Assemblée générale d’Attac France juin 2006 : textes de Thomas Coutrot, de Jean-Marie Harribey, de Susan George

mercredi 24 mai 2006

Thomas Coutrot est membre du conseil scientifique d’Attac
Jean-Marie Harribey est membre du conseil scientifique d’Attac, candidat à l’élection des membres actifs du CA
Susan George est membre fondateur

Ces trois textes sont également en document joint.

« Sont-ils devenus fous » ? par Thomas Coutrot(réflexions sur le conflit dans Attac)

30/04/2006

La nécessité de ce texte m’est apparue au vu de la grande perplexité dans laquelle se trouvent de nombreux militants et adhérents d’Attac par rapport aux enjeux de l’AG de juin prochain. Pour beaucoup, le combat fratricide au sommet d’Attac paraît incompréhensible et semble opposer deux « clans » en lutte pour le pouvoir sans différenciations politiques claires. Je ne sais pas si j’arriverais à clarifier ici la situation, mais je souhaite en tout cas donner mon point de vue de militant engagé dès l’origine dans le Conseil scientifique de notre association. N’étant candidat à rien, dans Attac ni ailleurs, j’espère que cette contribution sera reçue simplement pour ce qu’elle est, un point de vue engagé et sincère.

1. Une alchimie sans précédents

Attac est née d’une initiative du Monde Diplo et du travail de nombreux militants, dont Bernard Cassen, pour fédérer un vaste éventail d’acteurs du mouvement social (les fondateurs). Ce succès a été possible grâce à une alchimie très particulière, entre des acteurs (les fondateurs puis rapidement les adhérents) motivés d’abord par la lutte contre le néolibéralisme, mais aussi par de « nouvelles manières de faire de la politique » : mobilisation des citoyens par l’éducation populaire, recherche d’un « vivre ensemble » et rejet des sectarismes d’antan, intégration dans un mouvement international et internationaliste, profondément démocratique et anti-autoritaire.

Attac, c’est ce qui en a fait une association « à nulle autre pareille », rassemble des sensibilités très diverses, des républicains aux écolos libertaires en passant par des marxistes (de tous bords), des féministes, des keynésiens, des tiers-mondistes, etc. Cette mosaïque de cultures ne tient que par un effort permanent pour surmonter non pas les divergences (elles demeurent et c’est inévitable) mais les réflexes sectaires (tu ne penses pas comme moi donc tu as tort, va voir ailleurs si j’y suis), et par la volonté de travailler ensemble pour l’action et la réflexion. Dès mon entrée au Conseil scientifique en 1998, j’ai tout de suite été séduit par cet état d’esprit de respect mutuel et de volonté d’avancer ensemble qui unissait des personnalités venues d’horizons aussi divers, autrefois souvent antagoniques. René Passet, puis Dominique Plihon, ont su préserver cet esprit dans le Conseil scientifique, contre vents et marées dans la période récente. Cela reste ma principale motivation pour militer à Attac.

2. Le péché originel

Les premières années d’Attac, l’essor impétueux de l’association et du mouvement altermondialiste (Seattle, Porto Alegre, Gênes, Florence) a beaucoup facilité la cohabitation relativement harmonieuse de ces cultures, même si l’ambiance était souvent tendue au Bureau (aux dires de tous les participants). Le premier vrai signal d’alarme est apparu lors de la succession de B. Cassen, lorsque ce dernier a coopté son successeur de façon unilatérale, mettant de facto le CA et l’association devant le fait accompli. Il s’agissait d’une entorse majeure aux règles élémentaires d’un fonctionnement démocratique et convivial. Mais personne n’a souhaité réagir à ce moment-là, pour éviter d’ouvrir une crise dans Attac et avec l’espoir que les choses s’arrangeraient. Ca a été une erreur : la crise aurait sans doute été moins profonde qu’aujourd’hui si le CA d’alors avait refusé la désignation du nouveau président par l’ancien.

Comment interpréter ce "péché originel" ? Simplement par le désir de B. Cassen de passer la main sans qu’Attac n’échappe à son influence prédominante. Il lui suffisait de faire élire à la présidence de l’association un militant encore peu connu et peu reconnu, qui lui devrait donc entièrement son bâton de maréchal.

