AFFAIRE CLEARSTREAM

Pétition de soutien à Denis Robert

dimanche 5 novembre 2006

Nous vous invitons à soutenir Denis Robert suite à sa mise en examen en signant la pétition suivante sur le site "Nous sommes tous des receleurs"

"En demandant la mise en examen de Denis Robert, pour recel d’abus de confiance, c’est-à-dire pour avoir récupéré et utilisé pour ses livres et ses films des documents bancaires, le Procureur de Paris, le Ministère de la Justice et ce gouvernement s’en prennent à la liberté d’information.
Si une mise en examen devait être prononcée par les juges, ce serait une catastrophe pour l’ensemble des écrivains, des réalisateurs et des journalistes tentant d’exercer leur métier, notamment sur les terrains sensibles de la politique et de la finance.

Sans vouloir prendre position sur le fond des affaires Clearstream, nous affirmons qu’en utilisant les listings de la Banque des banques luxembourgeoise, Denis Robert n’a fait que son travail d’information, révélant le fonctionnement jusqu’alors caché des mécanismes bancaires internationaux visant à l’évasion des capitaux.

Sa mise en examen serait un scandale et ne pourrait être comprise que comme une tentative d’intimidation de toute une profession. Et donc une attaque très grave contre la liberté d’écrire et d’informer.

Réponse de Denis Robert à sa demande de mise en examen

Une question m’est souvent posée : "Pourrais-tu donner ta version de cette controverse concernant la falsification d’un listing de la part d’Imad LAHOUD, S’il te plaît ? Où es la vérité ? En tous cas, où la situes-tu sur ce cas précis ? "

Je vais y répondre, mais avant, j’aimerais revenir sur ce qui vient de se passer.
J’étais ce week-end au festival du film italien de Villerupt, membre du jury. C’est là bas que j’ai appris les réquisitions du parquet de Paris demandant ma mise en examen pour recel d’abus de confiance dans l’affaire dite " du corbeau " qui hante les couloirs de la République. Comme ceux qui n’habitent pas la Lorraine ne le savent sans doute pas, je suis archi tricard dans les deux quotidiens régionaux, l’Est Républicain et le Républicain Lorrain... Mes livres ne sont jamais évoqués, mes films non plus... On va même jusqu’à effacer mon nom des programmes télé quand par hasard l’un de mes films passe sur Canal ou Arte... Passons.... Donc, dimanche, c’est par Laïd Sammari, éminent rédacteur de l’Est que j’apprends ma future mise en examen. C’est à lui que je dois déjà d’avoir eu connaissance de l’inénarrable PV de Plénel devant les juges publié également en exclusivité dans l’Est. Sam est très branché sur ce dossier. C’est une vieille connaissance... Il semble toujours éprouver un malin plaisir à m’appeler (généralement très tôt) pour m’annoncer des mauvaises nouvelles. Rarement les bonnes... Je ne lui en veux pas. Il faut bien s’occuper le dimanche.
Ce genre d’information (une mise en examen pour un motif pareil) a tendance à me plonger dans une immense perplexité. Mon premier réflexe est de me m’en pas soucier. C’est un peu comme les mouches qui s’écrasent sur les pare-brises. Un coup d’essuie-glace et on y voit plus clair... Je ne suis pas d’un naturel inquiet surtout quand je sais d’où ça vient et ce que j’ai fait... Je me suis blindé... Pourtant, une étape supplémentaire dans la bêtise, la collusion entre pouvoir financier et politique et le cynisme vient d’être franchie...

D’abord une anecdote...

Si l’Est ou le Républicain Lorrain censurent mes livres, dès qu’une embrouille profile à l’horizon, j’ai droit à la photo, aux cinq cols et souvent à la une... Ce genre de hiérarchisation de l’information est surtout gênant pour ma famille ou mon entourage, les voisins, les commerçants... Quand vous les croisez, on a l’impression que leurs yeux se transforment en oranges... Vous savez, celles qu’on amène aux détenus... Faut toujours expliquer, dire que ce n’est pas grave... Souvent, vos explications ne servent à rien.
J’étais donc membre du jury du festival du film italien de Villerupt... Le Répu a normalement tu cette information non fondamentale... L’Est, plus professionnel, a envoyé un photographe et un reporter couvrir l’événement. Donc, vendredi, séance photos des quatre membres du jury pour le lancement du festival. Je me mets dans un coin et me fais flasher... Le dimanche, j’ouvre l’Est... Photo en une annonçant ma mise en examen (tronche de violeur de petite fille), grand papier en page France... Et...Papier en page Région avec photo des membres du jury pour le festival... Là, divine surprise ! J’ai disparu... Ils ne sont plus que trois sur la photo... Alors que la rédaction de l’Est dormait d’un juste sommeil avec la conscience tranquille d’une journée supplémentaire consacrée à l’information du citoyen, un censeur masqué armé de grands ciseaux, longeant les murs, est allé me tailler le portrait... Après rapide enquête, je sais parfaitement de qui il s’agit. Je ne pensais pas qu’à sa place dans la hiérarchie de ce journal, on se compromettait à ce genre de bassesse. A sa place, j’aurais (un peu) honte. Mais passons... Donc, le parquet de Paris veut me faire mettre en examen pour recel d’abus de confiance. Je m’en explique dans l’interview accordée à l’Obs que vous pouvez consulter plus bas...
Rien n’est dû au hasard dans cette affaire. Jamais.

