Et maintenant ? De la résilience à la résistance

jeudi 7 mai 2020

Par Alain Bertho, anthropologue et professeur à l’université Paris-8

5 mai 2020
- Mediapart.fr

L’incertitude sanitaire va durer. La crise sociale va être dévastatrice. Celles et ceux qui se sont mobilisés en 2019, et avant, sont celles et ceux qui ont permis au pays de tenir malgré un pouvoir aussi incompétent que méprisant. En France, comme ailleurs, celui-ci veut sonner l’heure de l’obéissance. Une bataille politique majeure commence. Elle sera féroce. Parce qu’ils ont peur.
« Tout est prêt pour un déconfinement le 11 mai, il ne reste qu’à fixer la date » s’amusent les internautes. Chaque jour qui passe, chaque déclaration gouvernementale confirment que la période qui s’ouvre est plus incertaine encore que celle dont nous espérons la fin. Nous avons vécu dans la peur du virus. Nous avons vécu dans la sidération devant l’amateurisme gouvernemental. Beaucoup ont vécu sous la pression de la précarité alimentaire. Ni la peur, ni la sidération, ni la précarité ne vont disparaître.
Nous nous étions demandé quand cela finirait. Bientôt sans doute. Les chinois avaient mis six semaines. Les italiens avaient 10 jours d’avance. Puis le doute s’est installé. Le bafouillage gouvernemental, les découvertes sinistres sur ce virus qui finalement attaque peut-être aussi le cœur et le cerveau, qui est peut- être récidivant, qui est peut-être transmissible aux animaux. La recherche clinique sur des remèdes possibles piétine dans la cacophonie et la course au brevet.
La question est alors devenue comment cela pouvait bien finir. Puis si ça allait finir. Puis enfin, tout simplement, qu’est-ce qui va arriver dans deux mois, dans deux semaines. Comme Slavoj Zizek nous commençons à penser « qu’il nous faudra désormais apprendre à mener une existence plus fragile, menacée ». A « vivre avec l’incertitude » ajoute Edgar Morin.
A mesure que grossit l’incertitude, le gouvernement affiche une détermination de plus en plus autoritaire. Ceux-là mêmes qui ont interdit de se promener sur les plage ou de sortir à deux, veulent nous obliger à mettre les enfants à l’école malgré l’avis du Conseil scientifique et à prendre massivement les transports en commun malgré les alertes lancées par la SNCF comme par la RATP. Notre inquiétude va maintenant se heurter aux certitudes économiques et sécuritaires des pouvoirs prêts à relancer la machine dans la discipline. Nous allons passer très vite de la résilience à la résistance.
Un temps de déconfinement incertain
La fin du confinement, si souvent espérée, si attendue, est devenue une perspective inquiétante. La libération se transforme en menace diffuse. Est-ce raisonnable d’envoyer les enfants à l’école alors qu’ils peuvent être un vecteur d’épidémie et les cibles de nouvelles formes d’infection cardiaque ? Est-ce envisageable de retourner au restaurant quand on connait les dangers des espaces confinés et de la climatisation ? Comment ferons-nous pour réguler la sécurité sanitaire dans des transports bondés ? Allons-nous tout désinfecter chez nous à chaque passage de nos petits enfants ? L’insécurité s’est installée et aucun pouvoir ne peut nous en protéger. Comme s’il « n’y avait plus d’après », comme chantait Guy Béart.


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