3. Un choc de cultures

J. Nikonoff partage avec B. Cassen une culture politique que je qualifierai d’autoritaire (ou verticaliste) : un penchant pour le présidentialisme, une préférence pour « l’efficacité » plutôt que les « palabres », un dédain pour les petites organisations, les « mouvement sociaux » et les « réseaux » invertébrés. Mais J. Nikonoff est tout sauf un homme de paille : il a su s’imposer comme Président (avec un P majuscule) à la mode Vè République, un vrai patron en somme. Parlant bien, extrêmement sûr de lui, ayant réponse à tout, il en impose aux journalistes et à beaucoup de militants. Il dirige le petit appareil d’Attac d’une main ferme, et se construit sa propre légitimité dans l’association par une grande disponibilité aux demandes des comités locaux. En accord avec B. Cassen, il veut faire d’Attac un pôle hégémonique dans le champ social, un acteur politique majeur qui ne doit plus rien à ses membres fondateurs. D’où une pratique de grande puissance vis-à-vis des autres composantes du mouvement social. Un exemple typique et malencontreux a été cette décision d’Attac de célébrer seul le soixantième anniversaire du CNR, comme si l’association était la seule héritière légitime de la Résistance. Alors que l’événement aurait pu marquer un moment fort s’il avait été co-organisé largement (nombre d’organisations auraient sans doute été disponibles si on leur avait proposé), montrant toute l’utilité d’Attac comme centre d’initiative et de construction commune, il a débouché au contraire sur un flop. De même lors de la campagne du référendum pour le Traité constitutionnel européen, B. Cassen et J. Nikonoff ont voulu mettre en avant Attac et renâclé à inscrire l’association dans le cadre unitaire des comités pour le Non. Heureusement la plupart des comités locaux, sans renoncer à leur capacité d’initiative, ont mené une campagne unitaire qui a contribué largement à la victoire du 29 mai. Mais le signe le plus visible de l’ambition hégémonique de la direction d’Attac demeure la tentative de lancement de listes "100% alter" aux élections européennes de 2004, menée en sous-main par B. Cassen avec la bienveillante neutralité de J. Nikonoff. Il s’agissait ni plus ni moins de faire d’Attac le creuset de la recomposition de la gauche politique. La manoeuvre était certes maladroite, mais pas anecdotique : elle révélait bien un projet.

4. Deux faux procès en sorcellerie

Ce contraste entre cette culture et ces pratiques politiques d’une part, les aspirations altermondialistes à "faire de la politique autrement" et la culture spontanément anti-autoritaire voire libertaire de nombre d’adhérents et de membres fondateurs (Sud, CRID, assoc de chômeurs, Confédération paysanne...) d’autre part, était une bombe à retardement. D’autant que la conception d’Attac comme pôle hégémonique du mouvement social amenait à des attitudes souvent peu fraternelles envers les organisations fondatrices. D’où vient la crise actuelle ? Pour B. Cassen et ses amis elle a deux sources. D’une part, des divergences politiques : les opposants à la direction auraient un "agenda caché", ils voudraient en fait éloigner Attac des valeurs républicaines et l’entraîner vers le communautarisme. D’où des attaques répétées, dont Alain Lecourieux s’est fait une spécialité, contre les opposants accusés de trahir la laïcité, l’insistance permanente sur les « complaisances » envers Tariq Ramadan ou les indigènes de la République, etc. D’autre part, et surtout, les opposants refléteraient les intérêts des membres fondateurs (et surtout des organisations syndicales), jaloux du succès d’Attac et inquiets de voir l’association s’émanciper de leur tutelle. A l’Université d’été de Poitiers 2005, lors de la séance plénière consacrée au débat interne, il était choquant de voir certains adhérents se relayer à la tribune, de façon manifestement concertée, pour dénoncer les supposées « manœuvres » des organisations syndicales destinées à affaiblir Attac.

5. Un complot communautariste ?

L’idée d’un agenda caché communautariste est assez loufoque. Les opposants à la direction sortante n’ont pas des positions homogènes dans le débat sur la laïcité. Certains (dont moi-même) ont condamné la loi sur le voile et soutenu les ‘Indigènes de la République’, considérant qu’il s’agissait d’une initiative importante, bien qu’imparfaite, vers la nécessaire organisation autonome des victimes des discriminations racistes. D’autres, toujours parmi les opposants à la direction sortante, estiment au contraire qu’il y a un risque majeur d’ethnicisation des luttes sociales et d’une invasion de l’espace public par des valeurs communautaires anti-républicaines. Ce débat, légitime et important, n’est pas central par rapport aux problématiques d’Attac. Mais en tout cas, il ne recoupe pas du tout les frontières du conflit interne.

