Puy Saint André : le village 100 % économe en énergie (ou presque)* par Dominique Fonsèque-Nathan**

mercredi 13 janvier 2016

*Cet article a été publié dans midi mut,le journal de la mutuelle du midi novembre-décembre 2015
**du collectif STOP TAFTA Aix Salon Gardanne et d’Attac Pays d’Aix

La lutte contre le réchauffement climatique a peut-être trouvé son symbole : le Puy Saint André. Ce petit village du briançonnais combat le gaspillage et les énergies fossiles.
Etagé entre 1200 et 3000 mètres d’altitude, Puy Saint André n’aurait pas grand-chose pour attirer le public si ce n’est la beauté de son site, la réserve naturelle régionale des Partias, 300 jours de soleil par an… Pourtant, les visiteurs sont de plus en plus nombreux à faire le voyage. Leur objectif : découvrir comment la commune et/ou la communauté de communes du Briançonnais économisent l’énergie, l’eau, les déchets, luttent contre la spéculation foncière, installent des agriculteurs, plantent des arbres, développent des énergies renouvelables etc. Le responsable de cet engouement récent ? Pierre Leroy,

ancien cadre de santé, devenu maire du Puy Saint André en 2008 et aussi, vice-président de la communauté de communes et président du Pays du Grand Briançonnais. Cet écologiste pur jus, qui ne met pas avant son appartenance politique estime que, pour gagner la lutte contre le réchauffement climatique, tout le monde doit s’unir, citoyens, chefs d’entreprise, collectivités territoriales, élus… quelque soit son bord. "Nous n’avons plus le temps d’attendre car le temps nous est compté. Il nous faut être actif tout de suite, à notre niveau". Il ajoute : « ce que je fais dans le briançonnais ne peut pas forcément être dupliqué ailleurs. Il faut s’adapter au contexte, étudier ses forces et ses faiblesses. Mais, ce qui est certain, c’est que, si on reste les bras croisés, les choses vont empirer ». Et de citer, pour la région, la hausse des températures avec été caniculaire (du type de celui de 2003), la fonte des glaciers, les hivers plus chauds (sans neige pour les stations de sport d’hiver), l’élévation du niveau de la mer, la pression sur l’eau, sur l’alimentation etc.

Création de la SEML SEVE

Cette prise de conscience l’a amené, dès janvier 2011, à créer la première société d’économie mixte locale de France, la SEML SEVE (pour soleil, eau, vent, énergie), société d’investissement et de gestion dédiée, dans un premier temps, à la production d’énergie photovoltaïque sur les toitures des bâtiments publics. Rien de bien innovant sauf que la SEVE ouvre la possibilité aux citoyens d’ici et d’ailleurs de souscrire à des actions (300 € l’unité) au côté des collectivités locales (majoritaires à 51 %) et des entreprises. Les gens ont joué le jeu : de 30 au départ, ils sont aujourd’hui 54 après augmentation du capital social de 102000 à 871500 € et ils détiennent 10 % du capital. Mieux, ils sont représentés au conseil d’administration au côté de 6 actionnaires représentant les collectivités locales et l’EDSB, le distributeur d’électricité local et filiale de la mairie de Briançon et d’EDF ! Un mix intéressant bien que statutairement facultatif ! Pour Pierre Leroy : « la participation des citoyens doit être une réalité. La lutte contre le réchauffement climatique ne peut réussir que si tout le monde s’empare du sujet et décide, avec toutes les parties prenantes, des choix de société qui s’y rattachent. »

Une bonne affaire pour les communes et le climat

Après deux ans d’activité, la SEML SEVE affiche un résultat positif. Elle dispose de 13 centrales photovoltaïques, dont 3 sur les toits de l’ancienne mairie, la mairie actuelle et l’ancienne cure. Cela représente 1970 panneaux produisant 573 kW revendus à EDF et réinjectés sur le réseau. C’est une petite manne pour les communes de Briançon, Puy Saint André et Saint Martin de Queyrières qui, pour la location de leurs toitures, touchent 5 % du chiffre d’affaires réalisé et qui, dans 20 ans, deviendront propriétaires des centrales, sans avoir investi un centime. Quant aux actionnaires, dès 2016, ils devraient commencer à toucher une partie des dividendes, le reste étant intégralement réinvesti. Mais, pour Pierre Leroy, « l’important n’est pas de toucher des dividendes mais de participer à la transition énergétique en substituant les énergies renouvelables aux énergies fossiles polluantes. »

Traquer les gaspillages

Pierre Leroy pense déjà au tour suivant : le turbinage des eaux usées pour produire de l’énergie ; le micro éolien, le développement du solaire thermique pour la production d’ eau chaude et du chauffage et, surtout, l’isolation des logements « beaucoup plus difficile à réaliser dans le bâti ancien »
En attendant, Puy Saint André a réduit de 30 % sa consommation d’énergie en réglant l’éclairage public et en réalisant un diagnostic des bâtiments communaux suivi de travaux comme le changement de fenêtres ou l’installation d’horloges sur les radiateurs. Le colmatage des fuites d’eau et la réhabilitation des canaux d’irrigation ancestraux ont permis de baisser la consommation d’eau potable de 170.000 à 65.000 m3.
De son côté, la communauté de communes du Briançonnais dont il est le vice-président, a fait baisser de 30 % sa production de déchets depuis 2009 (12.000 tonnes à 8.000 tonnes) en présentant la factures aux entreprises. Exonérées jusqu’ici, elles n’ont pas tardé à trouver des solutions.
Elle a planté plus de 2.000 arbres, créé une réserve naturelle régionale de 600 hectares et une association foncière pastorale de 1.000 hectares pour l’installation d’agriculteurs. Ouf !
Pierre Leroy avoue : "quand on veut économiser l’énergie, l’eau etc., il faut taper partout, dans tous les domaines : gestion de l’eau, de l’énergie, foncier, transport, favoriser les circuits courts, l’habitat groupé etc. C’est une lutte de chaque instant. Le photovoltaïque n’est pas l’idéal mais il nous a permis de démarrer tout de suite. Il suffit d’avoir de l’argent pour investir dans les renouvelables, eau, soleil, vent, biomasse… ». Et d’ajouter : « le discours sur la sobriété énergétique est compliqué à faire passer quand le prix du pétrole a été divisé par deux. Pourtant, on ne peut pas continuer à émettre des gaz à effet de serre et à réchauffer le climat. Il faut faire avec une seule Planète et on n’a pas de plan B. »
Dominique Fonsèque-Nathan


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