Trois textes d’orientation dans "Ligne d’Attac" de septembre 2006

lundi 18 septembre 2006

Contributions des membres du CA suite au vœu voté par les adhérents présents à l’AG de Rennes des 17 et 18 juin 2006

Pour une Attac altermondialiste et démocratique article publié le 6/09/2006

auteur-e(s) : Texte collectif

La marchandisation du monde et l’extension du libre-échange se poursuivent. Face à elles, les luttes pour la démocratie, la protection sociale, les services publics, la préservation des biens communs, l’instauration de rapports Nord-Sud équitables, la diminution de la pauvreté et des inégalités, une production et une consommation écologiques, seront vitales. Comme elles mettront en cause la logique globale du profit et le rapport des sociétés à la nature, elles ne pourront s’engager que si nous bâtissons des réseaux de réflexion et d’action de plus en plus larges réunissant tous les continents. C’est tout le sens et toute la difficulté pour le mouvement altermondialiste de passer d’une dénonciation du néolibéralisme à la construction d’alternatives. La responsabilité d’Attac, qui a un rôle à jouer en France et ailleurs, est donc directement engagée. Or un voile vient de se déchirer au sein de notre association, rendant plus urgents une clarification politique et un renouvellement des instances d’animation et de direction.

1. La présomption de l’impensable fraude électorale
Prenons d’abord conscience que l’impensable a pu se produire au sein d’une association qui prétend offrir une alternative démocratique : un grand nombre de faits tendent à montrer qu’une fraude a été commise lors de l’élection des représentants des adhérents individuels au Conseil d’administration (CA). Notre identité et le cœur de notre engagement pour qu’un « autre monde devienne possible » sont atteints. Un tel séisme interdit de renvoyer dos à dos tous les protagonistes des conflits qui traversent Attac depuis trois ans. Que ceux qui dirigeaient Attac aient profité d’un CA dont l’élection est entachée d’une grave présomption de fraude pour proroger leur pouvoir, comme si de rien n’était, constitue une faute politique majeure. Un voile se déchire car, derrière des divergences politiques normales, on s’aperçoit que l’exigence morale de ne jamais enfreindre les règles du « vivre ensemble » n’était pas unanimement partagée. Nous proposons aux adhérents de prendre une première décision : tout faire pour qu’il n’y ait plus jamais ça dans Attac. À la condition de rétablir une morale des comportements - qui ne s’obtiendra jamais devant des tribunaux -, il sera possible de clarifier les options politiques qui s’offrent à nous.

2. Une clarification politique
Pourquoi les enjeux politiques ne sont-ils apparus que lentement ? D’abord parce qu’ils ne pouvaient se dessiner vraiment tant que nous étions dans une phase d’« antimondialisme » plus que d’« altermondialisme ». Ensuite parce que, en plusieurs circonstances, le noyau de direction d’Attac s’était rallié in extremis aux positions majoritaires dans l’association. En 2003, il avait mis en cause par voie de presse certaines composantes du mouvement social, dont la Confédération paysanne, puis avait dû tempérer ses propos. En 2004, après avoir imaginé des listes « 100% alter » aux élections européennes, il avait finalement retrouvé une vertu consensuelle pour refuser la transformation d’Attac en parti politique. En 2005, il avait cédé devant la volonté d’une large majorité de comités locaux (CL) de mener, à partir de nos positions, une campagne unitaire contre le traité constitutionnel européen. De plus, la remise en cause des logiques économiques et sociales actuelles ne peut se faire sur une base exclusivement nationale. Ainsi, la critique du productivisme global n’est pratiquement pas prise en compte par la présidence actuelle d’Attac. Or nous devons approfondir la réflexion sur le fait qu’un autre emploi, une agriculture sans OGM ni intrants destructeurs, une production de services publics et de services non marchands accessibles à tous, une consommation responsable et une répartition mondiale juste des richesses sont des objectifs étroitement liés qui exigent de repenser la nature du développement, qu’on ne peut assimiler à une croissance perpétuelle.

