Contrer l’hégémonie globale du système financier, un examen stratégique

dimanche 19 juin 2016

Alain Joxe

Directeur d’études honoraire à l’école des hautes études en sciences sociales.

Pour définir une nouvelle politique étrangère, qui s’adapterait au combat d’une gauche contemporaine contre le secteur financier, il convient de donner aux événements qui
balisent la déchéance de la souveraineté socio-économique de l’Europe une définition gramscienne. Il s’agit de contourner la supériorité hégémonique actuelle du système financier sur le système économique et militaire pour le maîtriser dans les nouvelles relations de classes qui poussent au retour au xixe siècle. L’état, même républicain, depuis la chute de Louis Philippe, était dénoncé en 1849 par Victor Hugo comme le gestionnaire criminel d’une montée de la misère : une violence et un meurtre lent des familles et des enfants du peuple, par la faim et l’insalubrité des taudis ignobles réservés aux misérables. Il réclamait alors que des lois républicaines mettent fin à la misère dans des termes absolument radicaux (1).
Le NON français au référendum de mai 2005 sur la Constitution de l’Union Européenne est toujours valable et la manière dont il a été contourné s’apparente à un coup d’état. La situation actuelle de la politique intérieure française dépend étroitement de cet événement datant seulement de onze ans. Pour que les principes politiques et sociaux de la gauche française virtuelle ne sombrent pas dans l’irréalisme, il fallait aussi une alliance à l’échelle de l’Europe et sans doute une fédération des gauches européennes. Tout cela a été habilement contourné par une manœuvre habile du système financier et idéologique global.
Dans les luttes sociales globalisées, les bases de l’hégémonie ne reposent plus directement sur la puissance militaire et économique des pays les plus importants du système international. On est dans le triomphe absolu de la communication néolibérale et néodarwinienne, accompagnée de quelque vingt petits massacres de masse, dont cinq ou six au Moyen-Orient, sous-traités normalement à des états locaux. Les actes militaires des états-Unis semblent finir tous par des défaites locales, sauf si l’on considère que les guerres d’Irak, malgré les discours, ont été victorieuses du point de vue néolibéral, car le seul objectif précieux était la destruction exemplaire d’un état-nation ayant réussi une transition vers l’indépendance et la modernité à partir du pétrole nationalisé.
La conjoncture particulière actuelle, dominée par les massacres du Moyen-Orient, s’oppose à une définition « de gauche » immédiatement valable pour la « politique étrangère » d’une nation européenne. Je pense qu’il faut s’interdire de choisir entre Assad et Daech pour désigner l’ennemi principal. On ne peut pas accepter de soutenir Assad et Poutine comme alliés en charge de restaurer une souveraineté syrienne ; il ne faut pas devoir choisir entre Poutine et Obama pour soutenir un « camp » impérial plutôt qu’un autre. La Turquie nous propose elle-même un choix binaire « turc/kurde » et unautre« islamisme/kemalisme »,lesdeuxnesontpasdespolarités droite/gauche nettes. Kemalistes et Kurdes ne peuvent pas s’allier, en tout cas actuellement, contre islam. Il y a donc trois camps. Que faire ?
Ce qui devrait régir tout choix de gauche, au Moyen-Orient, tout au long de la guerre de Syrie et de la négociation de paix amorcée, c’est que rien ne doit être basé par réalisme sur l’oubli du danger de 3e Guerre mondiale ni sur l’oubli de la défense des droits de l’homme.
Danger de troisième guerre mondiale

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