Le Forum de Davos attise l’incendie planétaire

mardi 28 janvier 2020

Pour ses 50 ans, le Forum économique mondial réuni à Davos publie un manifeste qui glorifie le rôle des entreprises multinationales en les dédouanant de toute responsabilité historique dans l’aggravation du réchauffement climatique, la montée des inégalités ou l’évasion fiscale généralisée.

Pour mettre en lumière ces responsabilités, Attac France, en partenariat avec l’Observatoire des multinationales, publie au contraire une note inédite qui révèle notamment qu’entre le 1er janvier 2020 et l’ouverture du Forum de Davos, les patrons du CAC 40 ont déjà empoché huit fois ce qu’un salarié français gagne en moyenne pendant toute une année.

Pendant que les Bourses flambent, la planète brûle. Ainsi pourrait-on résumer l’année 2019 qui a vu les principaux indices boursiers (CAC 40, DAX 30, Dow Jones, Nasdaq, S&P-500, etc) battre des records, tout comme les profits et dividendes versés par les multinationales, alors qu’aux quatre coins de la planète, la planète a littéralement brûlé : Sibérie, Brésil, Australie. Dans le même temps, les inégalités ne cessent de s’accroître : en 1971, lors de la première rencontre à Davos, les inégalités de revenus dans les pays riches allaient de 1 à 20. Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, elles sont de l’ordre de 1 à 400.

Même à Davos, qui incarne ce grand cirque de la mondialisation et des inégalités, cela commence à poser problème. La classe de Davos place en effet la crise écologique en tête du top 5 de ses préoccupations pour les dix prochaines années dans le très lucide rapport sur les risques globaux publié en amont de la rencontre [1] : phénomènes météorologiques extrêmes, échec des politiques climatiques, catastrophes naturelles, perte de biodiversité et dégâts environnementaux causés par l’homme. Tout en continuant à voir des risques importants dans les tensions géopolitiques et sociales.

A cette lucidité devrait correspondre des décisions courageuses et visionnaires. C’est dans les moments difficiles qu’on attend de celles et ceux qui se présentent comme les élites capables de résoudre les défis auxquels l’humanité est confrontée qu’ils se montrent à la hauteur des enjeux. Il n’en est rien. Le Forum économique mondial entend pourtant faire illusion, pour ses 50 ans, avec la publication d’un nouveau “manifeste” [2].

Ce manifeste, au demeurant peu convaincant, n’a qu’une seule fonction : tenter de disculper les entreprises multinationales et le monde de la finance de leurs responsabilités face aux désastres actuels et essayer de les présenter, aux yeux du grand public, comme légitimes pour résoudre les problèmes et réparer les dommages qu’elles ont elles-même causés. Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, vient pourtant de reconnaître publiquement [3] ce qui apparaît clairement aux yeux de tous : les actionnaires de ces multinationales veulent d’abord sécuriser leurs dividendes avant toute autre considération d’ordre écologique, sociale ou démocratique.

La classe de Davos a toujours été claire à ce sujet : défendre, coûte que coûte, la mondialisation néolibérale, l’expansion du commerce mondial, la financiarisation de l’économie et la croissance mondiale. Il en va de sa survie et de son pouvoir mondial. En 2014, Klaus Schwab, l’organisateur de Davos, estimait à raison que la gravité de la situation mondiale, déjà étayée par un rapport alarmant, « est le résultat d’un échec collectif face à la façon de gérer les conséquences de la mondialisation ». Cet aveu d’échec n’a été suivi d’aucun changement. Il nous offre par contre un instant de lucidité : les propositions issues de Davos ne peuvent résoudre les crises que les oligarchies n’ont cessé d’aggraver.

Il y a tout juste 20 ans, le mouvement altermondialiste bloquait le sommet de l’OMC à Seattle (novembre 1999) avant de tenir les premiers forums sociaux mondiaux (Porto Alegre, janvier 2001) sur la base d’une triple exigence : désarmer le pouvoir des marchés financiers, du commerce international et des entreprises multinationales au nom de la lutte contre les inégalités, la protection de l’environnement et la démocratisation des institutions internationales. On constate que ces exigences n’ont cessé de gagner du terrain dans l’opinion publique mondiale, mais en 20 ans, la classe de Davos n’a cessé de faire empirer la situation.


https://france.attac.org/nos-publications/notes-et-rapports/article/note-d-analyse-le-forum-de-davos-attise-l-incendie-planetaire


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