6. Fondateurs contre adhérents ?

Concernant maintenant l’hostilité supposée des fondateurs, et en particulier des syndicats, au développement d’Attac, le procès d’intention est beaucoup plus grave. Il n’est pas faux de dire que la plupart des confédérations syndicales, en France, voient avec méfiance le développement d’Attac et du mouvement altermondialiste. Elles se sont insérées à reculons dans les Forums sociaux, et sont hostiles à tout ce qui pourrait menacer leur monopole dans la défense des intérêts des salariés. La prétention des ONG à représenter l’intérêt général de la société les irrite souvent. Mais c’est justement pourquoi il est si important de préserver et de renforcer les liens entre Attac et celles des organisations syndicales qui ont accepté de s’engager organiquement en fondant notre association. Etant donné ses capacités de mobilisation encore sans équivalent (cf. la lutte anti-CPE), le mouvement syndical pèse d’un poids décisif dans toute stratégie cohérente de résistance et de transformation sociale. La victoire de la direction sortante contre les syndicats fondateurs (Ugict-CGT, FSU, Solidaires, Conf Paysanne...) serait une véritable catastrophe pour Attac. Elle marquerait une rupture radicale dans l’alliance altermondialiste en France, avec des conséquences très graves à terme. Il est triste de voir quel risque B. Cassen et J. Nikonoff font prendre à Attac en essayant de dresser membres actifs contre membres fondateurs pour préserver leur position. Attac ne peut vivre que de la complémentarité de ses composantes.

7. Le mythe des « deux clans »

Bien compréhensible est la réaction irritée de nombreux adhérents qui ne vivent pas ces tensions au quotidien et ne les perçoivent pas. Beaucoup refusent de prendre parti entre les « clans » ou les « egos » qui se disputeraient la direction de l’association. D’autres pensent qu’il y a sans doute des problèmes mais qu’après tout B. Cassen est le père d’Attac, J . Nikonoff un président efficace et dynamique, et que ni l’un ni l’autre ne méritent tant d’opprobre. Or l’idée des « deux clans » ne tient pas la route. Il n’est sans doute pas illégitime de parler d’un « clan Cassen-Nikonoff » (même si la créature a peut-être échappé à son créateur), soudé idéologiquement et qui fonctionne comme un bloc. Mais en face, il n’y a qu’un regroupement hétéroclite de personnalités et d’organisations, exaspérées par des méthodes de direction, mais sans unité idéologique ni cohérence organisationnelle. Comment parler sans rire d’un « clan Susan George - Gus Massiah - François Dufour » qui serait obsédé par des logiques de pouvoir ? En réalité les opposants n’ont qu’un goût très modéré pour le pouvoir, et Jacques Cossart n’a accepté d’être candidat à la présidence que par dévouement pour Attac. C’est d’ailleurs pourquoi l’actuelle direction pourrait bien emporter le combat. Ce qui risque d’amener un affaissement dramatique de l’association (en tout cas si j’en juge par ce que je connais, le Conseil Scientifique).

8. Des visions différentes d’Attac, mais des projets peu clairs

La lutte politique actuelle dans Attac n’oppose pas seulement deux types de culture politique et deux styles de direction. Elle oppose aussi deux conceptions d’Attac et du mouvement social. D’un côté, B. Cassen et J. Nikonoff ne croient pas à l’existence d’un « mouvement social » ou « altermondialiste » dont Attac serait une composante. Ils voient Attac comme une organisation autosuffisante, déterminée, cohérente, fer de lance de la lutte contre le pouvoir de la finance. De l’autre, les opposants partagent pour l’essentiel une vision d’Attac comme un lieu ouvert de convergence et d’initiatives au cœur du mouvement social et altermondialiste. Ils ne cherchent pas tant à construire Attac par des « coups » politiques ou médiatiques que par une démonstration quotidienne de son utilité pour désigner des cibles, tisser des liens, lancer des initiatives rassembleuses, construire des convergences entre les composantes du mouvement social.

Ceci dit, il n’y a pas, ni parmi les opposants ni au sein de l’actuelle direction, de vision cohérente et claire de la stratégie de construction d’Attac. Doit-on recentrer l’association sur ses fondamentaux (la lutte contre le néolibéralisme, les taxes globales, les paradis fiscaux, ...), ou au contraire poursuivre l’élargissement thématique en cours pour dessiner les contours d’un « autre monde possible » dans l’action et la réflexion ici et maintenant ? Comment gérer les rapports au politique : faut-il dresser une muraille de Chine entre Attac et les partis politiques, ou bien peut-on imaginer des formes d’interaction sans subordination ni instrumentalisation ? Sur ces questions décisives et bien d’autres, les débats ne sont pas tranchés, ni d’un côté ni de l’autre. Il est vital de dépasser maintenant le conflit des cultures pour pouvoir enfin avancer dans la réflexion sur ces questions stratégiques. Souhaitons que l’AG de juin permette enfin ce dépassement et que nous puissions, tous ensemble, consacrer notre énergie à des tâches plus constructives.


Elire un nouveau CA pour rassembler et préparer une nouvelle étape" par Jean-Marie Harribey

11 mai 2006

Le chemin parcouru par Attac est important. Mais le chemin à poursuivre est beaucoup plus long encore. Il est important parce que nous avons contribué à donner un visage à l’altermondialisme, c’est-à-dire à l’aspiration à un monde plus juste ; également parce que nous avons participé aux mouvements sociaux pour faire reculer les politiques libérales en France, en Europe et aussi dans le monde, notamment dans le cadre des forums sociaux ; et parce que nous avons fait renaître un véritable mouvement d’éducation populaire en pariant sur la capacité des citoyens à s’approprier les connaissances nécessaires à l’action.

