DÉCLARATION D’ATTAC : Expulsé par la porte des régionales, le néolibéralisme va-t-il revenir par la fenêtre des européennes ?

mardi 30 mars 2004

30/03/2004 - Communiqué
Le résultat des élections régionales des 21 et 28 mars 2004 crée, en France, une situation politique nouvelle : dans leur quasi-totalité, les régions sont désormais dirigées par l’opposition.

Comme ce fut le cas en 2002 pour le gouvernement Jospin, la déroute est sans appel pour le gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy.
L’augmentation significative du nombre des suffrages exprimés, accélérée au second tour, rompt avec de nombreuses années où l’abstention ne cessait de progresser. Elle témoigne d’un sursaut de la conscience civique : les citoyens ont utilisé leur bulletin de vote comme un outil jugé efficace permettant de changer les choses.

Briser le cercle infernal
Les citoyens ont rejeté les politiques de démolition sociale menées depuis deux ans, en connivence avec le Medef. Ces élections ont prolongé victorieusement dans les urnes les mobilisations du printemps 2003 sur les retraites, et celles qui ont suivi : chercheurs, intermittents du spectacle, chômeurs, mal-logés, salariés voulant préserver leur emploi, enseignants, agents hospitaliers, pompiers...
Les citoyens ont censuré, entre autres, les mesures contre les services publics et la protection sociale, qualifiées, pour l’occasion, de " réformes ". Ils ont condamné la passivité des pouvoirs publics face à la violence et la multiplication des vagues de licenciements, l’impunité des patrons voyous, le démantèlement du Code du travail, ainsi que les agressions frontales contre les droits des chômeurs. A cette version française des préceptes de la mondialisation néolibérale, préconisée par les institutions financières internationales, et parfois aggravée par les politiques européennes, la société vient de dire un " non " d’une vigueur sans précédent en France.
Par son travail quotidien d’éducation populaire, visant à mettre en lumière la cohérence néolibérale des politiques gouvernementales, d’un département ministériel à un autre, de François Fillon à Luc Ferry, de Jean-Jacques Aillagon à Jean-François Mattéi et Francis Mer, Attac a contribué à ce rejet global et massif du néolibéralisme. Très logiquement, l’association a constamment insisté sur la nécessité de leur opposer une autre cohérence politique et sociale en brisant le cercle infernal du libéralisme.

L’exigence d’une autre politique
Les premières déclarations des principaux responsables du gouvernement et de sa majorité parlementaire, ainsi que la reconduction de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, démontrent une incapacité à entendre le message des électeurs. En affirmant que les contre-réformes prévues : Sécurité sociale, privatisations (France Télécom, SNECMA, Air France, EDF-GDF), mise aux normes libérales de l’Ecole et de l’Université, démantèlement de La Poste, remise en cause du droit du travail, etc. devaient être menées à bien quoi qu’il arrive, ils font preuve d’un autisme inquiétant.
La mobilisation sociale doit être à la hauteur de cette obstination, mais, pour être pleinement efficace, elle doit s’articuler à la perspective d’autres politiques dans tous les domaines concernés. Il est certes indispensable de dire " non ", mais on attend des responsables politiques qu’ils disent également " oui " à autre chose, en particulier à l’abrogation des mesures déjà adoptées, notamment en matière de retraites. Attac contribuera à cette démarche par ses analyses et ses propositions. L’association donnera ainsi le maximum de retentis-sement aux états généraux de l’assurance maladie qu’elle organise le samedi 24 avril à Paris.