Le libellé " recel d’abus de confiance " est étonnant... Clearstream, et son armée de juristes et d’avocats, avaient cru bon de se constituer partie civile dans le dossier du corbeau et de chercher à nous coincer sur le thème " du vol et recel de vol de secret bancaire ". Ils se sont rendus compte, pour des raisons de prescription, que ce motif ne tenait pas... Ils se sont donc creusé la tête... Je dis " ils " car je mêle ici Clearstream et le parquet de Paris...Les avocats de la banque des banques ont forcément consulté les magistrats... Des intérêts communs sont vraisemblablement nés... Pour Clearstream, la question est toujours la même : comment coincer Denis Robert et son nouvel informateur l’informaticien Florian Bourges ? Pour le Parquet, courroie de transmission de la Chancellerie et de Matignon, la question pourrait être : comment inventer de nouveaux rideaux de fumées dans cette affaire ?
Là intervient un nouvel acteur qui, visiblement, ne demandait rien à personne : le cabinet d’audit Barbier Frinault. On est allé les chercher pour déposer plainte contre nous. L’histoire est particulièrement tordue. On constate que des magistrats, au Parquet de Paris, se font les complices d’une stratégie très agressive et très acrobatique à notre égard. Florian Bourges était un de mes informateurs dans mon enquête sur Clearstream. Ecœuré de voir que ses supérieurs chez Arthur Andersen ne prennent pas en compte ses rapports révélants des anomalies informatiques à répétition lors de l’audit effectué dans le cadre de sa mission à Clearstream, il me contacte. Et me remet des pièces compromettantes pour la multinationale. Entre autres, ces fameux listings qui font couler tellement d’encre aujourd’hui...
Je les utilise dans " la boîte noire " et dans notre film " l’affaire Clearstream ". Ces listing répertorient 33000 références de comptes ouverts à partir de la multinationale à Luxembourg sur toute la planète. Ils donnent une incroyable cartographie de la finance mondiale, en particulier celle qu’on ne montre jamais : la finance parallèle.
Grâce à ces listings, on constate que des milliers de comptes sont ouverts dans des paradis fiscaux par Clearstream. Sur 106 pays représentés, plus de 40 sont des paradis fiscaux. Les documents de Florian montrent aussi que toutes les banques honorablement connues -BNP,Crédit lyonnais, Société générale, etc- ont toutes des filiales dans des paradis fiscaux... Ils montrent également, de manière éclatante, que la firme ment quand elle indique n’avoir que des clients honorables...

Et ce n’est pas tout. Le témoignage de Florian en tant qu’auditeur d’Arthur Andersen vient crédibiliser celui de Régis Hempel l’ancien chef de l’informatique qui assure que la firme effaçait des transactions pour en dissimuler la provenance ou la destination...

Voilà, la première utilité des listings de Clearstream... Voilà pourquoi je les ai publiés... Voilà pourquoi mes livres sont gênants pour les banques et pour Clearstream... Voilà pourquoi je suis susceptible de me prendre trois ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende (selon Reporters sans frontières). Voilà l’essentiel...
Ensuite, évidemment (pour répondre à la question de l’Internaute), Lahoud et-ou Gergorin trafique(nt) ces listings en y ajoutant des noms. Florian et moi n’avons strictement rien à voir là dedans. C’est nous qui révélons l’arnaque dans mon livre Clearstream, l’enquête. Et c’est Florian, seul, en conscience, sans que je cherche à l’influencer, qui décide de parler aux juges.

Le reste, c’est du vent. De la mauvaise littérature.

Le reste, c’est la stratégie du parquet et de Clearstream qui vont donc chercher ce cabinet d’audit dont je rappelle le nom Barbier Frinault. Pourquoi eux ? Parce qu’Arthur Andersen, l’employeur de Florian, l’auditeur de Clearstream, a trempé dans la sale affaire Enron et a été mis en liquidation... Parce que Barbier Frinault sont les repreneurs des vestiges et du nom d’Arthur Andersen... Ils n’ont évidemment subi aucun préjudice direct de notre part... Je sais, parce que je me suis renseigné, qu’ils n’avaient aucune envie d’être cités dans ce dossier, que leur job (audit, expertise comptable, bureaux à Neuilly) demande d’abord de la discrétion... Pourquoi prendre le risque de sortir ainsi du bois aujourd’hui ? Pourquoi participer à l’édification d’une procédure aussi perfide ? Pourquoi entre dans ce jeu ?

Pourquoi permettre au parquet de lancer cette procédure pour abus de confiance ?

Je vous laisse méditer...

L’abus de confiance et son recel sont moins prescriptibles que le vol de secret bancaire et son recel.
Voilà le sens de la demande de mise en examen du parquet et du pouvoir politique. Voilà à quel jeu se prêtent des magistrats. J’ai appris ce matin qu’un texte collectif a été écrit par des journalistes, des éditeurs ou des producteurs, dont tous ne sont pas des amis. Ils s’indignent de ces pratiques qui montrent un degré de perversion jamais atteint. Ils disent à quel point le combat pour la liberté d’informer est en jeu dans ce bras de fer initié par le pouvoir politique. J’en suis très heureux. Je suis également satisfait de voir que Reporter sans frontières s’est manifesté. Je ne suis pas le marginal isolé qu’aimeraient beaucoup que je devienne les marionnettistes de l’affaire Clearstream. Je trouve que le Parquet de Paris et son représentant Jean Claude Marin, le garde des Sceaux Pascal Clément et le Premier Ministre Dominique de Villepin, forcément associés dans cette atteinte grave à la liberté d’écrire et de penser, ont cette fois poussé le bouchon, très loin. Trop loin. Il faut se croire vraiment intouchable à vie, il faut être très cynique et très peu soucieux de justice et de démocratie, pour se lancer dans une pareille bataille. Rien de ce que ces trois tristes personnages viennent de monter dans ce petit trafic n’est honorable.

DR


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