La victoire remportée en 2005 contre le projet d’Europe libérale, à laquelle tous dans Attac ont pris une grande part, atteste de la capacité citoyenne à réinvestir le champ politique. Celle remportée en 2006 contre le CPE, qui est essentiellement attribuable à la jeunesse et aux organisations syndicales de salariés, témoigne de la capacité de la société à se saisir des enjeux fondamentaux, dès lors que les termes du débat sont clairement exposés.

C’est beaucoup mais ce n’est qu’un début. D’abord, nous savons que la marchandisation du monde se poursuivra tant que des coups d’arrêt décisifs ne lui seront pas portés. Les batailles pour la démocratie, la protection sociale, les services publics, la préservation des biens communs, des rapports Nord-Sud équitables, la diminution de la pauvreté et des inégalités - notamment entre hommes et femmes -, une production écologique, seront à tous égards vitales. Comme elles mettront en cause la logique globale du profit qui gouverne actuellement le monde, elles ne pourront s’engager que si nous réussissons à construire des réseaux de réflexion et d’action de plus en plus larges réunissant tous les continents. C’est la première raison d’être du mouvement altermondialiste. C’est la première responsabilité d’Attac au sein de ce mouvement. Le futur conseil d’administration d’Atttac-France devra donc approfondir cette démarche : rassembler par-delà les frontières.

Chaque peuple ayant une culture particulière de luttes contre l’oppression, il lui appartient de définir ses propres objectifs et moyens d’action. Et, compte tenu de l’histoire de notre pays et de la multitude de syndicats, associations, organisations se réclamant de l’émancipation humaine, construire l’altermondialisme suppose que nous travaillions à établir le plus de passerelles possibles. Dans cette perspective, l’intégration des dimensions sociale, écologique et de genre représente à la fois un axe essentiel d’une « nouvelle dynamique » et aussi un moyen privilégié d’établir et de renforcer les convergences au sein de l’ensemble du mouvement social.

Travailler dans l’unité n’est pas incompatible avec notre autonomie de pensée et d’action. Au contraire, l’unité sur des objectifs précis et négociés est l’occasion de renforcer notre personnalité propre en la confrontant aux autres. Car, si l’altermondialisme dont nous sommes partie prenante a rendu de nouveau crédible la possibilité de dépasser un système aliénant et destructeur, il est aussi l’héritier de luttes très anciennes pour la liberté, la démocratie, la laïcité et les droits sociaux et humains. Il hérite et aussi il innove, car il contribue à redéfinir la politique dans le sens de la gestion collective et démocratique de la cité, à la relégitimer, alors que le néolibéralisme tente de la discréditer et de la subordonner aux impératifs du marché.

Mais l’expérience de ces dernières années nous a montré que la redéfinition de l’enjeu fondamental du politique n’était pas exempte de difficultés. L’une des plus importantes est celle de l’autonomie de notre mouvement, des structures d’Attac et de ses responsables vis-à-vis des partis politiques dont la vocation est de chercher à exercer le pouvoir et de l’exercer. La vigilance du conseil d’administration pour que cette autonomie soit respectée est une condition sine qua non de notre crédibilité en termes d’éducation populaire. Les citoyens peuvent comprendre ce que nous entendons par la « politique » lorsque nous proposons des points de rupture avec le système actuel et des alternatives. Ils ne comprendraient pas une confusion des genres si nous ne respections pas notre propre charte et si nous voulions de près ou de loin nous substituer aux partis politiques qui ont toute leur place dans une société démocratique.

Toutes ces questions et difficultés ne sont pas étrangères à la situation que l’on peut qualifier de « crise » interne à notre association. Une telle situation n’est pas en soi un drame, car nous sommes plongés dans une société pleine de contradictions dont nous sommes porteurs. Ainsi en va-t-il de la démocratie, c’est-à-dire de la capacité à organiser le « vivre ensemble » malgré les différences d’appréciation, voire de projets. Attac n’est, pas plus que d’autres, un modèle de vertu démocratique et c’est sans doute l’une des racines de la situation délicate que nous traversons. Au moins trois éléments ont joué en faveur de l’éclatement de cette crise. Le premier est l’inadaptation des statuts à l’évolution de l’association et la difficulté, dans leur cadre, à donner aux comités locaux et aux adhérents la place qui leur revient. Cette inadaptation des statuts n’aurait pas eu autant d’effets délétères si leur réforme n’avait été longtemps différée. D’où l’importance d’accomplir maintenant une première étape qui devra être rapidement prolongée pour mettre en œuvre une véritable collégialité des décisions et des responsabilités dont le principe a été décidé à l’assemblée générale de décembre 2005 et dont l’application devra être préparée par le prochain conseil d’administration.

