FORUM du 3 juin 2002

Les insécurités sociales

lundi 10 juin 2002

Je voudrais introduire mon propos par la première phrase de l’ouvrage de Bernard Friot, économiste du travail, publié en janvier 1998 et intitulé : "Puissance du salariat".

Je cite :
"Lorsqu’au petit matin du 9 février 1984, pressés par les pouvoirs publics, les partenaires sociaux, comme on dit, signèrent le "relevé de conclusions" réformant l’indemnisation du chômage, premier des grands accords interprofessionnels à être en recul sur les précédents depuis les années 60, avaient-ils conscience qu’ils ouvraient la boîte de Pandore d’où allaient s’échapper toutes les réformes qui depuis égrènent la contre révolution libérale en matière de sécurité sociale et d’emploi ?" (Fin de citation)

En effet ; cette date marque le début d’une longue et incontestable régression sociale devenue depuis une réelle insécurité sociale pour toutes celles et tous ceux qui n’ont que le travail pour vivre. Le chômage est alors " institué " en véritable descente aux enfers disloquant les liens sociaux et familiaux, engendrant la " nouvelle misère " de masse qui s’est étendue depuis aux " salariés pauvres " et qui a donné naissance au cynique concept de " grande pauvreté ", comme si la " pauvreté " devenait acceptable dans notre civilisation. C’est lui la plus grande violence collective faite à l’être humain après celle de la guerre. C’est lui qui engendre l’essentiel des difficultés de l’école, des cités populaires, des finances publiques, des retraites et de la santé, de la violence et la délinquance dans la vie quotidienne, des précarités de toutes sortes !

L’accord de 1984 marque aussi la démission des pouvoirs politiques. Ils ont prôné le fatalisme économique en vue d’imposer une mondialisation non explicitée, non assumée, destinée à laisser faire les recompositions industrielles et la financiarisation de l’économie.

Au-delà des souffrances, des situations intenables pour ceux qui les vivent, le résultat de cette régression organisée se résume en quelques chiffres terribles :

3.475.000 chômeurs vrais fin avril 2002, 4.630.000 personnes exclues de l’emploi salarié au prétexte qu’elles seraient " inemployables " pour le " marché du travail ". Plus de 5 millions de demandes d’emplois recensées à l’ANPE dont 58% pour cause de licenciements et parmi eux, les trois quarts pour des raisons économiques ou de précarité de contrat.

Le chômage, la précarité et la misère de masse servent de terreau aux visées néo-fascistes de l’extrême droite. Celle-ci a d’ailleurs repris du " poil de la bête " dès lors que le gouvernement Jospin a marqué la pause sociale courant 2000 après " l’affaire Michelin ".

L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), la commission de Bruxelles ou les instances communautaires nous enjoignent de suivre leurs directives pour ne jamais sortir de cette spirale infernale qui dure depuis 18 ans ! Je cite le rapport de l’OCDE publié en novembre 2001 concernant la France :

"Pour fructueux qu’ils aient fini par être, les efforts de la France pour assainir son budget, réduire l’inflation, alléger le coût du travail, ouvrir les marchés à la compétition et privatiser les entreprises publiques sont encore insuffisants ".

L’OCDE préconise alors la baisse des impôts, le blocage du SMIC, la fluidité du travail et le contrôle du chômage de façon plus stricte. Elle préconise une politique qui ne protège plus l’emploi et donc accroît la liberté de licencier.

Alors, écoutez-nous un peu, et répondez à ces questions Mesdames et Messieurs les candidats :

- Comptez-vous, lors de la prochaine mandature, éradiquer le chômage et la misère ?

- Etes-vous pour une augmentation forte du SMIC ? Etes-vous pour un relèvement général des minima sociaux dont aucun d’eux ne serait inférieur à 80 % du SMIC ?

- Comptez-vous assurer aux citoyennes et aux citoyens de ce pays les sécurités de vies auxquelles ils ont droit : formation, travail, emploi, mobilité choisie et gratifiante, ressources, revenus et salaires, accès aux soins et à la santé, sécurité de la vieillesse, paix et tranquillité publique etc. ? Si oui, comment ?

- Comptez vous mettre en place une réelle épargne des salariés, négociée avec leurs organisations syndicales, et à abandonner tout projet d’épargne dite salariale destinée à la retraite ? Pensez-vous que la retraite puisse se jouer en bourse ?

- Comptez vous organiser l’impôt de façon à favoriser le travail, le développement social et à taxer les accumulations financières ou les combinaisons productives anormalement intenses ?
Voici quelques questions pour lancer le débat. Nous souhaitons aussi des réponses forcément synthétiques mais sans fioriture et sans détour.

Mesdames et messieurs, j’en ai fini avec ma partie.
Merci de votre attention.
Pierre Bachman


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