Face au capitalisme : les peuples déterminés ! Dossier de Témoignage Chrétien sur "quelle alternative à l’austérité"présenté par Jacques Cossart - Réponse de Thomas Coutrot

dimanche 3 octobre 2010

http://www.france.attac.org/spip.php?article11699

"L’hebdomadaire Témoignage Chrétien pose la très légitime question "Quelles alternatives à l’austérité ?". Parmi les réponses, on pourra, notamment, lire celle de Thomas Coutrot, membre du Conseil scientifique d’Attac-France. On y verra, entre autres, que au rebours des "plans d’ajustement structurel" et autres ordonnances de rigueur qui ne visent qu’à défendre les privilèges maléfiques des propriétaires du capital, il faut conduire une politique en faveur des citoyens. Elle passe, en particulier, par l’émission, au niveau européen, d’un emprunt et par la création monétaire de la BCE qui, alors, jouerait véritablement son rôle de banque centrale. C’est ainsi que les énormes défis écologiques et sociaux pourront être relevés sans alourdir les dettes publiques qui, au contraire, devront être considérablement allégés par une profonde réforme fiscale. Pas seulement d’ailleurs, pourquoi pas, à cet égard, envisager l’annulation de tout ou partie de cette dette qui enrichit de manière éhontée les privilégiés des marché financiers ?
Pour une fois, ils pourraient à bon droit, prétendre que les intérêts qu’ils auront perçus, rémunèrent leur risque !
Serait-ce une grossièreté ?" JC

Lire l’article de Thomas Coutrot ci-dessous

Plutôt que la rigueur... sortir des griffes des marchés

par Thomas Coutrot co-président d’Attac

http://www.temoignagechretien.fr/ARTICLES/France/Plutot-que-la-rigueur-sortir-des-griffes-des-marches/Default-2-2073.xhtml//

Sous l’égide du FMI, l’Union européenne s’engage dans une politique récessive, avec baisse cumulative des salaires, des budgets sociaux et de l’emploi, pour rassurer les marchés et dégager les centaines de milliards d’euros nécessaires au paiement des intérêts des dettes publiques.

Ces saignées étaient appelées « politiques d’ajustement struc­turel » dans le Tiers Monde, on les appelle « poli­tiques de rigueur » ou « plan de sta­bi­lisation » en Europe, mais le Dr Strauss Kahn continue à les administrer avec la même assurance.

Triste plaisanterie

Certains, tels Bernard Guetta (chroniqueur à France Inter, NDLR), croient bon de se réjouir : le « Fonds de stabilisation » mis en place en mai dernier par l’Union européenne avec le FMI, et le durcissement du pacte de stabilité introduit sous le nom énigmatique de « semestre européen » marqueraient une avancée vers le « gouvernement économique européen » que les sociaux-démocrates appelaient de leurs vœux depuis longtemps. Enfin, sous la menace de la crise, l’Europe construirait les institutions politiques capables de soutenir sa monnaie unique.

C’est une triste plaisanterie. Le Fonds de stabilisation est chargé de rassurer les marchés financiers en prêtant aux pays les plus endettés, soumis à la purge. Il ne servira en aucun cas à renforcer la cohésion sociale et à réduire les inégalités en Europe, mais simplement à éviter qu’un pays fasse défaut sur sa dette et soit tenté de se délivrer de l’étau des marchés.

Quant au « semestre européen » il consiste à mettre les politiques budgétaires nationales sous contrôle de la Commission européenne et des autres États, de façon à renforcer la pression à la baisse des dépenses publiques. Ce « gouvernement économique européen » est un gouvernement pour les marchés, pas pour les populations. Il va contribuer à aggraver les déséquilibres dont il prétend traiter les symptômes. Il n’y a strictement aucune chance que l’euro soit sauvé de cette manière.

Il est vrai que la crise met à l’ordre du jour un bond en avant dans la construction de solidarités économiques et sociales entre pays européens. Mais il faudrait d’abord que l’Allemagne cesse son dumping salarial, qu’on cesse de rechercher des avantages compétitifs sur les autres pays européens par la baisse des salaires et des prestations sociales.

Il est également urgent de construire une fiscalité et un budget européens conséquents, qui seuls pourraient durablement fonder une solidarité effective. Une taxe sur les transactions financières, une taxe sur les bénéfices des sociétés et une taxe carbone européenne pourraient alimenter un budget européen d’environ 5 % du PIB continental.

Grand Emprunt

Il faut d’urgence tirer les États des griffes des marchés financiers. Au lieu de prêter aux banques à 1 % pour qu’elles prêtent aux États à 3 % ou plus, la Banque centrale européen­ne (BCE) devrait pouvoir financer directement les États à très bas taux d’intérêt. La Banque européenne d’investis­sement doit lancer un grand emprunt européen, et la BCE doit financer par création monétaire des projets d’investissements vers la transition écologique : ce n’est qu’ainsi qu’on pourra s’attaquer réellement aux déficits publics et au chômage.

Enfin, et c’est par là qu’il faudra d’ailleurs commencer, on ne peut plus laisser les marchés financiers libres de piller les budgets publics et les tissus productifs nationaux. Il faut socialiser les institutions financières présentant un risque systémique ( « ?trop grosses pour faire faillite » nous expliquent leurs défenseurs ), car les laisser à la seule logique du profit ne peut à terme qu’amener le même résultat. Il faut encadrer strictement et taxer les transactions financières, de façon à remettre la finance à sa place : un outil pour financer les investissements socialement utiles, pas un casino.

Si malheureusement la tendance au fractionnement et au repli national devait s’aggraver, alors la construction européenne elle-même serait menacée, aussi bien comme outil de la domination financière que comme instrument de la paix. Il y a deux voies pour mettre la finance au pas : la voie nationaliste, lourde de dérives autoritaires, et la voie solidaire, qui suppose que quelques pays au moins décident de reconstruire leur union sur de nouvelles bases. La crise est donc un désastre mais aussi une chance.

24 septembre 2010Entrez votre commentaire


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