UN PLAN D’AIDE A LA GRECE OU AUX CREANCIERS ? par OLIVIER VILAIN, paru le Jeudi 06 Mai 2010 dans "Le courrier"

vendredi 28 mai 2010

URL de l’article : http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=445784

ECONOMIE - Les banques spéculent contre la dette des pays européens qui les ont sauvées des subprimes. Le sort des Grecs, qui ont violemment manifesté hier, pourrait préfigurer celui des Européens...

Les syndicats grecs ont appelé à manifester hier. Une nouvelle fois, après les grandes manifestation de la fin de février. Dans leur ligne de mire, le plan d’austérité adopté dimanche en Conseil des ministres par le gouvernement de Georges Papandréou. Imposé par l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI), ce plan comprend notamment un gel des salaires de la fonction publique pendant cinq ans, la suppression de deux mois de salaires pour les fonctionnaires et le passage de la TVA à 23%. Pour tous les Grecs, la pension de retraite sera calculée sur une base moins avantageuse. A terme, elle devrait diminuer de moitié. « Et dire que ce gouvernement a été élu sur des promesses qui étaient tout le contraire », souffle-t-on à l’ambassade de Grèce à Paris. « L’arrivée du FMI en Europe est une très mauvaise nouvelle », souffle Damien Millet, secrétaire général du CADTM France (Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde). « Ses recettes ont toujours bénéficié aux banques et mis à genoux tour à tour l’Afrique, l’Amérique latine, l’Asie du Sud-Est et la Russie. » Difficile de faire pire, en effet.

Regagner une crédibilité

Cette purge fera plonger la production de richesse du pays de 4% cette année. Ce qui aura pour conséquence de limiter les recettes de l’Etat grec. Du coup, sa dette publique ne peut qu’augmenter. Pourquoi le gouvernement grec – mené par le Parti socialiste, le Pasok – a-t-il adopté cette option ? Le but recherché est de « regagner une crédibilité internationale », a déclaré Georges Papandréou a ses compatriotes, à l’issue du Conseil des ministres dominical : sans elle, « nous aurions été laissés seuls face à nos créditeurs et aux spéculateurs ». Ce plan de rigueur est la contrepartie des 110 milliards d’euros que vont lui fournir les pays de la zone euro et le FMI. Depuis la fin avril, la Grèce ne peut plus se refinancer sur les marchés financiers qu’à des taux de 13%, à la suite de la dégradation en cascade de sa note de crédit par les agences de notation. Sans aide extérieure, le pays se serait trouvé à court d’argent dès la fin mai.
C’est pourquoi la plupart des grands médias européens ont salué l’accord intervenu entre l’UE, le FMI et la Grèce. Pourtant, des voix discordantes se font entendre. « Cette aide à la Grèce a été consentie après six mois de spéculation acharnée que lorsque les banques créditrices, pour la plupart européennes, ont vu qu’elles ne pourraient pas être remboursées », remarque Elisabeth Gauthier, membre du bureau de Transform, un réseau européen pour des politiques alternatives. L’inquiétude montait chez les banques alors que la spéculation commençait à s’étendre au Portugal et à l’Espagne. « La propagation de la crise (...) est préoccupante et il est impératif que les gouvernements activent leurs plans d’aide le plus vite possible », plaidait par exemple Adarsh Sinha, chez Barclays Capital. Si bien que la Banque centrale européenne (BCE) et le FMI ont fini par faire pression sur l’Allemagne pour venir en aide à la Grèce de toute urgence. C’est une « absolue nécessité », a fini par déclarer, à Berlin, Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, aux côtés de Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI .
C’est en somme le second plan de secours des banques depuis la crise des subprimes. « Leurs privilèges sont insoutenables, mais il faut prendre conscience que la construction européenne est elle-même un facteur de crise en ne permettant aux pays ni de s’entraider ni de se financer auprès de la BCE au taux de 1% – contrairement aux banques », s’insurge Elisabeth Gauthier. En février déjà, un accord avait été trouvé sur une aide de 30 milliards d’euros. Le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel assuraient avoir trouvé la solution à la crise. Mais cette aide ne s’est jamais concrétisée. La chancelière allemande a, en effet, freiné des quatre fers, répétant inlassablement que le contribuable allemand ne paierait pas pour les Grecs. « La soumission du gouvernement de Berlin aux marchés financiers et à la presse tabloïd pourrait se révéler extrêmement coûteuse car maintenant l’aide devra vraiment être déboursée », relève l’économiste Gustav Horn, directeur de l’IMK, un institut qui fournit ses analyses aux syndicats allemands.

Les syndicats sceptiques

La Confédération européenne des syndicats (CES) fait également partie des sceptiques. Mardi 4 mai, elle a incité « vivement les décideurs européens à empêcher les spéculateurs de détruire notre modèle social et à rompre avec ce type d’ajustement structurel barbare ». Joseph Thouvenel représente la Confédération française des travailleurs chrétiens auprès de la CES. Son syndicat à beau être connu pour sa modération, il s’était alarmé dès le mois de février : « Il faut qu’on m’explique : les mêmes gouvernements qui reconnaissent que la crise des subprimes a été amortie grâce au modèle social européen le pointe désormais du doigt alors que la crise n’est même pas terminée ! »
Pourquoi la Grèce est-elle ciblée alors que d’autres pays sont dans une situation similaire ? Bien sûr, les comptes grecs n’étaient pas sincères. Mais il y a un autre élément à prendre en compte : le gouvernement grec a été élu en 2010 à la suite d’importantes manifestations contre la paupérisation de la population. Il n’allait donc pas couper dans les dépenses publiques, se plaçant ainsi en porte-à-faux par rapport aux projets des autres gouvernements de l’UE, qui sont très endettés depuis la crise des subprimes. « Cela fait longtemps que la Commission européenne et les classes dominantes voulaient réduire les dépenses sociales », rappelle Henri Sterdyniak, économiste à l’Observatoire des conjonctures économiques. « Avec les banques, elles ont trouvé des alliés pour imposer une cure d’austérité. Le pire c’est que le niveau d’endettement des pays à faibles dépenses sociales, les Etats-Unis et le Royaume-Uni pour ne pas les nommer, montre que cela n’a rien à voir. »
L’exemple grec risque de servir à tous les gouvernements de l’UE pour couper dans les droits sociaux des Européens. « C’est pourquoi nous avons prôné des manifestations de soutien au peuple grec », affirme Thomas Coutrot, coprésident de l’association altermondialiste ATTAC. « Pour nous, les Européens ne doivent pas payer la facture de la dépression salariale menée par l’Allemagne et l’Autriche depuis 2002. C’est ce déséquilibre qui a mené la Grèce a soutenir son économie avec son déficit public. » A quand une politique européenne de croissance et de répartition des richesses ? En attendant, « les Grecs devraient refuser le remboursement de la majeure partie de leur dette. C’est ce qu’a fini par faire l’Argentine en 2001, lorsque son peuple en a eu assez de se serrer la ceinture pour être les meilleurs élèves du FMI », explique Damien Millet.


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