Équateur : Victoire historique des mouvements indigènes et populaires mercredi 23 octobre 2019, par Miriam Lang

samedi 2 novembre 2019

Le mouvement indien de l’Équateur a contraint le gouvernement de Lenín Moreno à retirer un décret d’ajustement structurel imposé par le Fonds Monétaire International comme condition préalable à un crédit. Le programme d’ajustement avait principalement consisté en la libéralisation des prix des carburants, jusqu’alors subventionnés, ainsi que le retrait de plusieurs droits sociaux des travailleurs.

Le gouvernement a capitulé après douze jours de soulèvement populaire dans tout le pays, avec des émeutes conséquentes, notamment dans la capitale, Quito. La situation s’est encore compliquée lorsque les partisans de l’ancien président Rafael Correa avaient l’intention de tirer profit des manifestations. L’équilibre politique du pouvoir en Équateur a changé : et donne surtout au mouvement autochtone une position beaucoup plus forte, en tant que leader le plus visible des manifestations auxquelles ont participé des syndicats, des femmes, des étudiants et des classes moyennes. Aujourd’hui, le pays est confronté au défi de se recomposer après de lourdes violations des droits humains et une recrudescence du racisme et du classisme dans les réseaux sociaux. Il doit également mettre en place une politique économique profondément différente qui prenne en compte la plurinationalité.

Entre le 3 et le 12 octobre, et ce, 527 ans après l’invasion espagnole en Amérique, des barricades ont brûlé dans toutes les régions de l’Équateur. Les principales artères ont été bloquées, des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues et ont occupé temporairement le bâtiment du Parlement ainsi que plusieurs préfectures.

Le bâtiment du contrôleur de l’État a été incendié. Pendant plusieurs jours, trois des plus importants gisements de pétrole d’Amazonie ont été paralysés, frappant l’État à son point le plus vulnérable. Alors que les chauffeurs de taxi et les travailleurs du secteur des transports avaient à peine commencé les manifestations, ont vite renoncé, le mouvement indien a commencé à mener le mouvement de protestation avec les syndicats. Ils ont reçu un soutien important de la part des étudiants, d’organisations de femmes, de citadins pauvres et des classes moyennes. La capitale Quito et les paysans des provinces environnantes ont rétabli une tradition de solidarité qui avait déjà soutenu les manifestations indiennes dans les années 90 : avec des dons de nourriture, de couvertures, de vêtements chauds et de médicaments. Les familles préparaient les repas chez eux et les amenaient aux endroits où les manifestants avaient campé. Les tôliers ont même fabriqué des boucliers pour les manifestants, confrontés à de lourdes attaques de la part de la police et de l’armée.

Le gouvernement a rapidement déclaré le pays en état d’urgence, ce qui a amené des milliers de militaires et du matériel lourd dans les rues. En réponse, et s’appuyant sur le principe constitutionnel de la plurinationalité, la confédération autochtone CONAIE a également déclaré l’état d’urgence sur ses territoires. La confédération a annoncé que les policiers et les soldats qui seraient entrés dans ses territoires sans autorisation seraient arrêtés. Cela s’est produit rapidement à plusieurs reprises, par exemple dans la province de Chimborazo dans les Andes, où près de 50 personnes en uniforme ont été retenues pendant plusieurs jours.

Les plus grandes manifestations pouvant rassembler jusqu’à 40 000 personnes ont eu lieu dans la capitale, Quito. Des dizaines de milliers d’Indiens et de paysans de toutes les régions du pays sont venus en camion et se sont installés dans le centre du Parque el Arbolito et dans les universités environnantes. le mouvement indien a appelé à une protestation massive mais pacifique ; les marches ont été accompagnées d’émeutes violentes, principalement constituées d’étudiants, de jeunes citadins et de partisans de l’ancien président Rafael Correa, auprès desquels les dirigeants indiens ont clairement pris leurs distances.

Le gouvernement a déployé une répression sans précédent en Équateur, notamment des attaques contre des hôpitaux, des universités et des femmes avec enfants. Selon les dernières informations du médiateur équatorien, huit personnes seraient mortes dans les affrontements, plus de 1 300 blessées et près de 1 200 personnes arrêtées, mais les enquêtes sur les violations des droits de l’homme ne font que commencer.

Dans la nuit du dimanche 14 octobre, le gouvernement a finalement entamé le dialogue dans les conditions exigées par le mouvement autochtone : diffusion publique afin d’assurer une transparence maximale, acceptation de la présence de médias communautaires et de la sécurité des dirigeants sociaux impliqué. Avec la médiation des Nations unies et de l’Église catholique, le gouvernement a finalement accepté d’annuler le décret 883, qui avait provoqué le soulèvement.

La victoire historique du soulèvement d’octobre marque la reprise du mouvement indien après douze ans de représailles et de répression de l’ancien président Rafael Correa. Mais en parallèle, les réseaux sociaux montrent une explosion de commentaires ouvertement racistes et classistes. Pendant les manifestations, on a vu des classes moyennes supérieures patrouiller avec des armes devant leurs communautés gardées et encerclées par des barrières. Cette polarisation politique constitue un défi de taille dans un pays qui subit encore les effets de la victoire électorale de Jair Bolsonaro au Brésil.

Le contexte économique : redistribution pour les riches

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