La Grèce tragique et ottomane expliquée à l’Allemagne luthérienne

jeudi 16 juillet 2015

Sophia Mappa | Historienne, sociologue,science po

Le rigorisme économique d’Angela Merkel, incompréhensible aux yeux d’un Grec, est solidement enraciné dans la culture protestante du XVIe siècle.

Celle que Max Weber a si bien analysé dans « L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme ».

C’est la culture de la rigueur morale et de l’obéissance de l’individu à la loi divine, piétinée, aux yeux de Luther et de ses adeptes, par la corruption de l’Eglise romaine.

C’est aussi la culture de la glorification du travail comme moyen d’obtenir le salut. Celle qui a érigé l’action inlassable de l’homme sur la nature (et sur les hommes) pour créer des richesses en une nouvelle transcendance, et a fait de la frugalité une norme de conduite morale pour les individus.

Le capitalisme – si vigoureux en Allemagne encore aujourd’hui alors qu’il décline dans beaucoup de pays occidentaux –, la discipline farouche de la société allemande au travail et son obéissance à la loi civile, qui contrastent avec leur affaiblissement chez ses voisins européens, sont solidement enracinés dans cette révolution culturelle que fut le protestantisme.

Il a été nourri lui-même des idées nouvelles nées dans tous les autres pays européens de l’Ouest et du Nord, à partir de la Renaissance : l’Italie, la France, l’Angleterre… Idées qui doivent beaucoup à la pensée de la cité grecque et ont présidé à la construction des Etats-nation modernes.

Punir l’hérétique plutôt que sortir de la crise

La culture allemande, si proche mais aussi différente des cultures latines de l’Europe, a donné à l’humanité beaucoup de grandeurs mais aussi beaucoup de misères.

Pour rester polie, disons seulement que l’intolérance aux autres cultures et le désir de les domestiquer, de les faire rentrer dans son moule à elle, n’est pas la moindre. La politique d’Angela Merkel est l’un de ses avatars. Au fond, sa préoccupation semble être davantage la punition des hérétiques que la sortie de la crise.

La société grecque, elle, est enracinée dans une autre histoire, celle des empires, byzantin et ottoman. Aussi inaudible que ça puisse être pour les admirateurs du miracle athénien, l’actuel espace grec n’a historiquement participé ni à la Renaissance, ni aux Lumières, ni à la construction des nations modernes, ni à celle du capitalisme.

Les quelques individus qui ont voulu rattacher cet espace à la culture latine, déjà depuis Byzance, ont été excommuniés par le patriarcat grec, et en tout cas n’ont pas trouvé d’écho significatif auprès de la société.

L’Etat grec, mis en place, au début du XIXe siècle, n’a pas été issu de la volonté des communautés qui l’habitaient. Comme dans les pays colonisés, l’appareil d’Etat, les constitutions, les rois, les politiques, et leur financement, ont été fournis dès le départ par les chancelleries européennes.

Des réflexes acquis sous l’empire ottoman


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