Ces divergences renvoient à la nature d’Attac et à sa place dans l’altermondialisme. Elles ont été mises au jour dans les rapports avec le mouvement social et citoyen dont les nouvelles formes de lutte, par exemple la désobéissance civique (comme celle des faucheurs volontaires), sont trop souvent regardées avec méfiance. Le renforcement d’Attac passe par celui du mouvement altermondialiste et non par la tentation de le dominer ou de s’en abstraire.

L’originalité d’Attac est d’être à la fois une association rassemblant des adhérents individuels, souvent regroupés dans des CL, et des organisations (syndicats, associations, organes de presse) intervenant sur des sujets différents, mais unis pour agir contre le néolibéralisme. La raison d’être et la force d’Attac sont la synergie entre toutes ses composantes au service d’un projet : démystifier l’idéologie libérale, proposer des alternatives et construire les rapports de force nécessaires pour les imposer. Il faut poursuivre dans cette voie pour tirer le meilleur parti de notre diversité.

Une obscure polémique a été entretenue au sujet d’une prétendue volonté des membres fondateurs de couper les ailes d’Attac en lui refusant le droit d’avoir son projet propre, car elle leur ferait de l’ombre. En fait, cette accusation a jailli le jour où nombre de membres fondateurs ont exprimé ouvertement leur refus de voir Attac se transformer en une organisation traditionnelle et, au contraire, réaffirmé leur attachement à l’invention permanente d’une autre manière d’intervenir dans la vie politique.

Car là est le nœud du problème : si nous transformions Attac en une association composée uniquement d’individus, nous perdrions la possibilité qu’elle soit un creuset, un lieu où se construisent des convergences entre acteurs différents, mais tous confrontés aux politiques néolibérales. En choisissant au contraire d’être partie prenante du mouvement social et citoyen, Attac s’interdit de s’engager dans la compétition électorale, de manière ouverte ou déguisée, sans se désintéresser pour autant des enjeux des échéances politiques. Elle peut ainsi rester fidèle à sa vocation à faire se rejoindre, par l’éducation populaire, les actions de rupture avec le néolibéralisme, par-delà les engagements éventuels divers de ses membres dans des partis.

Cette démarche est la garantie de la diversité de notre association qui est sa force première. Elle seule est en mesure de faire aboutir un projet de Manifeste qui rassemble les adhérents (individus et personnes morales), les CL, les commissions, le Conseil scientifique, sous la conduite d’un CA représentatif de toutes les sensibilités. Elle conditionne la définition des points clés de rupture avec le néolibéralisme : l’arrêt de la marchandisation, l’imbrication du social et de l’écologie, la justice, l’égalité de droits, dont celle entre hommes et femmes, la solidarité avec tous les peuples de la terre, notamment par la mise en place de taxes globales, la démocratie comme principe directeur de toutes les sphères de la société. Pour cela, Attac doit continuer d’être un lieu de convergences antilibéral, de s’investir dans la construction du mouvement social et citoyen altermondialiste, en particulier avec toutes les Attac du monde, et de participer activement aux forums sociaux mondiaux, continentaux et locaux.

Si cette démarche est confirmée, de nombreux débats adjacents, mais pas secondaires, par rapport à l’axe de lutte contre le néolibéralisme, pourront s’affiner et trouver peu à peu une expression commune. Ainsi en est-il de la laïcité, dont certains veulent faire un point de clivage partisan au sein d’Attac. Le choix en faveur d’une République démocratique et laïque est un dénominateur commun et non l’apanage de quelques-uns. Il résulte du fait qu’Attac s’inscrit dans une histoire sociale de deux siècles : celle de la lutte du travail contre le capital, pour l’émancipation humaine, pour les valeurs progressistes de solidarité et de justice contre celles de droite qui prônent l’enrichissement personnel et la loi du marché. La laïcité offre une garantie en faveur de la liberté et un rempart contre le morcellement communautariste. Et elle nous aide à penser un fonctionnement démocratique préservant l’expression de tous.

