"LETTRE OUVERTE À ALEXIS TSIPRAS ET SON GOUVERNEMENT » du SQUAT "NIKIS" de THESSALONIQUE.

lundi 8 août 2016

Pendant de nombreuses années, « Nikis » était un centre social bien connu sur la promenade du centre-ville de Thessalonique . Pour beaucoup de militants, il a été un lieu actif de solidarité en période de crise sciale générale. Au cours des derniers mois, les organisateurs y ont accueilli des réfugiés.

« LETTRE OUVERTE À ALEXIS TSIPRAS ET À SON GOUVERNEMENT :

A l’aube du 27 Juillet, vous et votre gouvernement avez fait envahir trois squats qui accueillaient des réfugiés et des migrants à Thessalonique. Dans le même temps vous avez arrêté 75 solidaires grecs et européens, tandis que vous avez envoyé les réfugiés ainsi expulsés dans des "camps d’hébergement", dont certains ne les ont pas acceptés parce qu’ils étaient déjà trop bondés. Ainsi, vous avez finalement laissé en plan les réfugiés, sans aucune solution ni abri.
Parce que les squats « Orfanotrofeio » (Orphelinat) et "Hurriya" ont leur propre voix politique, et que nous ne voulons pas nous soustraire à eux, nous nous adressons à vous en tant que squat "Leoforos Nikis 39", pour vous rappeler certains faits établis, que vous connaissez déjà.
Le squat "Leoforos Nikis 39" est né lors de la révolte de Décembre 2008 et il a été le premier squat abritant des gens issus de ce mouvement politique, déjà en proie à de réels problèmes de logement. Dans ce cadre, il revendiquait, en s’installant dans un bâtiment abandonné, de pouvoir assurer un niveau de vie décent à ceux qui y participaient, redonnant de la valeur et du sens à la notion d’espace public. Pour cette raison, il a accueilli pendant toutes ces années des centaines de militants et de manifestants, venus non seulement de Grèce, mais aussi du monde entier.
Lorsque la crise des réfugiés s’est déclarée, il a ouvert ses portes pour accueillir les plus vulnérables d’entre eux, les familles avec des enfants, dans un esprit de cohabitation équitable et solidaire. Dans le même temps, le squat a adhéré à un système de soins médicaux et de soutien alimentaire créé dès le début autour du campement improvisé d’Eidomeni.
C’est à ces gens vulnérables qu’à l’aube du mercredi 27 Juillet, vous avez imposé le cauchemar qu’ils avaient essayé d’éviter en traversant au péril de leur vie la mer Egée, comme des milliers d’autres.
Avant votre élection, nous avions salué votre accession dans l’enfer du pouvoir, dont vous avez accepté la responsabilité, faute de pouvoir vous en échapper.
Imbibés par l’étatisme et la soif de gouverner, vous reproduisez toutes les horreurs de la politique traditionnelle, faute de pouvoir créer quelque chose de nouveau. Parce que l’état ne peut pas être refondé (comme Caramanlis en avait fait l’expérience), non seulement vous n’avez pas réussi à l’occuper mais c’est vous qui êtes désormais conquis par lui, dans cet état d’urgence en régime d’exception. La devise « À gauche pour la première fois » se vérifie, pas de la façon dont vous vous en vantez en fanfaronnant à l’étranger, mais à la façon dont nous la vivons au quotidien.
Tout ce que l’aile droite n’avait pas osé, vous vous êtes engagés à l’appliquer scrupuleusement tout en vous confondant en excuses. Non seulement vous "êtes chaque mot de la constitution", mais vous évoluez à grande vitesse pour devenir "chaque mot de la loi et du maintien de l’ordre ».
Dans vos choix, vous avez trouvé des alliés tout prêts et de nombreux complices pour endosser ce rôle. Avec votre position sur la frontière barbelée d’Evros, avec votre reconnaissance de la Turquie comme « pays sûr » de répulsion, avec la gestion gouvernementale de la crise des réfugiés selon une logique de camps de détention, où vous avez liquidé Eidomeni pour le reproduire partout en pire, vous avez libéré la voie non pas pour la gauche mais pour les discours ultra-conservateurs d’extrême droite.
Boutaris, Kaminis, la direction de l’Université de Thessalonique et l’église, se sont alignés comme un seul homme derrière vous pour vous soutenir.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois, nous vous avions déjà vus sur les mêmes positions lors de votre guerre contre les solidaires en plein milieu de la crise des réfugiés. À l’époque, vous aviez réalisé que la solidarité prenait des formes qui vous dépassaient, vous, l’Etat et les ONG et vous étiez passés de la tolérance à l’hostilité et la répression. Mais les morts et les maladies se sont répandues dans les structures « d’accueil » gouvernementales. Que n’avez-vous pas compris, avec la mort de cette jeune fille de 27 ans dans le camp de détention de la « SOFTEX » ?
Nous sommes conscients que la destruction et la dispersion des squats solidaires était la réponse de l’État grec au festival "No Border". Nous savons aussi que vous voulez institutionnaliser et étatiser la solidarité selon une logique de camps militaires et c’est pourquoi vous avez placé un invraisemblable caporal (Toskas) pour nous faire la morale. Mais vous ignorez sans doute que nous ne sommes ni des romantiques ni des rebelles de salon...
L’autogestion et ses structures, la solidarité participative et équitable pour un monde qui ne peut exister qu’en y incluant tous « les autres », la démocratie directe, la justice sociale et la lutte contre l’autoritarisme, constituent une expérience vécue incontournable, et aujourd’hui nous nous dressons en face de vous.
Rendez-vous dans les rues, que ça vous plaise ou non.
P.S . : Que dire de ceux qui se sont transformées de personnalités politiques en serviteurs d’une logique de "pragmatisme du pouvoir" ?
Pour le squat "Leoforos Nikis 39"
Mihalis Haritelis
Odysseas Dermatas
Sandra Crochet
Dionisis Koutloglou
Grigoris Tsilimantos
Nikos Hatzis
Niki Dimitriadi
Anna Karageorgiou
Xanthi Parashidou
Olga Papadimitriou
Mihalis Vlahos
Markos Proveleggios
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