OGM

L’EXEMPLE DU SOJA EN AMERIQUE DU SUD

intervention du débat au Jas de Bouffan du 7 novembre 2006
dimanche 26 novembre 2006

Dans de nombreux pays, particulièrement en Asie, le soja constitue une part importante de l’alimentation humaine. Comment peut-il devenir un danger pour la vie ?
L ’expansion démesurée de sa monoculture (de plus en plus transgénique) destinée à l’alimentation des élevages industriels européens et asiatiques a provoqué des ravages en Amérique du Sud . Si l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, la Bolivie se "sojatisent" rapidement, c’est pour répondre à la croissance continue de la consommation mondiale de viandes et de produits laitiers au plus bas prix possible. Depuis 1964, la production mondiale de soja a été multipliée par 9, dont 90 à 95% destinée à l’élevage. Beaucoup d’organisations en Amérique du Sud et en Europe s’élèvent contre les dérives dévastatrices de ce modèle agricole ultra productiviste, contrôlé par quelques firmes multinationales privées, et cependant soutenu par les Institutions Financières Internationales ainsi que par les gouvernements Européens et Sud Américains

L’agriculture intensive du soja a entraîné l’usure des sols : MONSANTO y voit l’opportunité de diffuser son soja OGM en Amérique du Sud ; la firme propose, dès 1996, son soja ROUND UP READY, tolérant à l’herbicide ROUND UP : plus besoin de labour préalable, le soja est planté par forage direct dans le sol, l’arrosage d’eau et de ROUND UP suffisent ensuite. Les sols seraient ainsi préservés.

C’est une période propice pour le soja argentin : en Europe, la crise de la vache folle entraîne l’interdiction des farines animales dans l’alimentation des bovins ; la demande de soja pour l’alimentation du bétail est donc très importante : l’Europe importe 78 % des protéines végétales dont elle a besoin.

Le moratoire sur les nouvelles cultures OGM et les nouvelles mises sur le marché, institué dans l’Union Européenne à partir de 1998 n’est pas rétroactif : les importations ne sont réellement menacées que par les mouvements écologiques lors de leur arrivée dans les ports européens.

Et la réglementation européenne, votée par le Parlement Européen en Avril 2004 (et non encore transposée en France), ne prévoit pas l’étiquetage de nourriture OGM pour les animaux ou leurs produits dérivés (laitages, œufs).

Dès 1997, le soja ROUND UP READY est autorisé en Argentine par décret (rédigé par une commission mixte au sein du ministère de l’Agriculture, composée de fonctionnaires et de semenciers). Aucune interdiction, aucun débat sur les OGM n’auront lieu.

Pour MONSANTO qui détient le quasi monopole avec son soja vendu en kit (semence + désherbant), l’opération est un succès : 90 % des fermiers l’adoptent ; en 2002, plus de 50 % des terres arables argentines cultivent du soja OGM ; c’est le 2ème pays au monde, après les USA (63 %) pour les surfaces cultivées d’OGM : 21%. Près de 100 % de la production est pour l’exportation (Europe et Chine).

De 1997 à 2002, le rendement augmente de 173 % ; mais MONSANTO ne peut pas trop s’en vanter : ce résultat est dû au ralentissement de l’usure des sols et surtout à l’augmentation des surfaces cultivées. En pratique, le rendement du soja ROUND UP READY est inférieur de 5 à 6 % au soja classique ; le soja classique capte l’azote de l’air et assure la fertilité du sol, ce que ne fait pas le soja OGM ; dans la même période, le coût d’exploitation augmente de 14%.

Mais pour MONSANTO, l’essentiel est que la grande majorité des agriculteurs exploitent son soja OGM, et la firme va continuer à dérouler sa stratégie.