3. Un renouvellement des instances d’animation et de direction
Ces engagements sont cohérents avec la manière dont nous souhaitons animer l’association. Déjà, en 2000, lors de l’assemblée générale de St-Brieuc, nous avions œuvré à la création d’une Conférence nationale des comités locaux (CNCL), première reconnaissance des CL, tenus alors en suspicion par le président de l’époque. Plus tard, nous avons obtenu de modifier les statuts et de donner une place majoritaire aux adhérents individuels au sein du CA. C’est aujourd’hui un principe reconnu par tous qui sera, espérons-le, validé prochainement.

Il faut maintenant faire un pas de plus. L’assemblée de La Roche-sur-Foron en 2005 a retenu l’idée d’aller vers une co-présidence. Le noyau de direction l’a ignorée dans la modification des statuts en cours. Nous proposons de la mettre en œuvre dans la prochaine mandature. Ce n’est pas une utopie irréalisable, puisque nombre de CL fonctionnent déjà de cette façon et certaines Attac hors de France fonctionnent même sans présidence. Il s’agit de développer un mode de décision collégiale à tous les niveaux, de donner plus de responsabilité aux CL et aux adhérents dans la définition des orientations. C’est une manière de traduire dans les faits la volonté de rassembler dans l’association des cultures et pratiques militantes diverses, à l’encontre d’une dérive présidentialiste et de tous les risques d’autoritarisme que celle-ci comporte.

Attac est née dans le contexte de l’émergence d’un mouvement de résistance à la mondialisation capitaliste néolibérale. Elle est confrontée aujourd’hui à la maturation de ce mouvement qui essaie de définir des alternatives. Nous devons collectivement préparer le franchissement d’une nouvelle étape, en termes d’objectifs, de moyens d’organisation et de fonctionnement internes, et aussi d’éthique pour restaurer la crédibilité d’Attac et retrouver un chemin fédérateur. Il nous appartient de tirer les leçons de ce qui a fait la force mais aussi les faiblesses de notre association, pour reconstruire la confiance et retrouver la pleine capacité d’œuvrer ensemble à la réalisation d’un espoir qui ne peut s’éteindre : celui d’un monde plus juste et plus démocratique.

Signataires :
Geneviève Azam ; Christelle Baunez ; Chloë Bénéteau ; Jacques Cossart ; Christian Delarue (MRAP) ; Marc Delepouve (FSU) ; Susan George ; Jean-Marie Harribey ; Pierre Khalfa (Union syndicale Solidaires) ; Gus Massiah (CRID) ; Isabelle Mercier ; Christian Pilichowski (UGICT-CGT) ; Annie Pourre (DAL) ; Gérard Régnier (AC !) ; Lysiane Rolet ; Jean-Émile Sanchez (Confédération paysanne) ; Anne-Françoise Taisne (Fédération Artisans du Monde) ; Aurélie Trouvé ; Bénédicte Veilhan


Pour une Attac de deuxième génération
article publié le 6/09/2006

auteur-e(s) : Texte collectif

Contribution signée par les élus siégeant au CA parce qu’ils ont décidé d’assurer la continuité de l’activité et du fonctionnement d’Attac

Membres actifs : Audrey Barral, Aurélien Bernier, Valérie Coignard, Emmanuelle Gaziello, Michel Gicquel, Danielle Goussot, Sabine Jauffret, Bernadette Jonquet, Renaud Lambert, Matthieu Laurent, Aurore Ludi, Jacques Nikonoff, Jacques Weber.
Membres fondateurs : Jean-Pierre Beauvais (Politis), Bernard Cassen (Le Monde diplomatique), Michèle Dessenne (Les Pénélopes), Pierre Guiard-Schmid (ESCOOP), Cécile Guillerme (Fédération française des maisons de jeunes et de la culture), Daniel Monteux.
Monika Karbowska et Jean-Baptiste Prevost (UNEF) étant à l’étranger, ils n’ont pu être contactés.

