Grèce : ce que révèle le refus de Bruxelles de traiter l’urgence humanitaire par Romaric Godin dans La Tribune du 18/03/2015

samedi 21 mars 2015

Les mesures proposées par le gouvernement grec n’étaient guère révolutionnaires. Il s’agissait d’apporter une assistance d’urgence à ceux qui en avaient le plus besoin. Pour mémoire, 23,1 % de la population hellénique vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. (Crédits : Reuters)

Selon la télévision britannique, la Commission aurait exigé d’Athènes de stopper l’adoption du projet de loi sur la crise humanitaire. Une exigence très parlante des buts européens dans les négociations.

Si l’on veut réellement comprendre la nature des discussions entre la Grèce et ses créanciers (puisque c’est bien ainsi que se présentent désormais les « partenaires » européens du pays), l’information révélée mardi 17 mars au soir par la chaîne de télévision britannique Channel 4 est fort éclairante.

Selon Paul Mason, son journaliste, la directrice des affaires économiques et financières à la Commission européenne, autrement dit, un fonctionnaire de Berlaymont, le siège de l’exécutif européen, a exigé du gouvernement grec qu’il stoppe purement et simplement le processus législatif visant à faire adopter un projet de loi sur « l’urgence humanitaire. » Les fonctionnaires européens auraient également mis leur veto sur le projet de loi concernant la restructuration des arriérés fiscaux.

Le piège tendu par l’Eurogroupe

Cette exigence est un révélateur. D’abord, du piège dans lequel les Européens ont tenté d’attirer la Grèce. En effet, cette question de l’urgence humanitaire a toujours été mise en avant par Athènes dans sa liste de réformes prioritaires à mettre en place, que ce soit celle du 23 février ou celle du 6 mars.

Mieux, la liste du 23 février avait été considérée par l’Eurogroupe comme une base de discussion valable. Autrement dit, la question de la lutte contre la pauvreté était acceptée par les Européens eux-mêmes comme une question d’importance et comme une « réforme » à mener.

En réalité, il semble qu’il ne s’agissait que de faire entrer les Grecs dans un processus de « négociations » où, grâce à l’urgence des besoins de financement du pays, on espérait bien faire renoncer le gouvernement Tsipras à l’essentiel de son programme, notamment à la lutte contre la pauvreté. C’est la stratégie décrite comme celle du « nœud coulant » par le Premier ministre grec lui-même.

Bruxelles estime que la Grèce n’a plus les moyens de négocier, compte tenu de sa situation financière. Elle pose donc ses conditions. Et dans ces conditions, le rejet de la loi humanitaire est central : cette loi revient en effet à reconnaître les conséquences sociales désastreuses de la politique menée depuis 2010.

A qui peut-on se fier ?

Mais alors, c’est tout l’argumentaire asséné depuis des semaines par Bruxelles et Berlin qui semble affaibli. A chaque interview, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, ne cesse de prétendre que le « gouvernement grec a détruit toute confiance », en se gardant bien d’entrer dans les détails, puisque précisément, le gouvernement grec est le seul dans les négociations à avoir fait de substantielles concessions.

Mais cette fois, le voile est déchiré et l’on peut s’interroger sur quel type de « confiance » les Grecs peuvent avoir dans des instances européennes qui, le 23 février, acceptent de discuter de l’urgence humanitaire dans le pays, et qui, le 17 mars, refuse toute avancée concrète sur ce terrain.

Sans parler des mots doucereux de Jean-Claude Juncker lundi dernier admettant qu’il faut combattre la pauvreté des Grèce... Les Hellènes seraient en droit de renverser la nouvelle injure que le tabloïd allemand Bild Zeitung leur a fait ce mercredi 18 mars au matin en parlant de « Grecs menteurs » (Lügen Griechen) à propos d’un sujet sans doute plus important que la pauvreté dans le pays, le fameux doigt d’honneur de Yanis Varoufakis.

La nature du projet de loi

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