Ni absolution ni blanc-seing
Le vote de mars a servi de vecteur au refus d’une généralisation de la précarité à toutes les catégories de la société et à l’exigence de justice sociale. Il ne vaut pas pour autant absolution ou blanc-seing pour les formations politiques qui ont remporté les élections, et auxquelles les électeurs ont accordé une nouvelle chance. Elles sont maintenant au pied du mur, sous le regard circonspect de citoyens échaudés. Deux très proches échéances permettront de vérifier si elles ont bien perçu le sens des votes des 21 et 28 mars, et d’apprécier leur détermination et la sincérité de leur engagement dans le combat contre le néolibéralisme.
En premier lieu, il leur appartiendra de faire des régions qu’elles dirigent des boucliers qui, dans le cadre de leurs compétences, s’opposeront aux politiques néolibérales et feront du neuf, principalement dans le domaine de la démocratisation de la vie publique, de la réduction des inégalités sociales, de l’emploi et du logement. Plus généralement, il leur faudra donner un contenu concret, en termes de propositions alternatives, au message sans ambiguïté envoyé par le suffrage universel au gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy.
En second lieu, ces formations politiques devront adopter des positions sans équivoque à l’occasion de l’échéance qui se profile : celle de l’adoption, par les gouvernements des 25 pays membres de l’Union européenne, du projet de traité constitutionnel. Cette adoption pourrait intervenir juste avant ou juste après le 13 juin, date des élections européennes. Si, comme tout le donne actuellement à penser, ce projet ne fait que reprendre les propositions de la Convention en matière de contenu des politiques européennes, c’est, comme nous en a aimablement avertis Valéry Giscard d’Estaing, à une peine incompressible de 30 à 50 ans de néolibéralisme que nous serions condamnés.

Le vote de mars ne doit pas être un coup d’épée dans l’eau
En d’autres termes, les électeurs auraient donné un coup d’épée dans l’eau les 21 et 28 mars, puisque les politiques néolibérales qu’ils ont rejetées auraient de toute manière force de loi et statut constitutionnel " au nom de l’Europe ". Dans les analyses et les exigences qu’elle a formulées pour le traité constitutionnel, Attac a dévoilé ce que les grands médias et la majeure partie des responsables politiques se gardent bien d’avouer : le contenu de ce traité, dans sa forme actuelle, rendra quasi impossible à l’avenir toute " alternance " non compatible avec les canons néolibéraux, réduisant à la portion congrue le périmètre de choix des citoyens, et nourrissant ainsi un vote d’extrême droite qui prospère sur le thème de l’" impuissance " des élus.
Dans cette bataille décisive pour la démocratie et le progrès économique et social, Attac va s’engager avec une vigueur accrue. En particulier, l’association va oeuvrer pour que les citoyens soient pleinement éclairés sur les positions des listes de candidats aux élections européennes du 13 juin afin que la " question néolibérale ", c’est-à-dire la question sociale, qui se situe au cœur du projet de traité, soit également au centre de la campagne. C’est pourquoi Attac leur demandera de prendre position sur les 21 exigences qu’elle a déjà formulées et sur le projet d’éléments de traité alternatif qu’elle va prochainement rendre public. Au vu de ces éléments, il appartiendra aux citoyens de s’organiser et d’agir pour que leur vote du 13 juin ne " casse " pas l’élan de mars 2004. En d’autres termes, pour que le néolibéralisme, expulsé sans ménagement par la porte des régionales et des cantonales, ne fasse un retour subreptice par la fenêtre des européennes.

Un série d’initiatives
Dans les jours et semaines qui viennent, Attac prendra les initiatives suivantes, qui s’ajoutent à celles, très nombreuses, déjà en cours dans les comités locaux de l’association :

- le samedi 3 avril, appui à la manifestation unitaire interprofessionnelle pour l’emploi, les droits sociaux, la protection sociale et les services publics en Europe.
- début avril, demande d’audience aux présidents des conseils régionaux et généraux nouvellement élus, en premier lieu à ceux portés par la vague de mars, pour que leur assemblée s’engage dans la construction d’un barrage efficace aux mesures néolibérales (en particulier celles imposées par les politiques européennes, telles qu’elles sont consignées dans le projet de traité constitutionnel) et dans la mise en œuvre de nouvelles pratiques démocratiques et de lutte contre les inégalités sociales.
Dans le prolongement de la campagne déjà engagée contre l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) de l’OMC, il leur sera également demandé, s’ils ne l’ont pas déjà fait, de faire proclamer leur collectivité " hors AGCS ", et d’exiger un moratoire sur les mesures de libéralisation prévues à l’OMC.

- fin avril, publication d’un document sur ce que ne doit pas être et sur ce que pourrait être un traité européen réellement émancipateur.

- fin avril-mi-juin, organisation de grands meetings dans les régions pour faire connaître largement le contenu de l’actuel projet de traité constitutionnel et les propositions d’Attac.
- mai-mi-juin, demandes de rencontres avec les responsables de partis et têtes de liste aux élections européennes. Publication de leurs réponses aux 21 exigences et autres propositions d’Attac, notamment celle sur l’exigence d’un référendum pour la ratification du traité.

Attac, Paris, 30 mars 2004.
attac France


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