Elections ATTAC : synthèse des rapports d’experts par René Passet, président d’honneur du Conseil Scientifique d’Attac

mardi 29 août 2006

L’élection du Conseil d’Administration d’Attac France
lors de l’AG à Rennes en juin dernier, avait été entachée d’un soupçon de fraude
né de la constatation d’une forte anomalie statistique entre les résultats intermédiaires
et finals lors du dépouillement.

Par soucis d’éthique , 20 élus (11 fondateurs et 9 membres actifs ) ont alors refusé
de siéger au CA considérant celui-ci comme illégitime.
Sur requête du Collège des Fondateurs une étude a été commandée par la direction
à 6 experts indépendants désignés par les 2 parties (siégeant et non siégeant).
Une synthèse de cette étude a été faite par René Passet, président d’honneur
du Conseil Scientifique d’Attac, et remise au CA d’Attac France le 25 août.

Ci-dessous le chapitre 3 : la synthèse des rapports par rené Passet et en document joint, la synthèse complète des rapports d’experts.

III- Synthèse des rapports :

Trois points doivent être mis en évidence :
- 1. Les scrupules évidents des tous les experts à ne pas conclure trop rapidement, à souligner les limites de leurs constats, à croiser les vérifications, à examiner les objections qui pourraient être faites à leurs propres déductions et à examiner les hypothèses alternative aux leurs.
- 2. La convergence des résultats obtenus sur la bases d’études menées selon des approches différentes ; ce qui ne peut que renforcer la portée des conclusions auxquels elles conduisent.
- 3. Le nombre des anomalies constatées qui, comme l’examen des tableaux le démontre, est assez élevé pour que celles-ci n’aient rien d’accidentel.

Ceci dit , nous pouvons reprendre une à une les différentes questions que je formulais dans le cahier des charges approuvé par tous, et auxquelles j’estime qu’il a été clairement répondu.
- 1. L’examen des résultats fait-il apparaître l’existence de lots atypiques ? Si oui quelle est le degré de probabilité de ces écarts ? Ceux-ci sont-ils concentrés sur une période déterminée des opérations de dépouillement ?
Les réponses sont unanimes. Oui il y a des lots atypiques clairement identifiables et identifiés dont chacun établit la liste et ces listes coïncident.
Les écarts sont bien concentrés sur une période clairement fixée aux dépouillements survenus les 14 et 15 juin.
La probabilité que ces écarts constatés , tant positifs que négatifs , puissent s’être produits sous le seul effet du hasard et sans intervention extérieure, est chiffrée et les résultats obtenus, sur la base de tests différents, se situent à des niveaux de probabilité confinant à l’impossible : les deux premiers rapports évoquent des taux de 1 pour 1,7 millions et nous avons vu les niveaux effarants enregistrés, sur d’autres critères, par le troisième rapport. A ces niveaux, l’argument que les événements les plus improbables, lorsqu’ils se produisent, concernent bien des situations concrtes ou des personnes déterminées ne paraît plus recevable : Maxwell lui-même, quand il prétendait que la loi de l’entropie (qui est le type même de loi probabiliste), pouvait être tenu en échec, était obligé de faire intervenir un démon sélectionnant les molécules lentes et les molécules rapides. C’est bien notre problème : les écarts enregistrés n’ont pu l’être sans l’intervention d’un « Démon de Maxwell »...

- 2. Ces écarts se seraient-ils concentrés - dans un sens ou dans un autre,- sur des candidats marginaux (lesquels ?) dont en conséquence le sort se serait trouvé inversé d’un jour sur l’autre ? Peut-on constater des évolutions comparables d’autres candidats ? Si oui, ces évolutions seraient-elles de nature à conforter ou affaiblir les constats éventuellement opérés au niveau des candidats marginaux ?
Sur ce point également , les réponses ne laissent aucun doute. Les rapports soulignent que les écarts les plus importants concernent quelques candidats et toujours dans le même sens : positif, c’est-à-dire correspondant à des sur-représentations systématiques pour certains, et négatif, correspondant à des sous-représentation pour d’autres. L’analyse en composantes principales de Jean Chiche e Henri Rouanet a même permis d’identifier le groupes des candidats dont l’élection repose sur les écarts anormaux constatés dans les deux journées controversées et celui dont l’élection est indépendante des dates de dépouillement.