Les deux autres facteurs de crise sont plus contingents mais n’en ont pas moins laissé des traces durables qui expliquent pourquoi le conseil d’administration constitué sur une base consensuelle lors de la naissance de l’association a vu un clivage naître en son sein au cours de la mandature qui s’achève. D’abord, les conditions de la « désignation-élection » de la présidence en 2002 ont été mauvaises car elles se sont déroulées sans débat démocratique dans l’association. Ensuite, Attac a failli chavirer en 2004 lors des élections européennes parce que des membres importants du conseil d’administration et du bureau ont cru bon de préparer une opération électorale également sans aucune consultation démocratique. Ce qui aurait risqué de transformer Attac en un parti politique et l’aurait condamnée à terme à disparaître. Dès cet instant, le consensus au sein du conseil d’administration et au sein du collège des fondateurs a éclaté et s’est ouverte une période au cours de laquelle la question de l’alternance au niveau de la direction nationale s’est posée. En soi, cette question est tout à fait normale dans une association, surtout si celle-ci veut mettre en conformité ses dires et ses pratiques, particulièrement sur la démocratie, mais nous n’étions pas collectivement préparés à l’assumer et à l’accepter.

Aussi, est-il crucial maintenant de dépasser cette période, de sortir de la crise et d’impulser un nouveau fonctionnement à notre association. Pour cela, l’assemblée générale et le renouvellement du conseil d’administration sont des moments très importants. Nous ne savons pas encore dans quel cadre statutaire ce renouvellement interviendra. Mais d’ores et déjà nous sommes convaincus de la nécessité du rééquilibrage des pouvoirs en faveur des représentants des adhérents, lequel fait enfin aujourd’hui l’objet d’un accord unanime après avoir rencontré de fortes réticences. Si nous parvenons à terme à ce rééquilibrage, la coexistence de deux collèges, celui des membres fondateurs et celui des adhérents individuels, pourra perdurer et féconder l’association tout entière.

Derrière cette architecture inédite qui fait cohabiter au sein d’Attac des syndicats de salariés historiquement en lutte contre l’exploitation capitaliste, un syndicat de paysans refusant la dévastation des campagnes et l’agro-industrie, des associations tiers-mondistes, écologistes, féministes, des associations de chômeurs et de précaires, des journaux anti-libéraux, etc., on retrouve la conception de l’altermondialisme décrite plus haut, qui vise à rassembler et faire converger vers des objectifs communs tous ceux qui luttent contre les politiques néolibérales. Il est donc de la plus haute importance que l’assemblée générale exprime son accord avec cette architecture en validant la liste présentée par le collège des fondateurs représentative de l’ensemble des fondateurs et en élisant des adhérents s’inscrivant dans une perspective de rassemblement interne et externe.

Il faut clairement dissiper le malentendu qui circule au sein d’une partie de l’association : la « crise » actuelle n’est pas due aux fondateurs ni à « des » fondateurs, et le dépassement de cette situation ne saurait donc venir de leur exclusion ou de leur marginalisation, ce qui serait un curieux paradoxe alors que ce sont eux qui ont su, au cours des dernières années, circonscrire le danger de la perte d’autonomie vis-à-vis du champ électoral, et qui ont contribué à enraciner Attac dans le mouvement social, contre l’avis et la volonté de ceux qui les désignent aujourd’hui à la vindicte générale.

S’il est vrai que l’association Attac, née dans le contexte de l’émergence d’un mouvement de résistance à la mondialisation capitaliste néolibérale, est confrontée aujourd’hui à la maturation de ce mouvement qui tente de devenir un mouvement d’alternatives, alors nous devons collectivement préparer le franchissement d’une nouvelle étape, en termes d’objectifs, de moyens et aussi d’organisation et de fonctionnement internes. L’attente du grand soir ne fait plus partie de notre imaginaire. Mais il serait dommage de ne pas saisir les chances de transformer en profondeur les logiques sociales au moment où la perte de légitimité du profit, de la marchandise, de la loi du plus fort et du plus riche, est si grande.


Aux adhérents et adhérentes d’ATTAC de la part de Susan GEORGE

16 mai 2006

Cher[e]s ami[e]s et camarades d’Attac,

Beaucoup d’entre vous m’ont fait l’amitié de m’accueillir parmi vous pour une soirée, un événement, une campagne. J’espère que cette collaboration m’autorise à m’adresser à vous aujourd’hui dans le cadre des élections du nouveau Conseil d’administration (CA) d’Attac. La démarche que j’entreprends ici ne m’est pas naturelle. Certain[e]s d’entre vous la désapprouveront et c’est normal. Je me suis beaucoup interrogée avant de vous écrire. Mais ces élections sont cruciales pour l’avenir de notre association et si le nouveau CA devait reconduire inchangée l’équipe de direction actuelle, je crains qu’Attac n’en prenne un coup très grave, peut-être fatal. Si cela se produisait, je m’en voudrais de n’avoir pas fait tout ce je pouvais pour l’éviter. Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour ne pas éprouver de remords plus tard.