Stratégie ? sa stratégie pour s’imposer en Amérique du Sud.
MONSANTO n’a eu aucun mal à diffuser son soja OGM aux USA : aucune administration, aucune association de consommateurs ne s’est intéressée aux OGM ; les agriculteurs sont habitués à acheter leurs semences, et la perspective de meilleurs rendements leur a fait choisir les OGM, qu’ils abandonnent et reprennent à leur gré.
Au Canada, MONSANTO a rencontré des difficultés : les agriculteurs sont moins nombreux à acheter des semences OGM ; la firme décide de les imposer par le biais de la contamination de voisinage : les champs non OGM, voisins de champs OGM, et qui finissent par être contaminés , de manière naturelle et inévitable, sont inspectés régulièrement par ses employés qui poursuivent ensuite, pour le paiement des redevances, les agriculteurs mis devant le fait accompli ; l’exemple le plus connu est celui de l’agriculteur Percy SCHMEISER).

Pour continuer son extension, MONSANTO a compris qu’il fallait s’adapter cas par cas.

Or l’Amérique du Sud a des particularités : beaucoup d’exploitations agricoles sont familiales, et la majorité des agriculteurs ne sont pas riches : ils replantent leurs graines d’une année sur l’autre, ils ne pourront pas acheter au prix fort des semences OGM et ne seront pas solvables en cas de poursuites ; un échec dans un pays sud américain fermera les frontières des autres états.
De plus, les plus grand états, comme l’Argentine et le Brésil n’ont pas de droit de brevet, mais un droit d’obtention végétale, plus favorable aux agriculteurs et aux entreprises semencières nationales ; MONSANTO ne peut donc pas déposer de brevet dans ces pays et revendiquer ensuite la propriété intellectuelle du soja OGM argentin ou brésilien.

MONSANTO choisit de faire de l’Argentine son cheval de Troie en Amérique du Sud : c’est le pays qui possède les plus grandes surfaces potentielles d’extension, et ses longues lignes de frontières favoriseront la contamination des autres pays notamment du Brésil.

MONSANTO commence par rendre dépendants les agriculteurs en distribuant gratuitement ses semences, puis en les vendant à des prix très faibles ; la contamination s’étend au Brésil, par échanges entre cultivateurs et dissémination naturelle. Dans le même temps, la firme rachète les semenciers locaux et crée MONSANTO ARGENTINE. L’opération est soigneusement planifiée : le brevet du ROUND UP devient public en 2000, et il faut écarter les futurs concurrents.

Afin de se rendre incontournable, MONSANTO soigne sa popularité lors de la crise argentine de 2001 et la diminution des cours mondiaux du soja en divisant par 2 le prix du ROUND UP.
Mais les problèmes apparaissent : la résistance croissante des mauvaises herbes augmente l’utilisation de ROUND UP ; les sols s’appauvrissent à nouveau ; le « soja spontané », qui a germé à partir de graines perdues et résiste à des doses normales de ROUND UP se répand.

En Janvier 2004, se prévalant du gain total des agriculteurs argentins (5 milliards de dollars), MONSANTO passe à l’étape suivante : la firme suspend sa vente de soja OGM au motif que 50% de semences seraient vendues au marché noir et demande des redevances rétroactives.
Si les agriculteurs sont obligés de payer le prix exigé quand ils veulent continuer dans les semences OGM, en revanche le gouvernement argentin les soutient sur le refus de payer ces redevances rétroactives.

MONSANTO décide alors de déplacer le dossier en Europe (l’Union Européenne reconnaît les brevets sur les gènes, et la firme espère pouvoir y faire des contrôles qui lui permettraient d’exiger des redevances) : en été 2006, MONSANTO engage 8 procédures judiciaires contre des importateurs de soja argentins auprès de juridictions nationales ( Allemagne, Danemark, Espagne, France, Grande Bretagne et Pays Bas) pour faire immobiliser des bateaux venus d’Argentine par les douanes européennes, et entend réclamer 15 dollars par tonne de soja argentin. En Août 2006, la Commission Européenne tranche en faveur de l’Argentine, car le soja argentin n’est pas couvert par un brevet européen. Mais cette décision est inutile, car ce n’est pas l’Union européenne qui est attaquée, mais les importateurs. ; en attendant les réponses des juridictions nationales, les cargaisons sont bloquées et les pertes s’élèvent à plusieurs milliards d’euros, ce qui est déjà un moyen de pression pour MONSANTO.

