Charbon contre climat : quand l’avenir de l’humanité se joue, en partie, en Australie par Olivier Petitjean 10 avril 2015

mardi 14 avril 2015

C’est une victoire pour le climat et la Grande barrière de corail. Pour la première fois, les banques françaises viennent de s’engager clairement à ne pas investir dans l’extraction des vastes réserves de charbon du Bassin de Galilée, au Nord-ouest de l’Australie. Une démarche qui n’aurait pas été possible sans la campagne acharnée menée par les militants écologistes et altermondialistes, en Europe comme en Océanie. Mais la bataille ne fait que commencer, et nous concerne tous. Car l’exploitation de ce charbon, en réchauffant l’atmosphère, pourrait porter un coup fatal à la planète. Récit.

En décembre dernier, après plusieurs mois de pressions, la Société générale annonce, par un communiqué de presse succinct, son retrait d’« Alpha Coal », un immense projet d’extraction et d’exportation de charbon au Nord-ouest de l’Australie. Lors de la campagne orchestrée par les Amis de la terre, Attac et le mouvement altermondialiste basque Bizi !, plusieurs agences de la « SocGen » ont été bloquées par des amas de charbon ou occupées par des jeûneurs du climat. Ses dirigeants ont été interpellés par des pétitions. La banque elle-même a fait l’objet d’appels à boycott.

Le succès obtenu contre la Société générale en France s’inscrit dans le cadre de ce qui est devenu l’une des plus emblématiques batailles mondiales pour le climat, au même titre que celles qui se jouent autour des projets d’oléoducs géants en Amérique du Nord (comme le Keystone XL) ou encore de la prospection pétrolière en Arctique. Avec pour enjeu la question de savoir si le charbon du Bassin de Galilée, dans l’État du Queensland, l’une des plus importantes réserves de carbone encore non exploitées au monde, restera dans le sol ou ira amplifier le réchauffement climatique après avoir été brûlé.

Action directe citoyenne

Les animateurs de la campagne contre Alpha Coal en France annoncent aujourd’hui un nouveau succès. Ils ont obtenu l’engagement clair et sans ambiguïté des trois plus grandes banques françaises – BNP Paribas, la Société générale et le Crédit agricole – de rester à l’écart de tous les projets d’extraction du charbon dans le Bassin de Galilée, y compris les infrastructures ferroviaires ou portuaires associées [1]. Initialement, la SocGen s’était contentée d’évoquer les « retards » du projet pour « suspendre » son engagement (lire notre article). « C’est la première fois que les banques s’engagent à ne pas financer les projets de toute une région en raison de leurs impacts environnementaux et climatiques, se félicite Lucie Pinson des Amis de la terre. Cependant, la bataille pour le climat ne s’arrête pas là et leurs engagements sont loin de suffire à inverser la hausse de 218 % des financements des banques françaises au secteur du charbon entre 2005 et 2013. »

Au total, neuf mines géantes sont envisagées dans la région, dont cinq seraient plus grandes que n’importe quelle mine de charbon actuellement exploitée en Australie, premier exportateur mondial de charbon. Si ces projets miniers voient le jour, ils permettront, selon les calculs de Greenpeace, de produire et exporter annuellement 330 millions de tonnes de charbon pendant 30 ans. Avec un impact considérable sur notre atmosphère : plus de 700 millions de tonnes de CO2 supplémentaires seraient émises tous les ans [2]. Cela représente quasiment le double des émissions annuelles de CO2 de la France et hisserait d’un seul coup le Bassin de Galilée, au septième rang mondial des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre.

Une perspective que de plus en plus de monde considère comme inacceptable. Même l’Agence international de l’énergie conclue, dès 2012, que les deux tiers des réserves connues de pétrole, gaz et charbon devaient rester dans le sol si l’on voulait maintenir le réchauffement global en dessous des 2ºC [3]. Pour le charbon australien comme pour les oléoducs nord-américains, la bataille se déroule simultanément sur plusieurs terrains – politique, administratif, juridique et économique. Cette bataille est surtout marquée par l’essor de l’action directe citoyenne.

Le maillon faible est financier

Dénonçant l’impuissance ou la résignation de nos dirigeants face aux puissants intérêts qui bénéficient des énergies fossiles, des collectifs de plus en plus nombreux de militants, de citoyens et même d’institutions (universitaires, religieuses, médiatiques…) cherchent désormais à bloquer eux-mêmes ces projets. Ils occupent des sites miniers ou des chantiers d’oléoducs, ciblent les investisseurs qui rendent ces projets possibles, comme c’est le cas du mouvement global pour le désinvestissement des énergies fossiles [4]. Non sans résultats.

La controverse autour du Bassin de Galilée a mis en lumière le rôle décisif joué par les banques internationales dans le financement des grands projets d’extraction d’énergies fossiles, qui se chiffre en milliards d’euros. Pour les deux projets de mines considérés comme les plus avancés – Alpha Coal, porté par le conglomérat indien GVK en association avec la milliardaire australienne Gina Rinehart, et Carmichael, porté par Adani, une autre firme indienne –, le besoin de financement total, y compris les lignes de chemin de fer et les terminaux d’exportation, est estimé à 25 milliards de dollars australiens (17,5 milliards d’euros) [5].

En plus de son impact sur le climat, la perspective d’une exploitation à grande échelle du charbon du Bassin de Galilée comporte également d’autres risques environnementaux majeurs, eux aussi de résonance mondiale. Pour rendre possible l’exportation de ces millions de tonnes de charbon, le terminal portuaire d’Abbot Point, sur la côte du Queensland doit être considérablement étendu. Or, il se situe non loin d’une zone classée au patrimoine mondial de l’humanité : la Grande barrière de corail.

Barack Obama à la rescousse

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