Il faut choisir entre revenu minimum et salaire minimum par Jean-Marie Harribey dans blog d’alternatives économiques

lundi 27 juin 2016

Au lendemain de la votation citoyenne en Suisse (5 juin 2016) sur le projet de création d’un revenu inconditionnel, de nombreuses voix se sont exprimées en France afin de poursuivre la campagne en faveur de cette mesure. De Libération (7 juin 2016) au Progrès social (7 juin 2016 et 11 juin 2015), éditoriaux et articles faisaient chorus. Ils rejoignaient, à gauche, des convertis de longue date à Mouvements, Politis, Charlie Hebdo, L’Âge de faire, et, ailleurs, beaucoup de magazines où la séduction opère également, Sciences humaines, Socialter, Terra éco …, et même Capital commence à s’émouvoir de la chose. Autour d’Alternatives économiques, personne n’est d’accord

 : certains maintiennent leurs réticences ou opposition, un autre cache mal son adhésion en se demandant benoîtement si ce ne serait pas possible, un autre encore découvre que les femmes risqueraient d’être renvoyées à leurs fourneaux, alors que plusieurs organisations féministes le répètent depuis longtemps. Pendant ce temps, une grande partie des « alternatifs » s’enflamme pour la proposition, et les libéraux malins ont compris le parti qu’ils pouvaient tirer de la prise en charge collective d’une part de la rémunération de la force de travail. Quels problèmes pose le revenu minimum inconditionnel ?

Le travail n’est pas fini

Court l’idée que nous devrions renoncer au plein emploi, pour les uns parce que le travail n’est pas un facteur d’insertion et de reconnaissance dans la société, ou parce que la révolution numérique condamnera la moitié des emplois à disparaître. La première assertion est totalement fausse et traduit une méconnaissance de ce qui fait société, en renvoyant chacun à la sphère individuelle. La seconde ne repose pas sur des enquêtes méthodologiquement fiables.[1] Et, surtout, même si les effets de l’économie numérique sur la productivité du travail étaient aussi importants que certaines études le disent, c’est oublier le rôle que pourrait jouer une réduction continue du temps de travail pour accompagner ce mouvement. Les deux assertions font en réalité l’impasse sur la crise du capitalisme qui est la cause du chômage et de la précarisation du travail.

Dans ce contexte de crise, la protection sociale existante est mise en cause de tous côtés. D’abord, parce qu’elle ne réussit pas à endiguer la montée de la pauvreté et de la précarité à mesure que grandit le chômage, bien qu’elle assure un filet de sécurité minimal en cumulant plusieurs aides : le RSA et l’allocation logement atteignent juste 750 € pour une personne seule auxquels s’ajoute la CMU. Ensuite, ce système d’aides comporte une telle complexité qu’elle ne facilite pas sa légitimité, au moment où toutes les forces capitalistes cherchent à l’enterrer définitivement. Mais pas plus que le travail n’est fini, la protection sociale n’a pas perdu sa raison d’être. Ce n’est pas son principe qui a failli, ce sont les conditions de sa pérennité qui sont atteintes par les coups de boutoir des politiques néolibérales.

On entend aussi dire que le revenu inconditionnel permettrait de sortir du productivisme en travaillant moins. Mais si, collectivement, on travaille moins, pour un niveau de productivité donné, on produira moins, le revenu national diminuera et on ne voit pas comment on pourrait augmenter fortement les revenus distribués à chaque personne. Ce qui veut dire qu’entre la réduction du temps de travail de tous – dans un emploi partagé pour sortir du chômage et du productivisme – et le revenu d’existence qui s’ajouterait aux salaires, il faudra choisir.

L’inconditionnalité d’un droit ne crée pas de revenu

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