[Entretien ] Maxime Combes : « Le coup opportuniste de Macron pour s’affirmer écolo » dans La Marseillaise

mardi 28 mai 2019

http://www.lamarseillaise.fr/analyses-de-la-redaction/dossier-du-jour/76627-entretien-maxime-combes-le-coup-opportuniste-de-macron-pour-s-affirmer-ecolo

Maxime Combes est militant d’Attac. Économiste, spécialiste des énergies fossiles, il décrypte ce qui se joue avec les accords commerciaux européens et la manipulation tentée par Emmanuel Macron durant cette campagne.

Les élections européennes ont lieu dimanche et, dès lundi, une réunion est prévue entre les ministres du commerce européens pour en tirer les leçons sur la relation avec les États-Unis. Le sujet a été au cœur de la campagne, instrumentalisée par Emmanuel Macron qui, soudainement, s’est opposé à un accord commercial avec les Américains au nom du climat. Décryptage par un spécialiste du sujet, Maxime Combes, militant d’Attac.

La Marseillaise : L’opposition de Macron à un accord commercial avec les États-Unis n’est-elle pas un peu tardive et opportuniste ?
Maxime Combes : Il y a eu plein de réunions de préparation, à différents niveaux : des diplomates représentant la France à Bruxelles, puis les ministres. Et, à aucune occasion, Paris n’a cherché à convaincre des alliés plus ou moins proches pour s’opposer à l’ouverture de ces négociations. Alors que la France aurait très bien pu le faire. La Belgique se serait de toute façon abstenue, l’Espagne aurait potentiellement pu le faire, le Portugal…
Ce qui s’est passé est un coup opportuniste. Des gens de la liste Renaissance ont vu un bon moyen de s’affirmer comme écolos et climato-responsables et ont demandé à Emmanuel Macron, au dernier moment, que la France vote contre à l’occasion d’un sommet de ministres de l’Agriculture. Mais, à ce stade, cela n’a aucune conséquence. Ce n’est qu’une manœuvre politique, habile, pour essayer de désarmer une partie des critiques que nous faisons de Macron, de sa liste et de sa politique commerciale et de celle de l’Union européenne.

Vous mentionnez également un deal « arme contre bagnole » entre la France et l’Allemagne ?
Et c’est bien plus problématique. Paris était très ennuyé par le moratoire allemand sur l’exportation d’armes vers l’Arabie saoudite qui touchait également l’industrie française. Un deal a eu lieu pour que l’Allemagne assouplisse son moratoire et que les armes déjà commandées puissent être livrées. En contrepartie, la France s’est engagée à ce que les négociations commerciales avec les États-Unis puissent s’ouvrir. C’est important pour Berlin qui craint la menace de droits de douane de Trump sur les automobiles européennes, qui pèseraient en premier lieu sur l’automobile allemande. On a donc eu un deal « arme contre bagnole ».
C’est absolument inacceptable. D’un point de vue climatique mais aussi du point de vue de la défense des valeurs européennes car ce sont des armes qui tuent des civils au Yémen. C’est ça la réelle politique d’Emmanuel Macron en Europe.

L’argument de défense du climat est-il crédible quand on sait que Macron a validé le CETA dont les experts avaient dit qu’il n’était pas climato-compatible ?
M.C. : Emmanuel Macron avait effectivement fait une promesse durant la campagne présidentielle : former une commission indépendante sur le CETA et tenir compte de ses conclusions. Elle a été nommée et a conclu que le CETA n’est pas un accord compatible avec les exigences de lutte contre le dérèglement climatique. Mais Macron a effectivement balancé sa promesse et a validé l’application provisoire du CETA le 21 septembre 2017. Il est donc entré en vigueur sans avoir été ratifié par le parlement français.

Quand sera-t-il ratifié ?
On ne sait toujours pas. Il était question qu’il le soit au lendemain des élections européennes : on reporte tous les sujets compliqués pour lui. Est-ce que ce sera en juin, en juillet, à la rentrée ? On ne sait pas alors que c’est un gros enjeu. Nous devons obtenir un vote négatif du parlement français.
On a des éléments tangibles pour justifier cela. Le CETA est en application et on sait que la quantité de marchandises échangées entre le Canada et l’Union européenne est en forte croissance. Dans votre région, une entreprise de flotte de cargo comme Maersk a ouvert une ligne supplémentaire entre le Canada et Fos-sur-Mer et d’autres ports méditerranéens. Les premiers bilans du CETA constatent aussi une augmentation extrêmement nette de l’importation d’hydrocarbures venant du Canada.
Les importations de gaz naturel liquéfié en provenance des États-Unis ont également explosé - plus 235 % sur la dernière année selon des chiffres de la commission européenne - et de soja dont du transgénique pour alimenter nos biocarburants en Europe. Mais là, nul mandat. Ce sont des décisions prises pour tenter d’amadouer Donald Trump.

Où en est l’Europe ? La position du Parlement européen a été un peu floue sur l’accord commercial UE-USA ?
M.C. : Il s’est effectivement passé quelque chose d’un peu étrange. Un texte de soutien à l’ouverture des négociations a été proposé, des amendements pour s’y opposer ont été votés. Mais quand le texte amendé a été présenté au vote final des parlementaires, certains ont préféré ne pas voter. Il n’y a donc pas de décisions du Parlement européen : ni pour, ni contre. Ce qui signifie aussi qu’il n’y a pas eu de majorité au Parlement européen pour l’ouverture des négociations. Ceci démontre en fait la faiblesse de la commission européenne et de sa stratégie commerciale internationale qui n’est plus soutenue ni par la population, ni même par ses représentants qui ne s’y étaient jamais opposés aussi frontalement. La stratégie commerciale de l’Union européenne n’a plus de légitimité.

Pouvez-vous expliquer la faiblesse de cette stratégie ?
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