée par la Commission européenne. Elle prolonge la stratégie de Lisbonne adoptée en 2000, qui affichait comme objectif de faire de l’Europe « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010 ».

Dans le contexte de la crise financière et économique, la Commission est revenue à plus de modestie : il s’agit maintenant pour l’Europe de préserver ses positions dans le marché mondial, et non plus de viser le haut du podium. Il faut dire que le bilan de la stratégie de Lisbonne est catastrophique. D’inspiration résolument néolibérale, elle a contribué à plonger l’Europe dans la crise financière et économique. C’est ce modèle lui-même qui est responsable de la situation que nous connaissons aujourd’hui.

La crise économique a renforcé les inégalités et aboutit à de graves conséquences sociales. Le réchauffement climatique se poursuit. Le système économique menace d’épuisement les ressources naturelles. Pourtant, le modèle de développement n’est pas mis en cause. Il est juste repeint aux couleurs d’une croissance « verte, intelligente et inclusive », défendue par des lobbies patronaux tels que l’European Round Table. Trois grands axes structurent « Europe 2020 » :
- la « croissance intelligente », reposant sur une vaste réforme marchande des universités, une réforme de la gouvernance d’Internet et la création d’un « marché des services et biens en ligne ».
- La « croissance verte », qui mise sur le développement du marché des biens et services « verts », et comprend la mise en place d’accords commerciaux bilatéraux de libre-échange et de propriété intellectuelle sur les technologies vertes avec les pays en développement.
- La « croissance inclusive », qui reprend les termes de la politique sociale européenne : réforme des systèmes de protection sociale par la flexisécurité, l’allongement des années à travailler et la formation « tout au long de la vie ». Au-delà de ces changements, l’Union européenne se voit contrainte d’annuler ses discussions sur les objectifs en matière d’éducation, dans un contexte où des mouvements sociaux ont touché les universités en Allemagne et en Autriche, après la France, l’Italie, la Grèce l’année dernière.

Des objectifs en trompe-l’œil

Les objectifs associés sont dans la continuité de ceux fixés en 2000 pour 2010. Ils sont formulés sur un mode incantatoire, afin d’étalonner les « progrès » des pays membres (le « benchmarking »), et mettre à l’index les pays mauvais élèves.

Comment la Commission prévoit-elle d’augmenter le taux d’emploi des 20 à 64 ans à 75 % (soit + 6 points), de réduire de 20 millions le nombre de pauvres (partant de 78 millions en 2009), de diminuer l’abandon scolaire de 15 % à 10 % et d’augmenter la part de la population ayant obtenu un diplôme universitaire à 40 % en 2020 (partant de 31% aujourd’hui) ?

Comment espère-t-elle porter les dépenses de recherche et développement à 3% (contre moins de 2% aujourd’hui) ?

Sont ajoutés les objectifs annoncés au sommet de Copenhague sur le climat : réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 20 % par rapport aux niveaux de 1990 (ou de 30 % si les conditions sont « favorables »...) ; faire passer la part des sources d’énergie renouvelable à 20 % ; et accroître de 20 % l’efficacité énergétique. Des objectifs très en dessous du nécessaire, et qui sont surtout perçus comme des signaux de la compétitivité des technologies vertes européennes.

« Business as usual »

La crise économique et financière a porté les taux de chômage à des niveaux record, pendant que les profits financiers continuent à s’envoler, que les paradis fiscaux poursuivent leurs activités en toute tranquillité, et que la spéculation se déchaîne contre la Grèce et l’euro. De nombreux observateurs ont reconnu le rôle d’amortisseur de crise qu’a joué la protection sociale en Europe. Pourtant l’Union européenne s’apprête à reconduire intégralement son parti-pris néolibéral :
- Miser tout sur la « compétitivité européenne » et les technologies vertes, censées apporter croissance et emploi, et continuer à privilégier les marchés et la finance au détriment des politiques sociales et d’une action publique forte dans le domaine écologique.
- Poursuivre dans tous les pays la réforme des retraites, les réformes du marché du travail qui ont produit la catastrophe qu’on connaît en France avec la fusion ANPE-Assedic et l’arrêt de l’indemnisation de centaines de milliers de chômeuses et chômeurs. Au lieu de lutter contre le chômage, les licenciements et les fermetures d’entreprises, il s’agit de contraindre les travailleurs à accepter des bas salaires, des contrats précaires ou à temps partiel.
- Aggraver les coupes claires dans les budgets publics de recherche et d’éducation, alors que le partenariat public-privé ne prend le relais que pour valoriser des projets rentables à court terme, et que la gestion entrepreneuriale des universités, productrices de « capital humain », contribue à faire de la connaissance une marchandise comme les autres.

Aujourd’hui, le gouvernement grec, face aux spéculateurs, se voit sommé de mettre sa population au pain sec et à l’eau. Le scénario de sortie de crise proposé par la stratégie Europe 2020 passe nécessairement par la « rigueur budgétaire » : allongement des durées de cotisations pour la retraite, hausse de l’impôt indirect – mais pas sur les entreprises, ce qui risquerait de grever la « compétitivité européenne » chère à la Commission.

Ceux qui dirigent l’Europe imposent de dix ans en dix ans les mêmes orientations, consolidées dans les traités. Ils font miroiter une croissance soutenue dopant l’emploi, mais plongent toujours plus profondément les travailleurs et les sociétés européennes dans le marché mondial, instable et inégalitaire. Loin d’eux l’idée de soumettre ces orientations aux peuples européens, dont la réponse ne ferait guère de doute.

Attac France propose une autre stratégie

Les objectifs : accès aux biens communs, accès aux droits fondamentaux pour tous ceux et celles qui vivent en Europe ; sauvegarde des équilibres écologiques en Europe et dans le monde.

Les moyens : la lutte contre les inégalités, notamment par un droit au revenu pour tous et toutes et l’instauration d’un revenu maximum ; une politique fiscale européenne comprenant une taxation des transactions financières ; un budget européen fortement rehaussé ; la mise sous tutelle de la finance et la soumission de la Banque centrale européenne au pouvoir politique démocratique ; la renégociation des traités de libre-échange avec les pays du Sud, la reconnaissance de la souveraineté alimentaire et la mise en oeuvre de politiques de transition écologique et sociale (abandon progressive des énergies fossiles, relocalisation des économies, soutien aux agricultures durables...).

L’Europe : un lieu de coordination de nos combats, de nos exigences et de nos revendications. C’est le sens que nous donnons à notre participation aux initiatives comme celle de Printemps 2010 qui se tient à Bruxelles en même temps que le sommet des 25 et 26 mars.

Attac France
Montreuil, le 25 mars 2010


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