SNCF : éloge des services publics par Jean Gadrey |05/04/2018|dans Alternatives économiques

samedi 7 avril 2018

*Professeur honoraire d’économie à l’Université Lille 1
On connaît cette formule : le service public, c’est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas. C’est à la fois vrai et réducteur. C’est vrai sur le plan économique et social. Une étude de l’Insee avait même montré en 2008 que certains des plus importants services publics étaient deux fois plus efficaces que les prestations monétaires (la redistribution) pour réduire les inégalités. Mais c’est réducteur en ce sens que les services publics, lorsqu’ils fonctionnent conformément à leurs missions, sont des biens communs, des patrimoines pour tous. Ce qui les caractérise c’est leur universalité, associée à des droits reconnus, donc leur accessibilité à un prix abordable par tous, allant jusqu’à la gratuité pour certains d’entre eux. C’est leur contribution à la cohésion sociale et territoriale, à l’égalisation des conditions d’existence et à la soutenabilité de notre trajectoire collective. La doctrine historique des services publics repose sur la continuité (dans le temps), la « mutabilité » (adaptation à l’évolution des besoins collectifs), et l’égalité, un mot absent des « réformes » projetées.

En amont des débats sur la dette de la SNCF, le statut des agents, l’introduction de la concurrence puis des privatisations, il faut se poser une question bien plus importante : quelle est l’utilité sociale (y compris écologique) d’un service public ? Comment peut-on « en même temps » commander, pour les entreprises privées, un rapport (au demeurant décevant, voir cette tribune de Michel Capron) sur leur contribution à l’intérêt collectif, et négliger, comme le fait le gouvernement, la contribution des services publics à l’intérêt général ? Une fois de plus, les critères comptables et la religion de l’austérité publique l’emportent sur la raison d’être des services publics depuis qu’ils existent.

Quelle mission d’intérêt général ?

Il faut, avant tout autre argument, défendre les missions d’intérêt général des services publics (dont les services publics dits de réseau comme la SNCF) au nom d’une vision solidaire de la citoyenneté moderne. Ne pas rece­voir le courrier ou ne pas pouvoir en envoyer dans des conditions acceptables, ne pas recevoir l’eau pota­ble, ne pas pouvoir se raccorder à un réseau téléphonique, ne pas recevoir l’électricité, ne pas pouvoir se chauffer, ne pas avoir de « transports en commun » locaux ou nationaux accessibles à un prix abordable, sont des indices d’une citoyenneté de seconde zone, dans une société divisée entre ceux qui sont connectés aux réseaux de la vie quotidienne et ceux qui ne le sont pas. Tel est l’argument principal des défenseurs des missions de service public, lesquelles ne peuvent pas être « rentables » au sens financier, même lorsque leur utilité écologique et sociale est considérable.

La mise en concurrence (c’est ce qui définit la « dérégulation ») peut-elle préserver de tels droits pour tous ? La réponse est négative pour de multiples raisons. D’abord, comme l’a montré Albert Hirschman, dans les cas où un monopole « historique » existe, l’introduction de la concurrence conduit à la dégradation des missions d’intérêt général et à l’instauration de « services à deux vitesses ». Pendant que les usagers aisés se tournent vers des services privés lucratifs et plus coûteux, ce qui reste de service public se dégrade et tend à passer du statut de service vraiment universel à celui de service minimal des pauvres.
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