ÉVOLUTION GLOBALE ET ALTERMONDIALISME par Gustave Massiah

jeudi 25 octobre 2007

Quelques jours avant la réunion du Conseil international du Forum social mondial, qui se tiendra le 28 octobre à Belem, au Brésil, nous vous communiquons une contribution « Evolution globale et altermondialisation » de Gustave Massiah.

Gustave Massiah est Président du CRID, lequel est membre fondateur d’Attac.
Il représentera Attac à Belem

L’évolution globale

Trois grandes questions déterminent l’évolution de la situation à l’échelle mondiale et marquent les différents niveaux de la transformation sociale (mondiale, par grande région, nationale et locale). Je partirai de l’hypothèse que nous sommes confrontés à une triple crise, la crise de l’hégémonie des Etats-Unis et la crise du néolibéralisme. Il faut y rajouter la crise écologique mondiale qui est devenue patente.

La crise écologique est ouverte. La prise de conscience des limites de l’écosystème planétaire et de la négation des droits des générations futures semble avoir beaucoup progressé. Elle accompagne l’émergence du mouvement altermondialiste depuis la Conférence de Rio en 1992. Malgré des déclarations de façade et une forte activité internationale, elle ne met pas encore en danger le mode de production capitaliste dans sa forme productiviste. Les conséquences du productivisme dans la liaison entre la dimension écologique avec les dimensions sociales, démocratiques et des inégalités entre les pays partagent les courants écologistes et se répercutent dans les alliances entre les mouvements sociaux et citoyens. C’est une des questions majeures de l’avenir du mouvement altermondialiste.

L’hypothèse de la crise du néolibéralisme mérite discussion. La phase néolibérale de la mondialisation est en crise, et il y a des possibilités pour qu’une nouvelle phase puisse s’ouvrir ; cette nouvelle phase n’est pas prédéterminée. Le néolibéralisme est une phase de la mondialisation capitaliste, elle n’en est pas l’achèvement et il n’y a pas de scénario stable néo-libéral de long terme. La phase néo-libérale serait donc une transition qui a commencé à la fin des années 1970. Elle correspond à une liaison intime entre une option économique et sociale, la régulation par le marché mondial des capitaux, et une option politique conservatrice. Madame Thatcher a autant préconisé des politiques néo-libérales pour casser les syndicats britanniques que voulu casser les syndicats pour imposer le modèle néo-libéral. De 1980 à aujourd’hui, nous assistons au renforcement du modèle néo-conservateur. De 1980 à 1989, c’est la période de l’expérimentation et de la montée en puissance, à partir de 1989, nous sommes dans la revanche sociale des couches dirigeantes qui avaient dû accepter les compromis keynésiens et qui relèvent la tête. En 1995, commence à se consolider et s’organiser un mouvement anti-systémique, le mouvement altermondialiste. En 2001, les attentats de New York accélèrent le virage néo-conservateur.

La crise du néolibéralisme, du point de vue idéologique, est fortement liée à la montée en puissance de l’altermondialisme qui a aiguisé les contradictions internes au système. Le refus de la fatalité exprimé par « un autre monde est possible » remet en cause les offensives idéologiques qui suivent la chute du mur de Berlin en 1989 , celles de « la fin de l’Histoire » et de « la guerre des civilisations ». La crise du néolibéralisme ne signifie aucunement sa disparition inéluctable. Plusieurs scénarios sont possibles à moyen terme : un néolibéralisme conforté, une dominante néoconservatrice, une variante néokeynésienne. Une issue altermondialiste est très peu probable à moyen terme, les conditions politiques étant loin d’être remplies ; mais le renforcement du mouvement altermondialiste pèsera sur les issues possibles.

La situation économique des trois prochaines années introduit des incertitudes. L’économie mondiale est tirée par les économies asiatiques, principalement chinoise, mais elle reste dépendante des fragilités de l’économie chinoise et des déséquilibres avec l’économie des Etats-Unis. L’économie des Etats-Unis est confrontée à une très probable récession. Le déficit des Etats-Unis est financé par les pays du Sud, les banques asiatiques et les pétroliers. La crise du crédit qui frappe les couches les plus pauvres commence à s’étendre aux couches moyennes ; le crédit immobilier explose. Les autorités monétaires ont recréé une bulle monétaire ; elle sera plus difficile à réduire par une récession modérée comme en 2002/2003. Peut-on prévoir quand la bulle va éclater ? La présidence Bush va tenter de la laisser en héritage à ses successeurs. Les démocrates, s’ils l’emportent auront tendance à commencer par une crise au début de leur mandat pour bénéficier d’un redressement pour les élections suivantes. Les Etats-Unis et l’Europe subiront la crise. Les pays émergents peuvent être tentés de ne pas tout miser sur les exportations et de réduire les excédents qui financent le déficit budgétaire du Nord. Ils peuvent choisir un développement plus tourné vers leurs marchés intérieurs en recherchant l’alliance avec les classes moyennes et une stabilisation de leurs classes ouvrières. A partir de fin 2008, le choix sera ouvert dans l’économie mondiale entre une hypothèse inflationniste ou la récession.

