Un texte de Michel Husson du 28 avril 2005 sur "l’invasion du textile chinois"

Textile chinois contre AIRBUS ? Les grands capitaux pleurent "à qui perd gagne"...
jeudi 5 mai 2005

Le grand bond en avant du textile chinois...

L’accord de l’OMC sur les textiles et vêtements avait programmé l’élimination des quotas à compter du 1er janvier dernier. Le résultat ne s’est pas fait attendre : les exportations chinoises vers l’Europe ont massivement augmenté au premier trimestre : + 534 % pour les pull-overs, + 164 % pour les tee-shirts, etc. Mais ce bond avant était le résultat attendu, et absolument prévisible, de la libéralisation programmée.
Ce résultat est évidemment favorable à « la Chine ». Quant aux travailleurs chinois, c’est une autre histoire, car ces performances reposent sur leur surexploitation et sur un creusement phénoménal des inégalités sociales. Et cette percée va frapper de plein fouet de nombreux pays du Sud qui se sont particulièrement spécialisés sur l’industrie textile, du Guatemala à Madagascar en passant par la Tunisie. Il y a aussi les pays victimes du tsunami auxquels la France et l’Italie ont récemment refusé l’attribution de tarifs douaniers préférentiels.
Du point de vue des capitalistes, les patrons du textile protestent contre l’« invasion ». Pourtant ils ne s’en tirent pas si mal : les importations françaises de textile et vêtements ont certes augmenté de 180 % entre 1983 et 2003, mais les exportations ont quand même progressé de 140 %. Et il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une branche où la demande intérieure est plate : toujours entre 1983 et 2003, elle n’a augmenté que de 4 %, contre 50 % pour le PIB. C’est ce qui explique les pertes d’emplois massives de la branche, qui ne sont pas liées principalement au commerce international. Pris dans leur ensemble, les capitalistes tirent les marrons du feu. L’ouverture leur donne accès à une main-d’œuvre à bon marché et à des marchés en expansion. Ainsi, la France achète du textile à la Chine mais lui vend des Airbus, même si elle est beaucoup moins bien placée sur ce marché que l’Allemagne. L’importation de biens de consommation à bas prix a par ailleurs l’immense avantage de faire baisser plus facilement les salaires dans les pays riches.
Il ne faut donc pas se tromper sur le sens de l’actuelle levée de boucliers. C’est accessoirement l’occasion pour Sarkozy frère de mener campagne, au nom du patronat le plus rétrograde, pour la codirection du Medef (avec Francis Mer). Mais c’est surtout l’occasion pour les partisans du « oui » de se refaire une virginité, un peu comme avec la directive Bolkestein, et de nous servir le discours sur la « Constitution-meilleur-rempart-contre-la-mondialisation ». La palme revient à Devedjian : « avec le textile, on voit bien que c’est seulement avec l’Europe qu’on peut répondre (...) on a besoin de cette réforme de la Constitution pour avoir une meilleure gouvernance ». Quelle hypocrisie ! L’article III-314 écrit pourtant noir sur blanc que « l’Union contribue, dans l’intérêt commun, au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux (...) ainsi qu’à la réduction des barrières douanières et autres ».
Les alternatives à ce grand désordre tournent autour de deux idées. Dans les pays du Nord, il faut des politiques (RTT et créations d’emplois socialement utiles) qui accompagnent la reconversion des emplois dans des secteurs comme le textile dont la demande n’augmente plus. Par rapport aux pays du Sud, le protectionnisme classique serait une posture impérialiste, puisqu’elle reviendrait à leur fermer l’accès aux marchés du Nord, alors qu’on leur a imposé depuis des années l’ouverture de leurs propres marchés. Il faut aller au contraire vers une planification de l’économie mondiale fondée sur des accords de coopération, sur la stabilisation des prix mondiaux, sur une internationalisation rationnelle des échanges, sur le droit reconnu aux pays du Sud de maîtriser leur propre insertion dans l’économie mondiale. Le rejet de la Constitution permettrait à la fois de mettre un coup d’arrêt aux dérives libérales, et d’affirmer les principes d’une autre organisation de l’économie mondiale.

Michel Husson

Face à ces contrevérités éhontées, un argumentaire de plus pour faire triompher massivement le NON


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