Ce message est donc un appel à voter pour certain[e]s candidat[e]s au CA. Vous en ferez bien entendu ce que vous voulez ; personnellement je souhaite que vous le diffusiez le plus largement possible. Je sais que je m’expose ainsi aux attaques, mais comme ceux qui vont m’attaquer le font déjà, je n’ai pas grand’chose à perdre. Les adhérent[e]s vont être confronté[e]s à une liste de 62 personnes. Ils n’auront aucune chance de les connaître toutes et ils n’auront guère d’indications précises quant à leurs engagements pour l’avenir d’Attac. Quelqu’un doit prendre la responsabilité de dire qui, sur cette liste, est qui. J’assume cette responsabilité. Sinon le choix de 24 candidat[e]s sur une liste de 62 va ressembler dangereusement à une loterie.

Mais d’abord, un bref exposé des motifs. En 2002, j’ai voté sans arrière-pensée pour Jacques Nikonoff à la présidence d’Attac, même si je désapprouvais la manière dont Bernard Cassen nous l’avait imposé sans discussion possible et sans laisser le temps pour que soient éventuellement proposées d’autres candidatures [qui doivent, selon les statuts, être toujours issues du collège des fondateurs, Jacques Nikonoff étant nommé « fondateur » pour la circonstance]. Jacques, qui avait travaillé plusieurs années en usine, avait réussi le concours de l’ENA. Cette évidente capacité de travail me semblait de bon augure pour Attac. Je ne le connaissais pas, la grande majorité des membres du CA non plus.

La capacité de travail de Jacques s’est révélée en effet réelle, se doublant très vite d’une volonté de tout régenter, de tout décider, d’être un Président au sens PDG du terme. Quand, après le Larzac en 2003, il a publié dans la grande presse des points de vue [imité en cela par Bernard Cassen] condamnant et distanciant Attac de certaines composantes du mouvement altermondialiste, notamment de la Confédération paysanne, un grand nombre de camarades se sont sentis visés. Je souhaitais alors que les trois vice-présidents protestent collectivement et publiquement pour rectifier le tir. On m’en a dissuadée, en arguant qu’une telle démarche pourrait être interprétée comme « scissionniste ». Nous [les trois V-P] avons donc écrit une lettre privée à Jacques Nikonoff . Celle-ci n’a eu aucun effet.

L’affaire des « Listes 100% Altermondialistes » pour les élections européennes [lancées en avril 2004] a été traumatisante. Bernard Cassen, en liaison avec Jacques, a pris les devants, voulant instrumentaliser Attac dans une opération partisane, le tout dans la plus grande opacité et sans aucune discussion. La majorité des membres du CA en ont pris connaissance uniquement grâce à des camarades ayant été contactés pour figurer sur ces listes, et qui avaient refusé. Bernard et Jacques nous ont tous deux menti à cette occasion. Certains candidat[e]s au CA 2006 qui ont annoncé à plusieurs reprises qu’ils soutiendraient Jacques Nikonoff pour la présidence sont proches de la mouvance 100% Alter, structure qui existe toujours.

La campagne contre le TCE a été un grand moment pour nous tous à Attac et pour la campagne unitaire pour le Non, dans le cadre des collectifs. Attac a renforcé ces collectifs et leur a permis parfois d’exister. Jacques et Bernard auraient voulu alors [et veulent toujours] qu’Attac fasse cavalier seul. Ils ne croient ni aux mouvements sociaux ni aux réseaux et préfèrent des structures verticales dans lesquelles Attac pourrait se singulariser. Heureusement les comités locaux ont senti d’instinct les choses autrement et se sont engagés dans les collectifs, tout en gardant leur personnalité. Je ne soutiens pas les tentatives pour mettre Attac systématiquement en avant seul : nous sommes là pour « changer le monde » et cela implique des alliances.

Les attaques depuis plusieurs mois contre les membres fondateurs émanent aussi du sommet. Les fondateurs, nous dit-on, voudraient « affaiblir » Attac. Je cite à ce sujet Thomas Coutrot, membre du Conseil scientifique, avec qui je suis pleinement d’accord :

« Etant donné ses capacités de mobilisation encore sans équivalent (cf. la lutte anti-CPE), le mouvement syndical pèse d’un poids décisif dans toute stratégie cohérente de résistance et de transformation sociale. La victoire de la direction sortante contre les syndicats fondateurs (Ugict-CGT, FSU, Solidaires, Conf Paysanne...) serait une véritable catastrophe pour Attac. Elle marquerait une rupture radicale dans l’alliance altermondialiste en France, avec des conséquences très graves à terme. Il est triste de voir quel risque B. Cassen et J. Nikonoff font prendre à Attac en essayant de dresser membres actifs contre membres fondateurs pour préserver leur position. Attac ne peut vivre que de la complémentarité de ses composantes ».

