Chère essence par Jean-Marie Harribey dans son blog sur Alternatives économiques 15/11/2018

vendredi 16 novembre 2018

Chère essence…,

J’ai longtemps hésité à m’adresser à toi pour te faire part de mon embarras, de mon inquiétude, et aussi, je te l’avoue, de mon malaise devant l’agitation et la colère qui sourdent dans la société à ton sujet. Si je m’y résous aujourd’hui, c’est parce que la lettre que j’avais écrite à ton père, le pétrole[1], il y a juste dix ans, et dont je te joins une copie, est restée lettre morte. Il est vrai que je l’avais lancée à la mer dans un baril vide à la dérive, espérant qu’elle finirait bien par échouer aux pieds de quelque gouvernant plus éclairé que la moyenne, par exemple par cette fée nucléaire, ta concurrente mais, nous dit-on, ô combien salutaire.

Las ! Il ne se passa rien. Depuis ce moment, dix nouvelles COP se sont succédé, avec, parmi elles, un tapage aussi tonitruant que sans lendemain lors de la vingt-et-unième

Sans doute, tu concentres en toi nombre de problèmes et tu révèles les contradictions qui fracassent nos sociétés minées par le productivisme d’un capitalisme dont l’unique boussole est le profit pour l’accumulation infinie du capital.

Le fait que tu sois aussi inflammable et explosive explique grandement que, périodiquement, bonnets rouges et gilets jaunes descendent dans la rue parce qu’ils sont pris à la gorge par l’envolée de ton prix à la pompe. Mais la défense de leurs couleurs se fait, pour le coup, au prix d’un embrouillamini social et politique magistral. De bonnets rouges en gilets jaunes, enfle une colère noire. Je t’écris pour conjurer le risque qu’elle ne vire au brun.

Je voudrais te dire que tu es injustement accusée de flamber. Tu es d’abord victime du parcours chaotique de ton père, ce pétrole aux mains souvent de monarchies corrompues et toujours de multinationales sans foi ni loi, qui spéculent, un jour sur sa raréfaction, un autre sur son abondance parce qu’elles vont le forer jusque dans les cailloux et les sables de schiste.

Tu es également victime de la myopie qui handicape nos concitoyens à qui on ne dit jamais que ton prix est aujourd’hui légèrement inférieur à celui de 2012, quand le baril de ton père valait 1,50 dollar, avant d’être divisé trois ans après par presque 4. Et si on te compare au pouvoir d’achat d’un SMIC, on s’aperçoit que, il y a 45 ans, c’est-à-dire lors de la première crise dite du pétrole en 1973, une heure de SMIC pouvait acheter 3 litres de toi, et, en 2018, elle en achète 6, bien que le prix du pétrole ait de nouveau doublé depuis un an. On devrait aussi méditer sur un élément positif et un élément négatif : un litre de toi permet de faire plus de kilomètres qu’autrefois grâce à des moteurs plus économes, mais un litre qui est gaspillé dans des embouteillages inextricables dans toutes les agglomérations et sur toutes les rocades, ces rubans colorés où tout le spectre de l’arc en ciel se mélange autour du rouge, du jaune et même de l’orange, ces couleurs si chaudes et saillantes…

Enfin, et c’est certainement le plus important, la politique du gouvernement, qui va de dégradation des services publics en destruction des droits sociaux, est aussi cynique qu’absurde et cela pour au moins trois raisons. La première est que sa politique fiscale est outrageusement injuste : il a diminué les impôts progressifs des riches et des entreprises, il a supprimé l’impôt sur la fortune, il a transformé le CICE (totalement inefficace pour l’emploi mais très efficace pour rétablir les marges des entreprises, 20 milliards par an, ce n’est pas rien) en un allègement des cotisations sociales des entreprises, en « même temps » qu’il augmentait la CSG et qu’il organisait l’appauvrissement des collectivités territoriales pourvoyeuses de services publics en prévoyant de supprimer la taxe d’habitation.

La deuxième facette de l’injustice et de l’absurdité de la politique gouvernementale concerne l’absence totale d’actions en faveur d’une transition énergétique et écologique pour commencer une transformation des systèmes de transport et pour se diriger vers des énergies renouvelables.

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