Il y a juste 8 ans, le 4 août 1998, Attac accueillait son millième adhérent-e ! Le chemin parcouru est sans précédent dans l’histoire récente depuis l’appel d’Ignacio Ramonet dans Le Monde diplomatique en faveur de l’instauration d’une taxe sur les transactions financières : une association qui rassemble aujourd’hui 25 000 membres actifs, dont beaucoup sont organisés en 216 comités locaux ; un réseau international Attac présent dans une cinquantaine de pays ; la conception, avec nos camarades brésiliens, du Forum social mondial qui a véritablement lancé le mouvement altermondialiste ; l’émergence, dans la vie publique, d’une force d’éducation populaire et d’action qui a puissamment contribué à la victoire du 29 mai 2005.
Attac a été fondée alors qu’une vigoureuse offensive néolibérale se développait depuis une vingtaine d’années : sa finalité était de rediscipliner le salariat des pays occidentaux par le chômage et les pays pauvres par la dette, afin de restaurer des taux de profit fortement érodés depuis l’achèvement de la période de reconstruction de l’après-guerre. Impulsant l’émergence d’un nouveau capitalisme mondialisé, cette offensive a été favorisée par le développement rapide de nouvelles technologies combinées au processus de globalisation financière à l’échelle planétaire. Elle a en outre été accélérée par la chute du Mur de Berlin.
Or cette nouvelle relation entre finance et économie réelle a été aussi un facteur de crise comme l’a prouvé l’effondrement des économies de pays d’Asie en 1997. De plus les politiques néolibérales et leur cortège d’inégalités sociales ont commencé à se heurter à des résistances de nature diverses, mais toutes enracinées dans leurs réalités nationales (Chiapas 1994, France décembre 1995).
C’est dans ce contexte qu’est née Attac en France. Depuis un travail colossal a été produit. Mais, le nez dans le guidon, nous n’avons pas pris collectivement le recul suffisant pour analyser l’évolution de l’association et en débattre. C’est ainsi qu’il a été décidé à la dernière AG d’exposer aux adhérent-e-s les débats en cours et les divergences de vues qui pouvaient exister entre membres du CA ou fondateurs.
Trois catégories de débats et de controverses ont lieu depuis quelques années sur le contenu de nos alternatives au néolibéralisme, notre conception de ce que doit être Attac et les comportements internes à l’association. Trop d’inertie sur les alternatives au néolibéralisme
Au niveau de développement qu’elle a atteint, Attac doit produire des propositions d’alternatives sérieuses et crédibles au néolibéralisme. Or elle est restée souvent vague ou ambiguë sur une multitude de sujets. Parmi ces derniers : le libre-échange et la nécessité de promouvoir des protections circonstanciées et solidaires ; les questions du travail, de l’emploi, de la précarité et de la protection sociale ; la nécessité ou non de lancer un « processus constituant » européen ; l’égalité hommes-femmes ; le féminisme ; le rôle des grands médias comme vecteur de l’idéologie néolibérale ; la place de l’Etat et les marges de manœuvre nationales pour s’émanciper de la pensée unique ; les services publics et les biens communs ; la désobéissance civique ; la question de la croissance et de la décroissance ; l’impératif écologique et son lien avec la question sociale ; la crise énergétique...
Sans qu’il soit nécessaire que des positions tranchées soient systématiquement prises, un véritable débat doit être mené sur ces sujets.

La laïcité
Pour nous l’égalité entre hommes et femmes et l’égalité entre toutes les femmes de la planète doit passer avant toutes considérations ethniques ou religieuses. Cette idée est loin d’être partagée par tous les fondateurs et membres du CA.