J’appelle naturellement à voter pour la liste des membres fondateurs, qui sont garants de l’équilibre, de la diversité et de l’indépendance d’Attac.

Je passe sur les difficultés que nous rencontrons de semaine en semaine, les harcèlements de militants « dérangeants », les manœuvres de tous ordres pour tenter d’assurer la réélection de Jacques Nikonoff, objectif qui, depuis de longs mois, prime sur tout le reste. Certains savent déjà que Jacques m’a proposé une « présidence d’honneur » en juin dernier [ça n’aurait fait que trois « présidents d’honneur »...]. J’ai naturellement refusé ce que j’ai vu comme une tentative de manipulation et une pratique clientéliste, car Attac n’est la « chose » de personne. Ces comportements sont navrants pour tous ceux qui ont rejoint Attac pour lutter avec des camarades, d’horizons divers, contre l’adversaire commun néo-libéral. Ce sont ces comportements qui ont provoqué la lettre à Jacques Nikonoff « des 25 » du CA [dont la majorité des membres actifs] de septembre 2004 et celle des trois V-P de juillet 2005, demandant qu’il soit mis fin à ces pratiques. Ce fut chaque fois en vain.

Si Jacques Nikonoff est réélu président, je crains qu’Attac ne devienne définitivement ingouvernable et que beaucoup s’en aillent, tout doucement ou avec éclat, y compris des membres fondateurs très importants. Un autre candidat possible [si les candidatures devaient être toujours statutairement limitées aux Fondateurs] est Jacques Cossart, actuel secrétaire général du Conseil scientifique, que certains d’entre vous ne connaissent pas ou mal. Il a représenté Attac à la Commission établie par l’Elysée sur les taxations internationales et a contribué à la convaincre qu’une taxe internationale sur les transactions était « économiquement rationnelle et techniquement faisable » pour citer la lettre que Jacques Chirac lui a écrite. Jacques Cossart ne s’est porté candidat que parce que beaucoup d’entre nous sont allés le chercher et a déjà annoncé qu’il se retirerait si un candidat qui rassemble tout le monde se présentait. S’il devait toutefois présider Attac, il mettrait en oeuvre une direction collégiale, de co-responsabilité et de co-décision. Il ne s’agit pas à mon sens de l’élection d’une personne contre une autre mais de deux manières distinctes d’envisager l’avenir d’Attac, que nous voulons ouvert et pluriel.

Pour toutes ces raisons, j’appelle à voter pour les candidat[e]s suivant[e]s. Ces personnes sont presque toujours parrainées par leurs comités et connaissent toutes très bien le terrain. Elles représentent un large éventail de compétences, d’âges, d’expériences, de régions. Elles se sont toutes engagées pour une direction collégiale et elles soutiennent toutes la liste des fondateurs. Je les mets dans l’ordre où elles apparaissent sur le bulletin de vote que vous avez reçu ou que vous allez recevoir, avec un mot très bref sur chacun[e] :

JEAN-MARIE HARRIBEY, 58 ans, parrainé par ATTAC-BORDEAUX, membre du CS, économiste, plusieurs livres [développement...] ; chroniqueur dans Politis.

WILFRIED MAURIN, 28 ans, militant à Attac Campus, Webmaster, travaille sur l’appui de réseaux associatifs, la mutualisation et l’usage social de l’information.

RICARDO SILVA JACINTO, 38 ans, parrainé par ATTAC-FINISTERE [8 groupes, fonctionnant en co-responsabilité] ; axé sur la cohésion des CL et une plus grande responsabilité pour la CNCL.

THIERRY ROUQUET, 52 ans, parrainé par ATTAC 56, adhérent no. 238, ancien président et toujours au bureau de son CL, actif sur les paradis fiscaux et dans la création d’Attac Jersey.

GENEVIEVE COIFFARD-GROSDOY, 59 ans, parrainée par ATTAC 44 ; à l’origine et ancienne présidente du groupe St-Nazaire, membre du groupe national Formation, souci de mutualisation.

JEAN TOSTI, 60 ans, parrainé par ATTAC-PERPIGNAN-66 ; ancien coordinateur départemental ATTAC 66, professeur [français] à présent retraité, peut et veut consacrer plus de temps à Attac, notamment sur le dossier OGM.

AURELIE TROUVE, 26 ans, parrainée par ATTAC-DIJON : investie dans son comité et dans Attac Campus local et national, liens avec Attac Allemagne sur plusieurs dossiers, agronome et chercheuse sur les politiques agricoles.

