Minsky, l’économiste qui pensa l’instabilité économique

mercredi 15 juin 2016

12 JUIN 2016 | PAR MARTINE ORANGE, Entretien Médiapart

Au moment où la prévention des crises est devenue une préoccupation mondiale, l’institut Veblen publie la traduction française de l’ouvrage de référence de l’économiste Hyman Minsky, Stabiliser une économie instable. Décryptage, avec l’économiste Aurore Lalucq, de la pensée de ce postkeynésien oublié et pourtant prisé des courants de pensée proches du candidat Bernie Sanders.

« C’est le moment Minsky. » La référence a fleuri dans les journaux et les essais au début de la crise financière de 2008, puis a disparu. L’économiste américain Hyman Minsky (1919-1996) n’est pas une référence dans la pensée économique, européenne au moins. Il n’est pas dans l’air du temps : ses travaux s’inscrivent dans la mouvance postkeynésienne, abordent les problèmes macroéconomiques et parlent beaucoup du rôle de la finance dans les crises.

Au moment où l’instabilité économique est devenue une préoccupation mondiale, l’institut Veblen publie, dans le cadre de sa collection sur les grands textes économiques, la traduction française de l’ouvrage de référence – parfois aride – de Hyman Minsky, Stabiliser une économie instable. Entretien avec Aurore Lalucq, économiste à l’Institut Verblen.

Pourquoi parler de Minsky aujourd’hui ?

Aurore Lalucq. Pour tellement de raisons ! En premier lieu, pour éviter la prochaine crise et tirer enfin les leçons de celle de 2007-2008. Minsky, c’est le grand penseur des crises, celui qui considère que l’économie capitaliste est intrinsèquement instable, c’est-à-dire qu’elle génère elle-même ses propres crises. Durant toute sa carrière, il s’est évertué à comprendre comment et pourquoi les crises survenaient et à adresser des recommandations sur la façon de protéger notre économie et surtout nos sociétés.

C’est l’un des rares économistes à avoir intégré la finance dans son analyse économique. Car aussi aberrant que cela puisse paraître, les modélisations macroéconomiques utilisées par les décideurs et les économistes ne prennent pas en compte la finance… Minsky, lui, comme d’autres économistes hétérodoxes, avait intégré cette donnée essentielle.

Lors de la crise des subprimes, c’est donc assez logiquement – presque miraculeusement pour cet économiste qui n’avait jamais été considéré de son vivant – que le nom de Minsky est réapparu. Mais cela est resté sans suite. Rien de ce qu’il proposait n’a été intégré aux réformes bancaires et financières post-crise, ni à la politique macroéconomique.

Au-delà de la régulation bancaire et financière, Minsky est un auteur hétérodoxe essentiel. La diversité de ses trois maîtres à penser – John M. Keynes, Joseph Schumpeter et Wassily Leontief – lui a permis de développer une pensée étonnante, stimulante, toujours à contre-courant et de ne pas abandonner les grandes questions macroéconomiques, qui ne sont quasiment plus débattues par les économistes et les décideurs.

Minsky, de son vivant, n’a jamais été assez écouté. Au moment où le néolibéralisme est en train de conquérir les esprits et le monde, lui continue de travailler dans le sillage de la pensée keynésienne. Stabiliser une économie instable est publié alors que Wall Street triomphe, au moment où l’argent l’emporte sur tout. Le discours de Minsky visant à pointer du doigt les risques en raison des comportements des acteurs financiers, le besoin de contrôler les marchés financiers pour limiter les facteurs d’instabilité, était inaudible à cette époque. Il a forcément perdu la bataille des idées face aux monétaristes.

Stabiliser une économie instable est considéré comme l’aboutissement des travaux de Minsky. Il y développe une vision d’un monde condamné à aller de crise en crise. En quoi ses théories peuvent-elles nous aider à comprendre le monde actuel ?


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