Des conceptions différentes de ce que doit être Attac
La seconde question sur laquelle les positions divergent porte sur le principe et les modalités de la souveraineté des adhérents. La position défendue par plusieurs représentants des organisations fondatrices consiste à réduire Attac à un « lieu de convergence », autrement dit une sorte de mini Forum social. Attac serait alors seulement un « espace » dédié non pas aux citoyens, mais à des organisations rassemblées sous un label et deviendrait une sorte de cartel, placée sous leur tutelle et à leur service.
Pour nous, Attac doit être une organisation à part entière, donc indépendante, fidèle à ses origines, développant sa propre culture d’éducation populaire. Ses adhérent-e-s doivent y exercer leur souveraineté, Attac s’articulant aux organisations sociales au fil des mobilisations.
Exprimer cette réalité ne vise nullement à écarter les organisations fondatrices. Bien au contraire, elles devraient collectivement jouer un rôle propositionnel, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent.

Des désaccords portant sur les comportements
Ils peuvent être illustrés par l’AG de Rennes qui a vu naître un grave contentieux, mettant en évidence des différences de culture et de comportement.
Certain-e-s élu-e-s ont spectaculairement annoncé, de la tribune, leur refus de siéger au CA au motif que des « anomalies statistiques » auraient été « constatées » dans le résultat des élections, bien que d’autres contestent ce point de vue.
Pourquoi, au lieu de saisir, dès le dépouillement, la « commission électorale et des litiges », prévue à cet effet, avoir organisé un coup de théâtre médiatisé ? Pourquoi marteler la thèse de la « fraude », sans avancer la moindre preuve, et avant qu’aient été menées des investigations poussées ? Pourquoi ne pas avoir attendu les études indépendantes immédiatement décidées par le CA ? Pourquoi, finalement, ne pas avoir saisi la justice ?
Car la thèse publique de la fraude est tout sauf anodine. Elle percute l’identité, la crédibilité et la probité de notre association. Chaque adhérent-e est personnellement touché dans ce qui fonde son engagement pour un autre monde possible, espoir qu’Attac a fait naître.

Pour de nouvelles élections
C’est pourquoi les signataires de ce texte ont pris leur responsabilité, en mettant en œuvre toutes les mesures pour favoriser la manifestation de la vérité et en décidant l’organisation de nouvelles élections dans les meilleurs délais.

Cette « crise » fait suite à celle qui avait été organisée en juillet 2005. En effet, quelques semaines après le succès du 29 mai - et la chronologie n’est pas fortuite -, les trois vice-présidents de l’ancien CA (Susan George, François Dufour, Gus Massiah) avaient diffusé une « lettre aux adhérents » dénonçant... le « style » de quelques autres membres de la direction. Sans faits précis ni exemples convaincants.
Ces « crises » n’ont évidemment pas pour cause des problèmes de personnes. Le projet d’Attac a fait converger des organisations et des individus de cultures variées, qui n’avaient pas l’habitude de travailler ensemble. Ce « melting pot » est facteur de richesses, mais aussi de divergences de points de vue sur le fonctionnement et les pratiques au sein d’Attac. Seule une longue « fertilisation croisée », favorisée par un CA indépendant, permettrait de redéfinir un véritable « vivre ensemble ». Ses effets contribueraient, au-delà d’Attac, à l’unité des forces antilibérales. Nous sommes convain-cu-e-s que c’est possible si les discussions ne restent pas confinées au « sommet », donc si les adhérent-e-s s’y impliquent pleinement.
C’est l’esprit dans lequel nous voulons agir.

Attac et les classes populaires
C’est grace à la participation des classes populaires que le NON l’a emporté lors du référendum sur le TCE et que le CPE a été repoussé. Leur implication est donc déterminante si nous voulons transformer la société. Or la volonté d’associer Attac aux classes populaires se heurte à de nombreux obstacles internes.

Attac est-elle « de gauche » ?
Attac n’est pas un parti, mais une association d’éducation populaire, et elle s’adresse à tous les citoyens. Elle ne peut donc se situer sur un éventail de caractère strictement politique, voire électoral. C’est d’ailleurs pourquoi elle a touché, notamment lors de la campagne contre le TCE, des publics ne se reconnaissant pas (ou plus) dans cette terminologie traditionnelle. C’est aussi pourquoi Attac n’a jamais soutenu, lors des élections, de candidats ou de partis. Attac est antilibérale et altermondialiste.