Au Brésil, MONSANTO procède différemment : si les OGM ne sont pas interdits, ils ne sont pas autorisés non plus : les OGM se sont répandus par contamination de l’Argentine voisine. Les états frontaliers du Rio Grande do Sul et du Parana sont les plus touchés ; rapidement, le gouverneur du Parana organise la résistance aux OGM en leur fermant le port (en utilisant un problème technique :impossibilité de trier les cultures OGM et non OGM avec un unique silo) ; au niveau fédéral, les chiffres de contamination vont de 13 à 50 % selon les sources ; MONSANTO s’est ensuite allié avec la FARSUL (Fédération de l’agriculture patronale) et intéresse financièrement les coopératives à la vente de semences OGM. La firme a également passé un contrat avec l’EMBRASA, l’entreprise publique qui adapte les semences conventionnelles aux différentes situations climatiques du Brésil, pour développer des OGM acclimatés aux conditions brésiliennes ; néanmoins, l’EMBRASA refuse toujours que le résultat des recherches donne lieu à des brevets, afin que les agriculteurs puissent replanter leurs graines.
Contrairement à l’Argentine, le dossier aboutira à une loi : en 2003, les forts taux de contamination des états frontaliers de l’Argentine amènent le gouvernement brésilien, plutôt que de détruire les cultures contaminées et d’indemniser les agriculteurs, à les autoriser exceptionnellement à vendre leurs récoltes. Une loi est aussitôt mise en chantier et en 2005, après un lobbying intense, les OGM sont autorisés, avec l’appui du ministre de l’agriculture, issu de l’industrie agro-alimentaire.
Cette loi entraîne pour les cultivateurs d’OGM l’obligation de payer des redevances à MONSANTO. Afin d’imposer son système de royalties, la firme institue dans les coopératives un contrôle avec un barème d’amendes : si le contrôle est positif, l’amende pour « biopiraterie » est de 2% du montant de la récolte ; si le cultivateur reconnaît avoir cultivé des OGM, et s’il peut apporter la preuve légale d’achats de ses semences OGM, l’amende est abaissée à 1% . La base de ce contrôle est simple : il suffit que la production dépasse le rendement moyen de la région pour être automatiquement classée OGM. La loi ne prévoyant aucun recours contre ces dispositions, de nombreux agriculteurs, par peur de contamination à leur insu, déclarent systématiquement cultiver des OGM.

Paradoxalement, 80 % des consommateurs brésiliens refusent les OGM ; ils sont confortés par la mauvaise résistance du soja OGM aux aléas climatiques (la sécheresse a fait chuter la production de 40 à 70 % dans l’état du Rio Grande Sul, contaminé à 90 %, alors qu’elle a fait chuter celle du Parana de 10 à 15 %).

CONCLUSION :
Conséquences agricoles :
-  la nature OGM de la quasi-totalité de la production rendrait très onéreuse la constitution d’une double filière en Argentine : elle serait de 40 millions de dollars, pour un contrôle à 0,9 % (seuil Union Européenne) ; le soja non OGM est plus cher et pénalise les acheteurs.
-  Au niveau des exportations, l’étanchéité entre les filières ne peut pas être assuré, faute d’équipement. GREENPEACE a bloqué en novembre 2005 une cargaison de soja OGM argentin qui était débarquée dans un port polonais pour être ensuite acheminée dans toute l’Europe, avec des contrôles inexistants. Idem pour une cargaison de soja brésilien à Brest en mai 2006.
-  Les agriculteurs voisins de cultivateurs d’OGM voient leurs cultures détruites par les arrosages de ROUND UP ; on estime à 100 000 le nombre d’exploitations agricoles familiales qui ont disparu en 10 ans.
-  Conséquence sanitaire : contamination de populations et de bétail (maladies, intoxications).
-  Conséquence environnementale : augmentation de la déforestation, pollution des cours d’eau.
-  Augmentation de la dépendance et de l’insécurité alimentaire : les OGM, plus adaptés aux grands espaces, favorisent la monoculture du soja ; les cultures vivrières de base : riz, maïs, pommes de terre, lentilles chutent ; le cheptel argentin stagne pour laisser la place au soja ; la vente du soja pour le bétail étranger entraîne la baisse de vente du bétail argentin.
-  Risque de famine mondiale.


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