Les enjeux internationaux de la présidentielle par Aurélie Trouvé, Jean-Marie Harribey

Dans L’Humanité du 2 mai 2007
vendredi 4 mai 2007

N’est-il pas paradoxal, alors que la mondialisation est au centre de toutes les conversations, que les enjeux internationaux et européens aient été quasiment absents de la campagne électorale ?

Le (la) président(e) de la République participera, dès son élection, à deux événements majeurs. Le prochain G8, en Allemagne, début juin. Et, fin juin, à Bruxelles, le dernier Conseil européen sous la présidence allemande. Le(a) président(e) avalisera-t-il(elle) la déclaration commune, adoptée lors du cinquantenaire de l’Union, qui ignore les peuples d’Europe ?

Pour relever les défis sociaux et écologiques, deux perspectives d’avenir doivent être dessinées. La première est une rupture radicale avec l’ordre néolibéral pour faire échec au processus de marchandisation des activités humaines qui ne peut qu’aggraver le délitement des sociétés et la mise en coupe réglée de la planète.

Car la libéralisation du mouvement des capitaux, qui a donné le coup d’envoi de la mondialisation financière, a entraîné avec elle l’envol des dividendes, l’aggravation des inégalités, la précarisation de l’emploi, le démantèlement des services publics et de la protection sociale, et l’accélération des dégradations écologiques. L’Accord général sur le commerce des services (AGCS) et l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle liés au commerce (ADPIC), négociés au sein de l’OMC, sont des machines de guerre contre les services publics et la libre circulation des connaissances, et tendent à interdire toute protection face au dumping social, au dumping fiscal et aux risques sanitaires.

L’urgence commande que les pays pauvres préservent leur souveraineté alimentaire, rendue de plus en plus difficile par les politiques de subventions des pays riches à leurs propres exportations agricoles, et qui serait irrémédiablement condamnée si les plantes génétiquement modifiées se répandaient. Il devient vital également que soient déclarées inaliénables l’eau, le vivant et toutes les ressources épuisables, ainsi que les connaissances sur lesquelles ne doit peser aucun brevet qui en rendrait l’utilisation impossible par les pays pauvres, déjà accablés par une dette que personne ne se résout à annuler véritablement.

La seconde perspective est d’esquisser une régulation mondiale démocratique des grandes questions qui concernent l’ensemble de l’humanité. Le contrôle des citoyens doit faire irruption dans la reconstruction de la démocratie de bas en haut : en bas, en inventant des structures de délibération et de décision où pouvoirs et contre-pouvoirs s’affrontent et aussi se complètent ; en haut, en ébauchant la régulation mondiale qui deviendra de plus en plus nécessaire pour gérer la globalité du monde. Aux règles imposées par les marchés financiers, nous opposons une régulation par les droits humains qui doivent l’emporter sur le droit de la concurrence et le profit. Sait-on par exemple que beaucoup de conventions de l’OIT ne sont pas seulement bafouées dans les pays « à bas salaires », mais aussi dans les pays riches, dont la France qui, avec son contrat nouvel embauche, contrevient à la convention n° 158, et où un discours convenu sur la « valeur travail » est tenu par les démolisseurs du travail et des droits sociaux ?

Puisque la libéralisation du mouvement des capitaux a déterminé la mondialisation actuelle, il faut instaurer, et cela dès l’échelon européen, des taxes sur toutes les transactions financières et un impôt unique sur les bénéfices des entreprises multinationales. Il n’y aura en effet pas de protection des biens communs de l’humanité, notamment le climat, sans fiscalité internationale.

Comme l’Union européenne s’est inscrite dans le modèle néolibéral mondial, seize Attac d’Europe viennent de signer une déclaration intitulée « Vers une refondation de l’Union européenne : Les 10 principes d’Attac pour un traité démocratique ». Celle-ci propose qu’une assemblée soit élue par les citoyens afin d’élaborer un nouveau traité démocratique pour l’UE, qui sera ensuite soumis à un référendum dans tous les pays. L’Europe doit être rebâtie sur une double légitimité, l’une conférée par les citoyens européens qui construiraient, par leur intervention, l’espace de souveraineté qui fait défaut aujourd’hui, l’autre provenant des peuples qui s’incarnent dans des États-nations. Ces derniers ne disparaîtront pas car ils demeurent des lieux de régulation démocratique proches, alors que les tenants de la mondialisation néolibérale ne les conçoivent que comme des agents d’exécution des ordres du marché. Tel est le sens aussi du Manifeste altermondialiste qu’Attac vient de publier : l’Europe doit être au service du droit et de la paix et non se comporter en puissance agressive gérant au mieux les intérêts d’une minorité privilégiée.


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