Au nom de la dette : Entretien croisé avec Thomas Coutrot, Michel Husson et Alexandre Derigny

mercredi 2 juillet 2014

Ecrit par : Isabelle Avran
Publié le 23 juin 2014 : http://www.nvo.fr/0-38-2769-au-nom-de-la-dette

Alors que de nouveau la dette publique sert d’argument aux politiques d’austérité, le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique (CAC), qui rassemble des associations et des organisations syndicales, vient de rendre publique une étude sur le cas français. Elle met en lumière le fait que 59 ?% de la dette publique proviennent des cadeaux fiscaux et des taux d’intérêt excessifs.

Thomas Coutrot est économiste, spécialiste des questions du travail, de l’emploi et de la démocratie et porte-parole d’Attac

Michel Husson est économiste, membre du conseil scientifique d’Attac, il a coordonné l’étude du CAC

Alexandre Derigny est secrétaire de la fédération CGT des finances

nvo : Faute d’un audit public demandé de longue date par le Collectif pour un audit citoyen de la dette, vous venez de mener une étude et de publier un rapport inédit sur la dette, ce qu’elle représente, ses conséquences… Quel en est l’enjeu ??

Thomas Coutrot  : Avec la création du Collectif, à l’automne 2011, nous voulions mettre la question de la dette publique au centre du débat. On nous répète sans cesse qu’elle proviendrait d’un excès de dépenses publiques, et donc que la seule solution serait de les baisser.

Nous voulions contester ce discours martelé matin, midi et soir par les officiels et les médias en montrant que la dette a d’autres racines et qu’il est irrationnel et injuste de faire porter l’effort sur les dépenses publiques et les services publics. Assez rapidement, plusieurs dizaines de collectifs locaux se sont créés dans toute la France, avec le soutien d’associations, d’organisations syndicales, de partis, et ont donné lieu à beaucoup de réunions et de débats sur les questions de la dette, de la fiscalité, de l’austérité, les questions européennes aussi. Nous avons demandé la réalisation d’un audit par les pouvoirs publics, mais n’avons pas été entendus.

En fait, le débat, très vif, il y a encore deux ans, a semblé un peu passer au second plan. Du fait de politiques monétaires laxistes, provoquant un afflux de capitaux sur les marchés financiers, les taux d’intérêt sont historiquement bas depuis deux ans, donnant l’impression que le problème de la dette est réglé, car on peut la financer à 1 ?% ou 1,5 ?%.

Puis l’élection de François Hollande a, dans un premier temps, laissé croire que la page des politiques d’austérité pouvait être tournée puisqu’on nous avait promis une relance européenne, une réorientation de l’Europe. Puis le discours sur la compétitivité a pris le relais de celui sur la dette, censé justifier la baisse du « ?coût du travail ? ». Le débat est cependant en train de rebondir avec une nouvelle radicalisation des politiques d’austérité en France et en Europe visant à nouveau à réduire massivement les dépenses publiques et le « ?coût du travail ? ».

Ainsi par exemple du CICE et du pacte de responsabilité, avec ses 50 milliards d’euros de baisse des dépenses publiques. Tant Manuel Valls que François Hollande plaident la crédibilité de la France vis-à-vis des créanciers et la nécessité de réduire les déficits publics pour ne pas inquiéter les financiers.
L’accueil politique et médiatique important fait à notre rapport vient en partie de la crise de crédibilité des politiques publiques. La base parlementaire du gouvernement elle-même se montre dubitative sur les dernières mesures prises, qui vont à l’encontre des promesses faites aux électeurs, et qui répètent les mêmes recettes qui ont échoué depuis trente ans. Peut-être vit-on un tournant ? : les évidences sont de plus en plus mises en doute. Il nous a semblé important de relancer ce débat car la dette est la clé de voûte de domination des marchés financiers sur nos sociétés, particulièrement en Europe du Sud.

Michel Husson  : Beaucoup de collectifs locaux se sont ancrés sur la question des prêts toxiques aux collectivités locales. De ce point de vue, la décision récente du Sénat, qui a adopté en mai le projet de loi du gouvernement visant à valider rétroactivement les emprunts toxiques, et empêchant de les remettre en cause, est particulièrement grave.
On ne peut plus laisser à la Cour des comptes le soin de mener le débat. Elle a basculé pour devenir la gardienne de l’orthodoxie libérale. Elle vient de mettre en cause la rigueur et la sincérité d’une politique budgétaire déjà très restrictive et demande encore plus d’austérité.

Alexandre Derigny  : En tant que syndicalistes, nous ne pouvons que nous féliciter du fait de nouveaux éléments soient ainsi apportés au débat public. Quand certains affirment qu’il n’existe qu’une seule voie possible, celle de la réduction de la dépense publique, le CAC et cet audit démontrent que d’autres pistes sont à creuser avec d’autres perspectives pour les citoyens. C’est là l’un des intérêts d’un travail syndical avec le monde associatif…

Ces analyses scientifiques permettent de développer des propositions alternatives, de les travailler avec les salariés et de lutter pour que d’autres orientations économiques voient le jour. De tels travaux du CAC permettent la réappropriation de ces questions économiques par les citoyens et les salariés ? ; et on en a besoin, en particulier dans la période actuelle.

Parmi les principales conclusions du rapport, vous montrez que la dette est surtout le fruit conjugué de la réduction des recettes de l’État et de taux d’emprunt exorbitants, avec un effet boule de neige. Ces deux facteurs expliquent 59 ?% de la dette totale, et le ratio dette publique sur PIB qui atteint 90 ?% ne serait que de 43 ?% en leur absence. Cela mérite éclairage.

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