Passer à une étape de construction
Continuer à avancer ensemble, c’est être porté par un désir d’agir dans l’unité et avec la diversité d’Attac. Le succès d’Attac a été d’avoir identifié, décrit et démystifié le phénomène de la mondialisation néolibérale. Il s’agit maintenant de passer à une étape de construction sociale citoyenne qui ne soit pas déterminée par les lois du marché, ce qui implique de produire et de porter des alternatives cohérentes. Le Manifeste d’Attac en sera la première expression.
Nous devons partir des préoccupations des citoyens - économiques, sociales et environnementales - pour élaborer un cheminement cohérent vers des solutions de rupture avec les politiques néolibérales. Deux questions se posent alors : comment faire émerger ces propositions ; quels modes de décision ? Dans certains cas, les désaccords doivent être tranchés par un vote. Si le consensus peut fonctionner dans une phase de contestation, il est plus difficile à atteindre dans une phase de construction. Le 29 mai, par exemple, nous réussissons à dire « non » au TCE, mais nous ne sommes pas parvenus à impulser des propositions pour la construction de l’Europe que nous voulons.
Nous devons aussi repenser nos formes de lutte pour mieux atteindre une nouvelle génération de militant-e-s, en développant des activités liées à des projets solidaires (expériences coopératives, associations pour le maintien de l’agriculture paysanne, monnaies solidaires...), des formes d’intervention originales, préfigurées par les « Chemins de découverte », où la culture est un outil de transformation sociale. Egalement étendre ces expériences de solidarité au niveau international avec d’autres mouvements populaires.
Le fonctionnement d’Attac devra être adapté à ces ambitions. Sa modification fera l’objet de la prochaine réforme des statuts, au terme d’un débat mené en profondeur dans l’association, et que nous alimenterons par des propositions précises. L’une d’elles sera l’instauration d’une pratique systématique de consultation des adhérents pour toute orientation importante.
Nous voulons dessiner une Attac démocratique, émancipée, au fonctionnement collectif, à partir de la variété de nos cultures et de nos engagements, s’enrichissant de la singularité de l’histoire de chacun et de chacune. Une Attac de deuxième génération, plus combative, plus populaire, plus internationaliste !


Pour sortir de cette crise de Direction par le haut article publié le 6/09/2006

auteur-e(s) : Texte collectif

Des orientations pour fédérer Attac-France

par Régine Tassi, membre du Conseil d’administration

Dans la mesure où seuls des membres du CA pouvaient présenter des textes d’orientation à publier dans Lignes d’Attac, j’ai volontiers repris à mon compte ce document rédigé par un noyau d’adhérents, notamment d’Attac Romans et d’Attac Trégor. J’en partage, pour l’essentiel, la démarche, au nom de tous ceux qui refusent d’être enfermés pour les élections du prochain CA dans un affrontement binaire.

On peut encore arrêter l’autodestruction d’Attac

Depuis Rennes la plupart des débats ont porté sur les « anomalies statistiques ». Les affrontements ont tourné autour de la question : y a t il eu fraude ? Laissons se dérouler, en toute indépendance le travail de la Commission d’enquête. L’accusation nominative de fraude lancée par un membre du Conseil scientifique contre deux membres du Conseil d’administration et le recours en justice qu’elle a entraîné de la part de ces deux derniers, ont fait franchir un pas supplémentaire : les partisans des uns et des autres ont un nouveau champ de bataille. Cette guerre de tranchées va durer pendant encore combien de temps ? Il faut éviter que les prochaines élections et le prochain CA soient centrés sur ces affrontements entre deux clans. On a d’autres choses à faire si l’on veut encore garder nos adhérents et maintenir un peu l’espoir que nous avons suscité.
Nous faisons partie des adhérents qui pensent que l’on peut encore sortir de cette logique d’affrontements mortifère pour revenir à une logique de coopération. Ce n’est pas gagné, mais à notre avis c’est encore possible. Jusqu’aux prochaines élections il y a une occasion de permettre à Attac de repartir sur de meilleures bases. Aussi nous proposons ces orientations pour fédérer.

