Macron le moderne, démolisseur à l’ancienne de l’Etat social Par Dominique Méda, professeure d’université Paris-Dauphine — 7 juin 2018

lundi 11 juin 2018

Responsabilisation des individus, baisse des budgets : le Président recycle les concepts de Blair ou Clinton, cette « troisième voie » qui a échoué mais dont le but était bien l’abandon d’un système efficace d’aides sociales.

Macron le moderne, démolisseur à l’ancienne de l’Etat social

Il incarnerait la modernité la plus avant-gardiste et serait à la pointe du combat contre le « vieux monde ». Il amènerait dans la pratique et l’espace public de nouveaux concepts et de nouvelles méthodes. Il bouleverserait notre vieille grammaire politique : notre président de la République serait tout simplement, et selon ses dires mêmes, révolutionnaire.

Pourtant, avez-vous écouté son « non-discours » sur les banlieues ? Si vous avez été attentifs pendant ces quatre-vingt-dix minutes, vous avez dû vous dire que tout cela avait un incroyable goût de déjà-vu. Mais, où et quand donc avons-nous déjà entendu cet appel à la responsabilisation des citoyens concernés (« mobilisez-vous » ! « personne ne le fera à votre place ») ; cette mise en évidence de l’incapacité de l’Etat à mettre en place des politiques publiques adaptées, ce souhait de le voir réduit à un rôle d’« accompagnateur » et de facilitateur, de « stratège » et non plus de faiseur ; ce panégyrique de la méritocratie ; ces allusions à une société « d’émancipation », de « vigilance », de « dignité » ?

C’était il y a plus de vingt ans, à la fin des années 90, dans la bouche de Tony Blair, le Premier ministre britannique travailliste, et de son mentor, Anthony Giddens, mais aussi dans celle de Bill Clinton, c’est-à-dire de ces sociaux-démocrates qui se sont illustrés par une remise en cause radicale du Welfare State, de l’Etat-social tel qu’il avait été notamment pensé par William Beveridge.

Quelles étaient les principales propositions de Bill Clinton en 1992 et Tony Blair en 1997 : sortir du Welfare state qui pèserait trop sur les finances publiques et empêcherait les individus de prendre leurs responsabilités. Redonner à ceux-ci leur « capacité d’agir », les inciter à se prendre en main, à prendre ou à reprendre du travail et à mériter leur revenu. « Rompre avec l’Etat-social tel que nous le connaissons », qui ne répond à un problème qu’en versant des aides et rend les individus « dépendants aux allocations ». D’où les nouveaux mots d’ordre qui ont constitué les slogans du fameux « Manifeste Blair-Schröder », paru en 1999 : responsabilité, workfare, Etat-social actif, société active, « making work pay » (rendre le travail payant), empowerment (capacité d’agir), « pas de droits sans devoirs », « Etat-stratège » qui formaient autant de ruptures avec le vieil Etat social de gauche, jeté aux poubelles de l’histoire par nos fringants révolutionnaires qui pensaient déjà que « la plupart des gens ont abandonné depuis longtemps la représentation du monde inspirée du dogme de la droite et de la gauche ».

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