"Le libre-échange, au coeur des engagements d’Attac" par Frédéric Viale

mardi 28 novembre 2006

Le combat contre la pensée unique néolibérale qui unit les militants d’Attac dirige nos efforts vers la dénonciation de ce discours, mais aussi vers la formulation de propositions qui formeraient les contours d’un autre monde possible, ou plus modestement les conditions de son avènement. Ce combat passe par l’identification des éléments du discours dominant. Parmi ces éléments cruciaux qu’il nous revient de combattre, et auquel nous devons proposer des alternatives, se trouve le libre-échange.

La notion de libre-échange se place au coeur de la pensée néolibérale, de la pensée en action, car nous voyons bien que les libéraux usent de discours pour agir. Concrètement, il s’agit constamment de faire et de laisser faire la confusion entre liberté (qui est contre la liberté ?), et libéralisme, qui n’est que la liberté des marchés. Nous constatons que la liberté des marchés, la liberté des capitaux et des entreprises transnationales, c’est la dictature, mais encore faut-il parvenir à démystifier cette première imposture, qui commande toutes les autres, afin de pouvoir proposer des alternatives tout en montrant qu’elles sont opérantes.

Déjà, un travail considérable a été effectué par Attac. Ce travail doit être poursuivi et approfondi. Un quatre-pages est paru cette année qui liste les dégâts du libre-échange dans différents pays, et qui esquisse certaines propositions d’alternatives en 7 points. Le Conseil scientifique a pris l’initiative d’organiser plusieurs séminaires de réflexion qui ont permis de préciser un certains nombre de positions et de problèmes. L’Université d’été a organisé des ateliers sur la question, et le Manifeste la traite dès son premier chapitre.

La réflexion est donc largement avancée, nous ne sommes pas sur un terrain vierge. Cette réflexion met au centre la problématique du lien entre les échanges commerciaux internationaux et le développement, pose la thématique de l’inégalité des échanges, des conséquences sociales d’une ouverture débridée pour les travailleurs salariés du Sud et du Nord, des conséquences écologiques et des moyens de lutte articulés autour de propositions concrètes.

Il est possible d’en souligner quelques unes : que les gouvernements retrouvent la capacité de mener des politiques conformes aux intérêts de leurs populations, que les échanges internationaux s’organisent sur des bases nouvelles, notamment celle de la coopération Nord-Sud et de la solidarité entre pays en développement. Dans ce contexte, le quatre-pages d’Attac estime clairement qu’il est essentiel que, "à court terme, Attac prenne l’initiative d’actions visant à l’interdiction des politiques et pratiques les plus choquantes, et s’associe aux luttes existantes".

Quel est le contexte politique ? Relance des accords bilatéraux déjà nombreux ; l’OMC semble au point mort, mais les "régulations intérieures" font l’objet de négociations spécifiques (il s’agit d’encadrer par les règles de l’OMC la capacité des Etats à prendre des réglementations intérieures) ; toujours à l’OMC, des accords se font sur les services entre un petit nombre d’Etats qui peuvent ensuite les reprendre dans des accords bilatéraux ou plurilatéraux (cela concerne l’éducation, la grande distribution, des services financiers entre autres) ; de son côté, l’Union européenne poursuit son offensive néolibérale tous azimuts (PET ou la zone de libre-échange Etats-Unis/ Union européenne et, par ailleurs, directive Bolkestein qui concerne le marché intérieur des services). Dans cette situation, nous devrions réorienter certaines de nos campagnes.

La campagne des collectivités hors AGCS a connu un succès important : plus de 800 collectivités déclarées hors AGCS (dont 20 régions), grâce aux efforts constants et importants des comités locaux qui se sont appropriés la campagne depuis près de 3 ans maintenant, elle aura été l’occasion d’un travail de prise de conscience, d’information, et de diffusion de l’information qui doit être mis au crédit d’Attac. Reprise dans de nombreux pays d’Europe et du monde, elle a maintenant un écho qui dépasse largement le débat français. Elle a donné lieu à une rencontre internationale, la "Convention internationale des Collectivités locales pour la défense et la promotion des services publics" qui s’est tenue à Genève les 28 et 29 octobre dernier. Même si la mobilisation pour cette Convention a été en dessous de nos espoirs, l’existence de ce réseau est une bonne nouvelle, et il faudra faire ce qui est en notre pouvoir pour qu’il prenne l’ampleur qu’il mérite.

Nous devons aller plus loin. Le combat à propos du libre-échange doit en être l’occasion.

Une campagne sur le libre-échange en tant que tel n’aurait aucun impact : abstraite, non centrée sur des enjeux, elle échouerait. Il faut un enjeu perceptible capable de faire travailler des acteurs sociaux différents ensemble, comme la campagne des collectivités hors AGCS a pu réunir militants et élus tout en fixant un objectif clair et atteignable. Trois critères doivent être réunis pour une campagne susceptible de faire évoluer les termes du débat politique général : réunions d’acteurs sociaux, objectifs clairs, objectifs atteignables, avec comme fin de modifier une certaine donne sociale et politique.

5 propositions : cumulatives ou non
1- Participer à une campagne autour de thème : "pas d’importations antisociales - ni anti- environnementales",

ou, pour le dire autrement, refus des importations en provenance de pays ne respectant pas les droits syndicaux (les 5 piliers O.I.T.) et sociaux minimaux ; ou de produits fabriqués dans des conditions peu claires. Cette campagne qui ne prendra sa pleine efficacité qu’en s’articulant avec celle pour des impôts globaux qui est au c ur du projet d’Attac.

2- Promouvoir la Charte de la Havane de 1948

Il s’agit d’un texte proposé par Keynes et prévoyant la mise en place de l’OIC, l’Organisation internationale du commerce, en lien avec les questions de change et traitant de l’inégalité des termes de l’échange d’une manière originale et radicale. Au moment où l’OMC est largement décrédibilisée, ce texte peut être l’occasion de faire des propositions intéressantes, et ainsi d’apparaître positif.

3- Mobiliser contre le PET

Cette mobilisation est souhaitable, car son objectif est atteignable ; politiquement, il couvre une large frange de la population qui, de droite ou de gauche, n’est pas prête à accepter l’américanisation.

4. Promouvoir l’expérience

Nombres d’expériences d’Amériques du Sud, dont de nouveaux accords de coopération entre Etats.

5- S’engager sur les questions des délocalisations.

Ces quelques pistes de travail sont limitées, elles se veulent concrètes et peuvent être mises en place de façon opérationnelle rapidement. Evidemment, il faut pour cela que les tensions actuelles au sein d’Attac s’apaisent. Les élections de décembre devront permettre de clarifier les choses, et je souhaite que les pratiques politiques portées par certains ne soient plus que des souvenirs. Ces propositions concrètes sont aussi le moyen de sortir de notre marasme. C’est par le travail que nous nous sortirons de nos divisions internes, largement artificielles et instrumentalisées par une direction sortante essoufflée et aux projets sans profondeur.

Après tout, ce qui nous réunit, c’est bien ce que nous faisons ensemble. Faisons le pari que nous remettre au travail ensemble permettra de nous réunir à nouveau.

Frédéric Viale

candidat au CA, signataire du texte "pour une Attac démocratique et altermondialiste"


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