Vouloir fédérer : une ambition irréaliste actuellement ?

Dans cette ambiance pour le moins délétère, parler de fédérer semble être complètement irréaliste.
Si l’on écoute les « 200 initiés » qui interviennent sur les listes de diffusion, cette démarche ne peut pas être prise au sérieux. Si l’on écoute les CL et les adhérents « non branchés », la question ne se pose plus de la même manière. Déjà à la préparation des derniers CNCL (celle de février et celle d’avril), il était clair que la plupart des CL en avait ras-le-bol des querelles au sommet. Ils souhaitaient que l’on revienne à nos fondamentaux : le travail antilibéral. Et ils n’avaient pas beaucoup de temps à consacrer aux débats internes. L’AG de Rennes a du accentuer cette aspiration à recentrer nos adhérents sur notre travail alter mondialiste.
Aussi nous pensons que proposer de recentrer nos activités sur le travail externe et faire une pause sur les débats internes pourrait répondre à une aspiration partagée par un nombre non négligeable de CL et d’adhérents.
Ce pourrait être un moyen de fédérer Attac actuellement.

Une réaction constructive d’adhérents.

Face à ce spectacle de plus en plus affligeant qui se dégrade de jour en jour, de nombreux adhérents ont exprimé leur désapprobation sur différentes listes électroniques sans voir apparaître de propositions alternatives.
Devant l’urgence d’officialiser des aspirations différentes qui ne pourraient être matériellement prises en compte au delà de début Août 2006, un noyau d’adhérents a estimé nécessaire d’exprimer officiellement une requête en leur nom.
C’est pourquoi nous vous proposons ce texte intitulé « Des orientations pour fédérer Attac-France ».
Il aurait certainement été préférable de procéder à une large concertation pour élaborer ce texte mais les délais impartis étaient incompatibles avec une telle démarche.
Notre objectif est de donner la possibilité à ceux qui veulent une association unie de se faire entendre en soutenant cette démarche. La bipolarisation des débats ne serait pas forcément un signe de maturité démocratique.

L’urgence n’est pas de se diviser mais de fédérer toutes nos énergies

Il nous semble important de conserver la diversité d’ATTAC. Et plutôt que de chercher à se diviser à partir de nos différences, il serait plus important d’essayer de s’enrichir de nos différences. Ambition louable, beau slogan, mais qu’il est difficile à mettre en application.
Ne nous faites pas dire que nous voulons gommer les désaccords qui peuvent surgir sur tel ou tel problème. Pour nous l’important c’est d’arriver à dépasser d’une manière constructive ces désaccords. Il faut arriver à changer de logique : sortir de la logique d’affrontement pour revenir à la logique de coopération. C’est à notre avis la question interne n°1 à traiter à Attac-France actuellement.
Cette question centrale demande une attention particulière. Elle ne sera pas résolue sans un apprentissage adapté pour un mouvement d’éducation populaire de 25 000 adhérents. Apprentissage pas évident, mais possible à mettre au point. Il n’y a pas de recettes miracles. Des mesures élaborées collectivement devraient pouvoir être mises en place pour avancer sur cette question interne n°1. On sort souvent d’une crise après une période de convalescence qui peut être délicate à gérer.