- 3. Les écarts mis en évidence pourraient-ils s’expliquer - et dans quelle mesure - par des effets aléatoires tels que :
-  effets de dates ou de génération : les votes exprimés ayant évolué dans le temps sous l’influence d’événements extérieurs tels que des appels à voter en faveur de tel ou tel groupe de candidats ?
-  effets de grappe ou de liste provoqués par la concertation d’électeurs au sein de certains « collectifs » ou par la sollicitation directe de certains groupes d’électeurs ?
-  éventuellement d’autres effets auxquels on n’a pas pensé ici ?
-  L’examen des bulletins par ordre alphabétique est-il - ou n’est-il pas de nature à entraîner la dilution de ces effets, notamment en les étalant sur toute la durée du dépouillement ? Dans la mesure où ils se seraient exercés, suffiraient-ils à expliquer les écarts constatés

La concentration sur certaines dates du dépouillement, des différents événements extérieurs évoqués ici paraît fort peu probable à tous, en raison du mode de dépouillement par lettre alphabétique. Tous déclarent qu’il n’y a que fort peu de raisons pour que certaines lettres de l’alphabet en soient plus affectées que d’autres. Stéphane Jugnot va même jusqu’à examiner les conditions dans lesquelles cette conjonction pourrait se produire , avant de rejeter cette hypothèse.
L’impact sur les résultats, ressort du constat général que tous les candidats affectés par les « dérives » l’ont toujours été dans une direction bien déterminée : toujours à la hausse pour certains, toujours à la baisse pour d’autres. La seule explication pour qu’il en soit ainsi dit l’analyse Chiche-Rouanet est que soient intervenus des critères « politiques ». Il est particulièrement remarquable qu’au vu des anomalies enregistrées, les auteurs de cette analyse, quoique ignorants des « tendances » implicites qui s’affrontaient, soient parvenus à les reconstituer.

Au total donc :
- tous les experts s’accordent à reconnaître l’existence d’anomalies troublantes liées aux dates de dépouillement du scrutin ;
- ils estiment que la probabilité statistique des écarts enregistrés se situe à des niveaux qui relèvent de l’impossible et qu’il y a donc eu « manipulation » : jamais les écarts enregistrés et concentrés dans le temps n’auraient été possibles sans l’intervention providentielle de quelque « main invisible »...
-  ils montrent enfin, que ces écarts ont effectivement faussé le résultat de élections .

Faut-il préciser que j’aurais préféré - de très loin - aboutir à la conclusion inverse, qui aurait contribué à apaiser les esprits. Mais, les choses sont ce qu’elles sont...
Je dois également préciser que, si la statistique permet d’affirmer la matérialité des faits avec un degré de probabilité situé au-delà de toute contestation, elle n’a rien à nous dire sur l’identité des personnes responsables de cette malversation. Cette recherche relève d’une autre approche. Il n’y a désormais plus rien à attendre, en la matière, de l’examen du matériel électoral, dont j’avais dès le début des controverses, demandé qu’il soit immédiatement effectué : trop de temps a passé dans des conditions insuffisants de protection des pièces concernées.

De ces conclusions me paraissent découler trois conséquences :

- 1. Elles confirment le bien-fondé de la décision prise par le CA, d’organiser de nouvelles élections ;
- 2. Elles imposent que la préparation des ces élections soit confiée à une commission mixte, composée de représentants des parties confrontées ou de personnes conjointement agréées par elles ;
- 3. Elles exigent qu’afin de prévenir toute nouvelle contestation - qui serait mortelle pour l’association - le déroulement et le dépouillement de ces élections soient organisés dans des conditions garantissant la sincérité des résultats. Il appartiendrait à la commission visée au point précédent, de déterminer les modalités de ces garanties : contrôle extérieur neutre ou opérations confiées à un organisme impartial.
Que l’on me permette de clore cette mission par un dernier appel :
-  ou bien ATTAC dépassera cette crise grave et retrouvera sa vocation initiale qui était de rassembler des personnes physiques et morales diversement engagées, autour des valeurs humaines qui leur sont communes ;
-  ou bien ATTAC ne sera plus ATTAC - même une forme vide portant ce sigle continue à survivre...en état de coma si dépassé ; elle aura perdu toute légitimité à servir d’exemple et ses animateurs, quelle que soit leur position dans cette affaire, auront alors simplement démontré qu’elles n’étaient pas à la hauteur de leurs ambitions affichées.
J’en appelle - une fois de plus - à l’abnégation de tous. Il est grand temps qu’ATTAC reparte du bon pied.

Le 23-08-06

René Passet


titre documents joints

Synthèse des rapports d’experts par rené Passet

29 août 2006
info document : RTF
81.8 ko

Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 759 / 528724

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Dossiers  Suivre la vie du site Altermondialisme   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.6 + AHUNTSIC

Creative Commons License