Commerce international, lobbies d’affaires et projet politique européen : une conversation avec Pierre Defraigne

vendredi 24 avril 2015

April 22nd 2015

Pierre Defraigne est un personnage intéressant à rencontrer en cette période de négociations commerciales transatlantiques.

Ancien directeur de cabinet d’Etienne Davignon puis de Pascal Lamy, deux commissaires importants l’un dans les années 80 et l’autre dans les années 2000, et ex-directeur aux relations Nord-Sud puis Directeur général adjoint de la Direction Générale au Commerce de la Commission Européenne, professeur d’économie hier à l’Université de Louvain et aujourd’hui au Collège d’Europe, et à Sciences-po Paris, il dirige actuellement la fondation Madariaga (1), un think-tank très étroitement lié au Collège d’Europe de Bruges.

Intrigués par ses prises de position vigoureuses contre le TTIP, nous l’avions rencontré en décembre 2014 pour un échange informel et ouvert sur cette question, mais aussi plus largement sur l’état du projet européen et l’impact du lobbying des entreprises à Bruxelles. Ce premier entretien nous avait donné envie de revenir avec un micro et des questions plus précises pour une seconde conversation, début janvier 2015, dont voici le compte rendu.
(1)[ La Fondation Madariaga-Collège d’ Europe est principalement financée par le Collège d’Europe, ainsi que par la Fondation américaine C.S. Mott. Elle organise des séminaires et conférences sur les relations EU-Chine avec une contribution de la Mission chinoise auprès de l’Union Européenne.

CEO : M. Defraigne, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Mon intérêt principal est la gouvernance de l’Eurozone comme étape vers un modèle européen commun. Du coup, je m’intéresse à la dimension géopolitique de l’Europe, car je crois qu’on ne peut pas séparer le modèle de la puissance. Par ailleurs j’ai un intérêt très vif pour la Chine, qui je crois est la vraie raison de faire l’Europe aujourd’hui.
CEO : C’est-à-dire ?
Le fait nouveau du 21ème siècle, c’est le changement des rapports économiques et géopolitiques avec l’Asie, principalement la Chine et peut-être un jour l’Inde. Ce qui met fin à deux siècles d’hégémonie occidentale, d’abord principalement européenne et puis principalement nord-américaine.
La première question est vraiment de savoir si on va vers un monde multipolaire ou si on veut reconstituer une bipolarité comme du temps de la guerre froide. La deuxième question est celle de la gestion d’un monde multipolaire : soit principalement par le droit, à travers le multilatéralisme, soit principalement par le rapport de forces, à travers un équilibre stratégique.
Pour moi, la Chine est l’enjeu majeur. D’abord la Chine a un modèle différent du nôtre, mais qui s’avère très fructueux en termes de croissance et de développement. De plus, la montée de la Chine, et la convergence Nord-Sud qu’elle constitue et amplifie, posent le problème de la course aux ressources et de la dégradation du climat. C’est bien le fait majeur de notre temps.
Un second fait majeur de notre temps pourrait être l’intégration politique de l’Europe. L’intégration économique de l’Europe ne signifie pas grand chose. C’est le passage à une Europe politique qui fera la différence. Pour le moment, l’Europe est simplement une super union douanière et monétaire, un espace économique où entreprises et Etats sont mis en compétition.

CEO : Vous pensez donc que le projet Européen n’a pas encore atteint le stade politique.


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