AG d’Attac : "Anomalie ou fraude : faire toute la lumière" par Thomas Coutrot et Michel Husson

mardi 20 juin 2006

"Nous vous adressons une contribution au débat sur les élections au CA.
Vous trouverez en fichier attaché (PDF) une version complète incluant une annexe statistique detaillée.
Thomas Coutrot, Michel Husson"

1. Le vendredi 9 juin était la dernière date d’envoi des bulletins par la Poste. Le dépouillement a commencé le samedi 10 juin. Au total, au 16 juin, 5682 bulletins ont été reçus.

2. En vue de leur dépouillement, les bulletins ont été classés, très justement, par ordre alphabétique des votants. Un tel classement permet leur répartition aléatoire, au contraire par exemple d’un classement par région ou par ordre d’arrivée. En effet il n’y a aucune raison a priori pour que la première lettre du nom d’un adhérent influence sa préférence électorale. Cette méthode permet de s’assurer que les paquets de bulletins ainsi constitués (par lettre de l’alphabet) ne penchent pas particulièrement pour certains candidats et contre d’autres, ce qui exclut donc en principe de fortes variations des résultats à mesure que progresse le dépouillement. Ceci reste vrai même si - ce qui a été le cas - le dépouillement n’a pas suivi strictement l’ordre alphabétique.

3. Commencé le samedi 10 juin après-midi, le dépouillement a pu porter sur 2000 bulletins dès dimanche soir. 1000 bulletins supplémentaires ont été dépouillés lundi et mardi. Mardi soir nous avions donc un premier décompte portant sur un lot de 3000 bulletins, sur un total de 5600 bulletins parvenus par courrier. Ce décompte indiquait que parmi les 24 candidats en tête, 14 appartenaient à la liste diffusée par Susan George. Le dépouillement a repris mercredi 14. Un renversement spectaculaire s’est alors produit, puisque sur les 2600 bulletins restants, seulement 8 des candidats soutenus par Susan George arrivaient parmi les 24 premiers. Plusieurs candidats soutenant Jacques Nikonoff ont connu une progression de 9 à 10 points de leur résultat électoral entre les deux lots, alors que plusieurs autres candidats soutenus par Susan George ont perdu 6 à 7 points. Or, pour la raison évoquée ci-dessus, une telle inversion entre les résultats du premier lot et ceux du second lot est de la plus haute invraisemblance, et échappe à toute rationalité statistique.

4. En effet, considérons que les deux lots sont issus d’un tirage aléatoire au sein de l’ensemble des 5600 bulletins. La théorie statistique nous indique que les décomptes du premier lot sont une très bonne approximation des résultats finaux. Ainsi, pour un candidat qui compte 50% des suffrages dans le premier lot, il y a 99 chances sur 100 que son score final, une fois les 2600 bulletins restants seront dépouillés, soit compris entre 48,3% et 51,7%. Une variation de quatre points du score d’un candidat entre les deux lots n’est donc pas impossible, mais extrêmement peu probable. La probabilité d’observer des variations supérieures à six points, comme c’est le cas pour plusieurs candidats, en positif (Sabine Jauffret, + 10 points ; Valérie Coignard, + 9 points ; Audrey Barral, + 9 points ; Monika Karbowska, + 8 points ; Julien Landfried, + 8 points ; Aurélien Bernier, + 7 points...) ou en négatif (Geneviève Azam, - 7 points ; Jean-Marie Harribey, -7 points ; Aurélie Trouvé, - 7 points ; Lysiane Rolet, -7 points ; Christelle Baunez, - 6 points ; Chloë Bénéteau, - 5 points, etc), est infinitésimale, pour ne pas dire nulle.

5. Il est en outre plus que troublant que les candidats qui perdent beaucoup de points entre les deux lots soient pour la plupart des candidats soutenus par Susan George, alors que ceux qui en gagnent beaucoup sont tous, sans exception, des supporters de Jacques Nikonoff.

6. Tout aussi troublant (quoique d’une moindre portée pratique) est le constat suivant : certains candidats “ oppositionnels ” ne sont pas victimes de l’érosion qui affect leurs camarades, et préservent ou même améliorent leur score entre les deux lots. Mais ce sont précisément ceux qui dès le premier lot n’avaient plus aucune chance d’être élus (Florent Denimal, Gérard Jouve, Jean Tosti, Jean-Luc Cipière). Les pertes de voix les plus importantes sont réservées aux candidats oppositionnels qui avaient le plus de chances d’être élus (et dont certains le sont malgré les pertes subies entre les deux lots).

7. Les résultats détaillés montrent de forts écarts dans les votes dépouillés en fonction de la première lettre du nom des adhérents. Ainsi les adhérents dont les noms commencent par B, D, T ou U ont beaucoup moins voté que les autres en faveur des candidats soutenus par Susan George. Ce fait est déjà particulièrement troublant en lui même. Il l’est encore plus quand on observe que ces mêmes adhérents ont voté en faveur de la liste des fondateurs exactement de la même façon que les autres (aux deux-tiers). En effet, l’examen des votes concernant la liste des fondateurs ne fait apparaître aucune fluctuation aberrante : quelle que soit la lettre de l’alphabet, la proportion de votes en faveur de cette liste oscille entre 60 et 70%, de façon tout à fait normale au regard des lois de la statistique. Il n’y a donc de ce point de vue aucune cohérence entre les votes des adhérents pour la liste des adhérents et leurs votes pour la liste des fondateurs.

L’impossible statu quo

Nous proposons ci-dessous une analyse plus détaillée des résultats officiels du vote, qui éclaire les raisons de notre conviction. Notre évaluation est qu’en l’état actuel des choses, et à moins qu’une explication encore insoupçonnée ne vienne éclaircir ce paysage, le scrutin de l’AG du 17 juin ne peut être considéré comme sincère. Dans cette analyse nous avons exercé notre esprit critique et nos compétences professionnelles à notre manière habituelle, de façon engagée et honnête. Cependant, comme chacun sait que nous sommes favorables à l’orientation proposée par Susan George et soutenue par une majorité des membres fondateurs (ainsi qu’à notre avis une majorité des adhérents), nous ne prétendons pas que notre analyse doive clore le débat. Au contraire, ce débat doit maintenant s’ouvrir dans la transparence. Tous les adhérents d’Attac conviendront facilement que l’association ne peut pas continuer sa route comme si de rien n’était tant que tous les doutes n’ont pas été levés concernant l’élection de son Conseil d’administration. Nous estimons indispensable la mise en place d’une expertise indépendante par des statisticiens confirmés et des personnalités reconnues, non liées à Attac. Nous ne craignons pas de voir nos analyses démenties par un examen impartial des résultats officiels du vote de l’AG du 17 juin.


titre documents joints

"Anomalie ou fraude : Faire toute la lumière " avec une annexe statistique détaillée

20 juin 2006
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