Ce que la réunification allemande nous enseigne sur la crise grecque actuelle THOMAS MOREL17/07/2015 dans Alterecoplu

vendredi 17 juillet 2015

Au cours des négociations sur la crise grecque et européenne, l’Allemagne a adopté une position particulièrement dure. Dans un document de travail récemment révélé par le député vert Sven Giegold, le ministre des Finances Wolfgang Schäuble propose le « transfert d’actifs grecs pour un montant de 50 milliards d’euros à un fonds externe » basé au Luxembourg.

Cette société serait chargée de privatiser ces actifs, échappant ainsi à l’influence du gouvernement de gauche d’Alexis Tsipras. L’idée de Wolfgang Schäuble reprend largement les méthodes mises en œuvre lors de la réunification allemande. L’histoire de la société Treuhand, son échec et les scandales qui l’entourent, montrent que les négociations actuelles sont menées, en dépit du bon sens, pour des raisons largement idéologiques.

Capitulation économique

Le 9 novembre 1989, la chute du mur de Berlin ouvre la voie à la réunification allemande. Se pose alors une question fondamentale : comment adapter l’ensemble du système productif de la République démocratique allemande, communiste, à l’économie de marché ? Les milieux économiques de l’ouest veulent une privatisation massive et rapide. Soutenus par le chancelier conservateur Helmuth Kohl, ils vont obtenir « une capitulation économique de la RDA sans condition ».

Les milieux économiques de l’ouest veulent une privatisation massive et rapide

L’enjeu est de taille : l’ex-RDA est un marché potentiel de 16 millions d’habitants, au cœur de l’Europe, dont la main-d’œuvre est qualifiée. Les entreprises, la propriété foncière et l’ensemble des activités économiques appartiennent à l’Etat, et donc en théorie aux citoyens. Le problème central est le manque absolu de capitaux pour moderniser un appareil productif inefficace.

« Ruée vers l’or »

A l’ouest, les entreprises accumulent les excédents commerciaux. Dans ces conditions, l’illusion d’une réunification entre égaux va rapidement laisser place à une véritable « ruée vers l’or », selon l’expression du journaliste Dirk Laabs. Industries, banques, lobbyistes et ambitieux se ruent vers l’Est en l’absence de tout cadre légal. Impuissant, un député social-démocrate ne peut que constater : « premier arrivé, premier servi, une course contre la montre s’est engagée ».

La Treuhand doit organiser la privatisation de l’économie de l’ex-RDA

Le gouvernement Kohl, dont le ministre de l’Intérieur n’est autre que Wolfgang Schäuble, va alors créer la Treuhand. Cette société doit organiser la privatisation de l’économie de l’ex-RDA et – en théorie – redistribuer les bénéfices aux habitants. A sa tête, des managers de l’ouest, souvent peu expérimentés. Pétris d’une croyance naïve dans les vertus du libéralisme, ils célèbrent la « destruction créatrice » chère à Schumpeter.

Kohl, en pleine campagne électorale, promet que le libéralisme va rétablir l’économie de l’Est en quelques années. Fin tacticien, il propose une parité entre les deux monnaies. Un mark de l’ouest contre un mark de l’est. Les économistes jugent qu’un mark-ouest vaut en réalité six marks de l’est.

Désillusions

Les élections passées, les citoyens déchantent rapidement : les salaires de l’est ne correspondent absolument pas à la productivité de l’économie. Or il est désormais impossible de dévaluer, ou d’exercer le moindre contrôle sur la politique monétaire pour relancer l’économie. En quelques mois, le chômage atteint les 20 % et l’activité économique menace de s’arrêter complètement.

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