Orientation externe prioritaire

Le développement de notre action sur nos thèmes fondamentaux est le meilleur antidote pour sortir de cette crise.
Nous proposons de recentrer nos activités sur la mise au point et la discussion du " manifeste ". Il faut bien le reconnaître, toutes nos forces n’ont pas été consacrées à l’élaboration de ce document ces derniers temps. Les préoccupations internes ont occupé bien des énergies.
Il serait souhaitable que ce travail externe devienne réellement la priorité des priorités.
Centrer l’Université d’été 2006 sur l’élaboration du « Manifeste » nous paraît être une excellente initiative. Espérons que son mode de déroulement soit à la hauteur de nos espérances. Les débats ultérieurs sur les propositions du manifeste, la prise en compte de l’avis des citoyens et l’intégration des remarques positives, nous obligeront à développer nos moyens de concertation interne.
La vie des Comités locaux et d’Attac national et international ne se limite pas à ce travail de fond sur des textes de base.
Nous avons aussi tout un domaine de réflexion, d’information et de propositions d’actions liées au calendrier des évènements, à l’animation de campagnes permanentes (OMC,AGCS, Bolkestein, directives européennes, G10, délinquance financière), aux contacts multiples avec les autres Attac, le milieu associatif, syndical. Toutes ces activités ont continué malgré l’atmosphère peu favorable de la crise. C’est d’ailleurs la diversité de ces thèmes, l’étendue de leurs domaines d’application du local au mondial, qui est la meilleure preuve de l’inadéquation des sujets de la crise actuelle par rapport aux véritables dimensions d’Attac.

Orientation interne : une pause pour les choix stratégiques

Dans ce climat peu propice aux débats constructifs (c’est le moins que l’on puisse dire) il serait sage de faire une pause plutôt que de vouloir à tout prix faire des choix stratégiques qui figeraient un peu plus les clans. Comme en plus cette pause était souhaitée par bien des CL et par beaucoup d’adhérents, elle devrait être la bienvenue. Pendant cette pause on pourra réapprendre à vivre et à travailler ensemble. On propose d’en profiter pour perfectionner les fonctionnements de nos différentes structures et en particulier celle du CA qui nous a conduit à la crise actuelle. Il faudrait, entre autres, un nouveau mode de fonctionnement entre le CA, la présidence et le bureau. Il serait aussi souhaitable de perfectionner nos méthodes de débats internes qui sont souvent loin d’être satisfaisantes.
Pendant cette pause on pourrait améliorer notre démocratie représentative sans changer les modalités d’élections à quelques mois d’un nouveau scrutin et en respectant les statuts en vigueur.
Enfin on pourrait utiliser cette interruption pour améliorer notre démocratie participative.
Après cette pause (la durée sera à définir en fonction des améliorations constatées) on pourra débattre dans de bonnes conditions des sujets importants tels que : notre place dans le mouvement alter mondialiste, la place et le rôle des membres fondateurs, le rééquilibrage de l’association, les mandats, de nouveaux statuts.

Trois mois pour faire des propositions qui fédèrent

Nous avons fait ce texte pour permettre à toutes celles et à tous ceux qui souhaitent faire des propositions fédératrices, d’apporter leurs contributions.
Ainsi cette période électorale pourra être utilisée pour dégager quelques pratiques et quelques objectifs unificateurs susceptibles de relancer Attac-France.
Cette proposition a vu le jour dans l’urgence, pour éviter que notre mouvement ne se trouve enfermé au motif d’impératifs calendaires, dans l’impossibilité d’envisager une autre perspective qu’un affrontement binaire.
Au nom de tous ceux qui sont attachés à l’unité de notre mouvement nous exprimons officiellement la requête d’un droit à une liberté de choix ouverte à des alternatives différentes. C’est pour obtenir officiellement le principe de cette ouverture que nous avons présenté ce texte.
Les futurs candidats qui soutiendraient cette démarche seraient appelés à dire aux électeurs quelles sont les mesures fédératrices qu’ils comptent préconiser, s’ils sont élus.
Si vous voulez soutenir cette démarche vous pouvez faire des propositions et les porter à notre connaissance.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 579 / 531492

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Dossiers  Suivre la vie du site Altermondialisme   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.6 + AHUNTSIC

Creative Commons License