"Le projet ITT en Equateur : laisser le pétrole en terre ou le chemin vers un autre modèle de développement" par Matthieu Le Quang - Entretien avec Alberto Acosta

Le projet ITT en Equateur : laisser le pétrole en terre ou le chemin vers un autre modèle de développement.
jeudi 1er avril 2010

- Publié sur de Yonne Lautre
- Répertorié sur le site d’Attac france

"La proposition lancée par le Chef de l’État de l’Équateur, Rafael Correa, économiste de formation, de laisser en terre le pétrole de trois sites équatoriens, s’inscrit parfaitement dans une démarche de type "biens publics mondiaux". Un BPM est, en effet, un bien qui est déclaré inaccessible aux marchés pour permettre son usage -ici son non-usage- au bénéfice de l’humanité et de la planète sur laquelle elle vit.
JC"

Le projet ITT (sigle venant du nom des trois forages d’exploration qui se trouvent dans la zone : Ishpingo-Tambococha-Tiputini) est une des initiatives du gouvernement équatorien afin de lutter contre le réchauffement climatique. Il s’agit de ne pas exploiter quelque 850 millions de barils de pétrole situés dans le Parc Yasuní, une réserve naturelle qui contient une des plus importantes biodiversités dans le monde. L’exploitation de ce pétrole lourd, de 14 degrés API, pourrait rapporter à l’Etat entre 5 et 6 milliards de dollars (avec un prix d’environ 70 dollars le baril).

L’Equateur possède une économie basée principalement sur la rente du pétrole. Il faut bien se souvenir que le pétrole représente 22,2% du PIB, 63,1% des exportations et 46,6% du Budget Général de l’Etat, pour l’année 2008. Les réserves de l’ITT représentent environ 20% des réserves totales connues dans le pays. C’est donc une manne financière dont un pays aussi pauvre que l’Equateur ne peut se passer. Pourtant, la proposition du gouvernement équatorien est de ne pas exploiter ces réserves, et ce, pour diverses raisons, pas seulement écologiques.

Mais en échange, l’Equateur, en partant du principe de co-responsabilité pour les problèmes environnementaux globaux, demande à la communauté internationale une contribution à hauteur de 50% de la manne financière dont il pourrait disposer s’il exploitait ce pétrole. C’est une proposition qui vise à lutter contre le réchauffement climatique et contre la perte – sans possibilité de retour – d’une très riche biodiversité, à empêcher l’émission d’environ 410 millions de tonnes de CO2, à freiner la déforestation et la pollution des sols, ainsi que la détérioration des conditions de vie des habitants de la région. De plus, c’est une manière effective pour prévenir la transformation de la forêt amazonienne en une savane, ce qui provoquerait une diminution substantielle de la quantité d’eau sur tout le continent.

En décembre prochain, lors du Sommet mondial de Copenhague qui doit réfléchir sur les avancées et les limites du Protocole de Kyoto, destiné à calmer voire à freiner les effets pernicieux des changements climatiques, l’Equateur espère que ce projet serve de modèle. Le projet ITT représente une révolution écologique devant aboutir un modèle alternatif de développement à partir d’une économie post-pétrolière pour l’Equateur et le reste du monde. Pourtant, malgré les efforts du gouvernement équatorien et du Président Rafael Correa, ainsi que d’autres personnes en Equateur et dans le monde, la communauté internationale tarde à réagir et à soutenir ce projet. Pour le moment, seule l’Allemagne, à travers son Parlement et son gouvernement, s’est engagé à financer ce projet à hauteur de 50 millions d’euros par an, pendant 13 ans, ce qui représente la durée du bénéfice que produiraient l’exploitation et l’exportation du pétrole de l’ITT. Il y a d’autres pays, comme la Norvège, où cette initiative a rencontré un écho initial positif, de même que d’autres organisations, comme la communauté de Madrid, en plus, bien sûr de plusieurs dizaines de personnalités au niveau mondial.

Alberto Acosta est un des initiateurs de ce projet. Il est économiste et enseignant-chercheur à la FLACSO (Faculté latino-américaine de sciences sociales), en Equateur. Il a notamment été Président de l’Assemblée Constituante de novembre 2007 à juin 2008 et Ministre de l’Energie et des Mines de janvier à juin 2007, poste à partir duquel il a présenté publiquement cette initiative pour la première fois. C’est aussi un des fondateurs de Movimiento País, le mouvement politique du Président de la République Rafael Correa...

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