La crise de l’hégémonie états-unienne s’approfondit rapidement. Il y a trois ans, Immanuel Wallerstein dans un article marquant avançait que les Etats-Unis, même s’ils restaient dominants, avaient perdu l’hégémonie idéologique, l’hégémonie économique, l’hégémonie politique. Il leur restait l’hégémonie militaire qu’ils comptaient bien utiliser. L’évolution de la guerre en Irak, en fragilisant l’hégémonie militaire, renforce cette tendance. Plus les Etats-Unis s’enlisent, plus ils sont tentés par la surenchère et tentent la fuite en avant dans la déstabilisation générale par la guerre sans fin. Wallerstein précisait aussi que la force des Etats-Unis est de capitaliser sur leur faiblesse ; ils restent la seule superpuissance fonctionnelle et les autres, UE, Russie, Chine, etc. ne peuvent pas s’en désintéresser car les conséquences pour eux seraient beaucoup plus grave. Il faut insister sur la différence entre hégémonie et domination et sur la réussite de certaines offensives ; par exemple, la capacité d’imposer, dans le débat mondial, la prétendue guerre des civilisations qui sert de fondement idéologique à la domination militaire et aux politiques sécuritaires qui alimentent le racisme sous toutes ses formes. La lutte contre la prétendue guerre des civilisations et la très réelle guerre sans fin constituent une des priorités du mouvement altermondialiste.

Les Etats-Unis restent la superpuissance dominante mais doivent faire face à une remise en cause grandissante. Cette situation a des conséquences importantes sur le système international. La crise de l’hégémonie empêche la consolidation du cadre institutionnel du néolibéralisme, remet en cause le multilatéralisme et affaiblit les institutions internationales. La Banque Mondiale est confrontée à une perte de crédibilité que la nomination de Wolfowicz à sa tête a accentuée. Le FMI, affaibli par les remboursements anticipés, se trouve au bord de la faillite et en perte de vitesse. L’OMC, si elle continue de représenter une référence et une cohérence, est affaiblie par les accords bilatéraux. Il s’agit de renforcer la contestation des institutions financières et commerciales qui sont des maillons faibles du système international. La contestation de ces institutions doit mettre l’accent sur notre conception du multilatéralisme, la régulation publique du système international, les institutions financières internationales que nous préconisons.

Les grandes entreprises multinationales restent des acteurs majeurs de l’économie mondiale. Elles n’ont toujours pas la capacité de diriger directement le monde et doivent passer par les gouvernements et les institutions internationales. La crise du néolibéralisme se traduit dans des hésitations et une certaine confusion du front des acteurs économiques. L ’affichage est toujours dans la réaffirmation du consensus de Washington et de l’ajustement structurel, mais la confiance faiblit. Davos commence à rejoindre la Trilatérale dans un passé brumeux. Le G8 tient lieu d’espace de règlements des contradictions entre des puissances dominantes qui sont toujours craintes mais qui suscitent plus de méfiance que d’adhésion. D’autant que le recours militaire s’enlise et que l’OTAN est décriée. Les Nations Unies sont toujours contestées mais ne sont pas liquidées. Le droit international est le siège d’un affrontement essentiel entre le droit des affaires et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Le mouvement altermondialiste devrait accentuer sa contestation du G8 et de l’OTAN et réaffirmer sa revendication d’une réforme radicale des Nations Unies mettant en avant la primauté du droit international fondé sur la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

L’évolution des grandes régions se différencie, d’autant que les réponses de chaque région à la crise de l’hégémonie américaine sont différentes. Cette configuration définit les lignes de force d’une carte géopolitique multipolaire. Nous ne sommes plus dans la période de la décolonisation et de la convergence anti-impérialiste. En Asie du Sud, notamment en Chine et en Inde, c’est par la compétition économique que se fait la réponse à la crise de l’hégémonie américaine. Il ne s’agit pas d’une réponse anticapitaliste ou même anti-libérale, mais elle est anti-hégémonique. La situation est complexe, la Chine notamment est concurrente des Etats-Unis mais elle en a aussi besoin. Au Moyen Orient, la réponse passe par la remise en cause des options militaires dans l’accès aux ressources énergétiques et par les guerres à travers toutes leurs variantes. Les Etats-Unis peuvent encore modifier, calibrer leur intervention militaire, comme le suggère le dit plan Baker-Hamilton. Ils peuvent rester hégémoniques tout en changeant la tactique de leur intervention. La troisième réponse est celle de l’Amérique latine ; elle correspond à l’émergence d’un mouvement continental « civique » qui est une phase de démocratisation et de construction de régimes qui rejettent l’hégémonie américaine. L’Afrique est encore paralysée par les guerres, les conflits, les régimes imposés et les influences concurrentes ; le mouvement social africain commence à se dégager et à s’affirmer. L’Europe et le Japon sont englués dans leur alliance stratégique avec les Etats-Unis qui se répercute dans les contradictions internes des situations nationales. Le réseau Alter-Inter a été construit de manière à regrouper des acteurs non-gouvernementaux ancrés dans les régions stratégiques.

La crise de l’hégémonie états-unienne libère, dans chaque grande région, la concurrence entre les puissances régionales qui entendent construire leur zone d’influence. Ainsi du conflit entre l’Inde et le Pakistan pour l’Asie, des affrontements entre Israël, l’Iran, la Turquie et l’Arabie Saoudite au moyen Orient. La nouvelle course au nucléaire militaire en découle directement ; comme la précédente avait marqué l’équilibre de l’après-guerre et l’accès aux sièges permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Le refus d’envisager un désarmement nucléaire généralisé rend peu crédible la capacité des puissances nucléaires à en empêcher l’accès par le droit international. Cette concurrence pour le statut de puissance régionale exacerbe les conflits internes et la manipulation des recours à l’ethnicisme, au tribalisme comme instruments de gestion politique par les couches dirigeantes dans chaque pays et chaque région. Elle pose, en fonction des situations, la très difficile question des rapports entre les mouvements sociaux et citoyens et les mouvements « islamistes ». La lutte contre la guerre est aussi une lutte pour la paix et contre les discriminations, pour la prévention et le règlement des conflits. De même que la transformation sociale est inséparable de la reconstruction dans les périodes post-conflits.
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suite du du texte sur le site d’Attac France


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