Alors que s’ouvre le Sommet des Nations unies sur les OMD, le CADTM exige l’annulation de la dette du Sud : Communiqué de presse du CADTM

Suivi de "Les objectifs du millénaire : un bilan critique 10 ans après leur adoption" par Arnaud Zacharie
mardi 21 septembre 2010

www.cadtm.org/Alors-que-s-ouvre-le-Sommet-des

Du 20 au 22 septembre 2010 se déroule à New-York, au siège des Nations unies, le Sommet mondial sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) dont le but annoncé est de "permettre une accélération des progrès en vue de la réalisation des OMD |1|". Car à seulement 5 ans de l’échéance, le tableau dressé par le dernier rapport de l’ONU de juin 2010 est pour le moins sombre. A ce stade, seul un OMD sur huit (« réduire de moitié, de 1990 à 2015, la proportion de la population dont le revenu est inférieur à 1 dollar par jour ») pourrait être atteint grâce à la Chine et l’Inde.

Certes, la crise économique mondiale est passée par là. Mais elle ne peut expliquer toute seule cette situation inacceptable où la majorité des êtres humains de la planète, très majoritairement basée au Sud, est privée de ses droits fondamentaux tels que le droit à l’eau ou à l’éducation, et plus généralement dépossédée de son droit à la vie. En effet, les « émeutes de la faim » et la crise environnementale existaient avant l’éclatement de la crise mondiale, dont l’entière responsabilité repose sur les pays riches du Nord.

Pour le réseau CADTM, les OMD étaient dès le départ voués à l’échec car ils ne sont pas contraignants pour les États, contrairement aux politiques dictées par le FMI et la Banque mondiale, dont l’application docile par les gouvernements du Sud conditionne les allègements de dettes et les nouveaux prêts. Or, ces deux Institutions financières internationales, contrôlées par les pays occidentaux du fait notamment de la répartition des droits de vote, sont utilisées comme « cheval de Troie » pour imposer les politiques néo-libérales servant en priorité les intérêts de leurs entreprises transnationales.

Plus fondamentalement, l’échec des OMD est intrinsèquement lié à la nature du système actuel : le capitalisme, incapable de satisfaire les besoins des peuples. Comment expliquer qu’en dépit de l’augmentation exponentielle des richesses mondiale, l’extrême pauvreté a doublé en Afrique subsaharienne entre 1981 et 2005 ? Cette question nous renvoie directement aux racines même du système actuel qui ne vise ni la réduction des inégalités ni le développement. Soulignons que l’éradication de la pauvreté est possible mais qu’elle ne peut qu’être le résultat d’un processus de développement réussi reposant sur une juste répartition des richesses.

Pour le réseau CADTM, un changement radical est donc nécessaire pour, d’une part, permettre aux États du Sud et du Nord de respecter leurs engagements de protection des droits humains tels que le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) de 1966 (ratifié par 159 États) et, d’autre part, garantir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes consacré par plusieurs textes internationaux dont la Déclaration de l’ONU sur le droit au développement de 1986. Ce changement passe inévitablement par l’annulation totale et sans conditions de la dette publique extérieure des pays en développement. La situation est d’autant plus urgente qu’une nouvelle crise de la dette du Sud est en préparation, comme conséquence de la crise économique mondiale. Le service annuel de la dette risque, par conséquent, d’accaparer une part encore plus importante des maigres budgets des pays du Sud, au détriment des dépenses publiques vitales pour le développement humain sur place.

En attendant une initiative internationale pour l’annulation totale et inconditionnelle de cette dette, les États doivent impérativement prendre des mesures de manière unilatérale. Ces mesures peuvent, en outre, s’inscrire dans le cadre du huitième OMD « Mettre en place un partenariat mondial pour le développement » qui prévoit de « Traiter globalement le problème de la dette des pays en développement par des mesures d’ordre national et international propres à rendre leur endettement viable à long terme ».

Les pays du Nord doivent donc au minimum :

suspendre immédiatement le remboursement de la dette du Sud (avec gel des intérêts)

auditer cette dette pour annuler la part illégitime (celle qui n’a pas profité aux populations) sans inscrire, comme l’a fait le Norvège en 2006, les montants annulés dans l’aide publique au développement (APD) pour la gonfler artificiellement. Soulignons que, malgré cette pratique, les pays de l’OCDE n’ont consacré en 2009 que 97,5 milliards d’euros à l’APD, soit 0,31 % de leur revenu national cumulé, bien loin des 0,7% promis depuis des années. Les flux financiers qui partent du Sud vers le Nord sont largement supérieurs à l’ « aide » des pays riches !

verser des réparations pour la dette historique, écologique et culturelle qu’ils ont à l’égard du Sud

Ces mesures indispensables mais non suffisantes, fondées sur la justice et non sur une quelconque générosité du Nord, impliquent pour les pays du Nord de s’attaquer à leur propre dette publique en en suspendant immédiatement le remboursement pour donner la priorité à la coopération internationale et aux dépenses publiques dans les secteurs sociaux à l’échelle nationale.