RAPHAEL PRADEAU, 24 ans, parrainé par ATTAC PAYS d’AIX, a participé à la création d’Attac-Jeunes à Aix ; de la coordination Attac Campus, stagiaire pendant plusieurs mois au siège, auteur de deux mémoires sur l’altermondialisme/Attac.

BENEDICTE VEILHAN, 46 ans, parrainée par ATTAC 64 ; co-animatrice de ce comité fonctionant en collégialité depuis 5 ans ; secteur social [insertion et handicapés], FSL du Béarn, Commission économie et environnement.

LYSIANE ROLET, 34 ans, parrainée par ATTAC-STRASBOURG ; ancienne présidente, ancienne porte-parole de son CL, création FSL, animatrice locale Genre/Mondialisation ; développement liens avec Attac Allemagne, juriste.

GENEVIEVE AZAM, 53 ans, parrainée par ATTAC TOULOUSE ; économiste-chercheur Université Toulouse, chroniqueuse [Politis] ; ancienne présidente du CL d’ATTAC ayant le plus grand nombre d’adhérent[e]s, Vice Présidente du Conseil Scientifique.

CHLOË BENETEAU, 24 ans, parrainée par ATTAC-RHÔNE, à l’origine d’Attac Campus [Toulouse], militante au groupe Méditerranée, faucheuse volontaire d’OGM, étudiante en arabe.

CHRISTELLE BAUNEZ, 37 ans, parrainée par ATTAC-MARSEILLE [membre du CA] neuro-biologiste au CNRS ; milite aussi à Sauvons la Recherche et aux collectifs du 29 mai.

CECILE VERDIN, 30 ans, parrainée par ATTAC 22 ; psychanalyste, s’intéresse à la construction d’unité à partir de la diversité [pourrait-elle nous aider à sortir des conflits....?].

ISABELLE MERCIER, 51 ans, parrainée par ATTAC 04, connaît les métiers de l’édition ; à l’origine du livre « Voix Rebelles du Monde » sur les altermondialistes ; le 2e tome est en cours.

PHILIPPE CLOCHEPIN, 50 ans, parrainé par ATTAC DIEPPE dont il est ancien président, cheminot, actif dans les grèves 1995-96, dans la lutte contre l’AMI et contre l’OMC avant de rejoindre ATTAC au début.

JEAN-LUC CIPIERE, 52 ans, parrainé par ATTAC RHÔNE, engagé dans le FS-Méditerranée ; liens étroits avec les Attac sud-Europe et nord-Afrique ; ancien président de son CL, membre du CA actuel [sans droit de vote].

JEAN-MICHEL COULOMB, 52 ans, parrainé par ATTAC PARIS CENTRE ; très engagé sur le terrain des FSL et leur articulation aux FSE et FSM. 

FLORENT DENIMAL, 37 ans, carte ATTAC no.197, cofondateur puis secrétaire d’ATTAC NORD, puis Président d’Attac Lille, membre du CA national sans droit de vote ; auparavant participation active à la lutte contre l’AMI.

GERARD JOUVE, 35 ans, parrainé par ATTAC PARIS 20, fonctionnaire, bien au courant des questions fiscales, paradis fiscaux, etc.

CLAUDINE BLASCO, 50 ans ; animatrice des commissions Femmes,
genre et mondialisation locale, régionale et nationale ; membre du Conseil Scientifique [groupes « Bien public » et « Migrations »] ; écologiste.

JOSE ETCHEGARAY, 58 ans, parrainé par ATTAC-MONTPELLIER rejoint en 1998, trésorier du CL et du groupe départemental [7 CL] ; ingénieur héliothermicien, expert en énergies alternatives ; FSMed.

CAS PARTICULIERS :

RENAUD DUMAS, 42 ans, cadre-salarié du siège, aucune position sur la Direction ; responsable de gestion et expertise en gestion administrative et financière d’ATTAC ; expérience de RMIste malgré un 3e cycle universitaire en géopolitique.

FREDERIC VIALE, 40 ans, parrainé par ATTAC-PARIS 15, aucune position sur la Direction ; important travail sur l’OMC-AGCS.

REGINE TASSI, 47 ans, parrainée par ATTAC-TOURAINE, a accompli deux mandats et a fait preuve d’une certaine indépendance à l’égard de la direction actuelle, même si elle a signé la lettre « Nous ne voulons pas être pris en otages » [mai 2004], l’une des premières salves dans la campagne contre les membres fondateurs. Je pense qu’elle saurait aussi travailler avec une autre direction.

Il est probable que ROLAND NURIER soit également sur des positions soutenant la liste des fondateurs et une direction collégiale.


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Lettre aux adhérents de Susan George

23 mai 2006
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Elire un nouveau CA pour rassembler et préparer une nouvelle étape" par Jean-Marie Harribey

23 mai 2006
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Sont-ils devenus fous ? Thomas Coutrot

23 mai 2006
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