20 septembre 2010

notes articles :

|1| http://www.un.org/fr/mdg/summit2010/


Les objectifs du millénaire : un bilan critique 10 ans après leur adoption par Arnaud Zacharie

Résumé
Lire la totalité de l’étude ICI : http://www.cadtm.org/IMG/pdf/EtudeOMDsept2010.pdf

Du 20 au 22 septembre 2010, les Nations unies évaluent à New-York l’état d’avancement des objectifs du millénaire pour le développement (OMD) adoptés dix ans plus tôt. Ces objectifs, censés être atteints en 2015, portent sur les principaux enjeux sociaux du développement. Toutefois, malgré certains progrès, la plupart des objectifs ne seront pas atteints et seule la cible concernant la réduction de moitié de l’extrême pauvreté dans le monde est susceptible d’être atteinte en 2015. Et encore cela n’est-il rendu possible que suite aux résultats enregistrés par la seule Chine, sans quoi le nombre de pauvres aurait continué à augmenter de 36 millions entre 1990 et 2005. Le taux de scolarisation primaire a également augmenté, mais au détriment de la qualité de l’enseignement. A l’opposé, les résultats en termes de santé maternelle, d’alimentation et d’assainissement ont été très décevants, tandis que l’impact de la crise financière a aggravé la situation en plongeant 64 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté en 2010.

Si les objectifs du millénaire ne seront pas atteints, c’est notamment parce que les pays industrialisés n’ont pas tenu leurs engagements en termes de financement du développement compilés dans le huitième objectif du millénaire qui vise à mettre en place un partenariat mondial pour le développement. Malgré une augmentation de l’aide publique au développement au cours des années 2000, elle plafonne à 0,32% du PNB des pays donateurs, loin de l’objectif de 0,7% en 2015. Les allégements de dette octroyés à une trentaine de pays pauvres et très endettés a permis à ces pays d’améliorer leurs indicateurs macroéconomiques et d’augmenter leurs dépenses sociales, mais l’impact de la crise financière a détérioré la situation financière de la plupart de ces pays. Enfin, aucune avancée commerciale n’a été enregistrée en termes d’accès au marché et de traitement spécial et différencié pour les pays pauvres, du fait du blocage des négociations à l’OMC et de la prolifération d’accords commerciaux bilatéraux Nord-Sud par lesquels les pays industrialisés tentent de libéraliser des secteurs que les pays en développement refusent de négocier à l’OMC.

Mais le manque de financement international n’explique pas tout. Il est symptomatique de constater que les pays d’Asie de l’Est et du Sud-Est qui ont enregistré les meilleures performances sont précisément ceux qui ne dépendent pas de l’aide et des allégements de dette. Ces pays ont généralement financé leur développement en mobilisant leur épargne interne et en opérant une intégration stratégique au marché mondial, dans le but de diversifier leur économie, de renforcer leurs capacités productives et de créer des emplois. A l’opposé, l’Afrique est largement restée dépendante de l’aide extérieure et des revenus d’exportation de matières premières à faible valeur ajoutée. Pourtant, l’Afrique ne manque pas d’épargne, mais elle est massivement transférée en dehors du continent. En effet, la fuite des capitaux africains depuis 2001 a représenté deux fois le montant de la dette extérieure africaine. Entre 1970 et 2008, la fuite des capitaux a représenté 29 milliards de dollars par an, alors que l’aide à l’Afrique n’a représenté que 18 milliards. La mobilisation de l’épargne interne pour financer des stratégies de développement appropriées s’avère dès lors un enjeu majeur pour l’Afrique.

C’est sans doute là la principale faiblesse de l’approche des objectifs du millénaire. En se focalisant sur les objectifs sociaux, elle ne vise que les symptômes de la pauvreté et non ses racines économiques. Par conséquent, l’approche se limite pour le Sud à attendre du Nord des moyens supplémentaires qui se font généralement attendre. En outre, la succession de crises globales (financière, alimentaire, climatique) annihile la plupart des efforts de développement. C’est pourquoi il convient de changer d’approche en garantissant aux pays en développement les marges de manœuvre nécessaires pour mener des stratégies de développement véritablement appropriées et en renforçant la coopération internationale pour répondre à l’instabilité globale.

Cela implique d’une part de ne pas réduire les politiques de développement à leur aspect social, ce qui nécessite de promouvoir des stratégies de développement agricole et industriel créatrices d’emplois décents et de recettes fiscales nécessaires au financement de services publics et de systèmes de protection sociale. Cela implique d’autre part d’adapter les relations Nord-Sud au nouveau contexte de l’émergence de puissances régionales du Sud comme la Chine, l’Inde ou le Brésil. Que ce soit en matière de déséquilibres financiers internationaux ou de changements climatiques, ces pays font partie du problème et de la solution. Le Nord a donc autant besoin du Sud qu’inversement, ce qui implique non pas de dicter des priorités la main sur le portefeuille, mais de coopérer dans le cadre de partenariats globaux en vue de régler des problèmes communs.


Lire aussi OMD 2015 : http://omd2015.fr/


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