Un silence religieux : La gauche face au djihadisme

vendredi 8 avril 2016

Notes de lecture sur le livre de Jean Birnbaum éditions du Seuil, janvier 2016

Un Silence Religieux, La gauche face au djihadisme

Par Joseph Bourges

Cet ouvrage est intéressant à plus d’un titre : il est clair, agréable à lire, très documenté ( Jean Birnbaum, directeur du Monde des Livres, a à sa disposition la documentation du Monde) ; il traite d’un sujet brûlant ; et il n’hésite pas à dénoncer la faiblesse des analyses de la gauche, démontrant qu’elle a depuis longtemps minimisé l’importance du religieux.

Le propos part d’un constat  : au lendemain du massacre de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher de la Porte de Vincennes, un grand silence , silence de la foule, silence aussi des plus hauts représentants de l’état : « les hommes qui ont commis ces crimes « n’ont rien à voir avec la religion musulmane » affirmait François Hollande. « On ne le répètera jamais assez, ça n’a rien à voir avec l’islam » insistait Laurent Fabius ». Bien sûr, ces paroles visaient à éviter tout amalgame, mais elles résonnaient en contraste total avec les paroles des auteurs des attentats. Il y avait là un déni du religieux, de sa force. Et dans ce déni, « dans la consolidation de ce silence, la tradition de la gauche politique et intellectuelle a joué un rôle central...qui voit dans la religion une chimère sans consistance propre. » Jean Birnbaum évoque alors l’importance de l’islam dans le monde contemporain, sa diversité, sa richesse et aussi sa « maladie » pour reprendre le terme d’Abdelwahab Meddeb.

Ce déni de l’importance de l’islam est ancien ; l’auteur le repère dans la guerre d’Algérie, comme « point aveugle de l’engagement anticolonialiste ». Il s’appuie notamment sur l’interview de Pierre Vidal- Naquet, « grande conscience de la gauche anticolonialiste française » dans la revue Esprit en 1995. Il en ressort que malgré les nombreux signes qui auraient pu les éclairer, il a fallu atteindre une trentaine d’années aux militants français qui avaient soutenu l’Algérie nouvelle pour s’apercevoir que derrière les discours marxistes des combattants algériens pour l’indépendance, « il s’agissait de libérer la terre d’islam de la présence de l’infidèle ». « Par exemple, et l’anecdote est emblématique, ils ont pris conscience très tardivement que le titre choisi par le FLN pour son journal, El Moudjahid, signifiait non pas « Le Combattant », comme ils l’avaient cru, mais « Le Combattant de la foi » »
Effectivement, et peu des militants l’ont noté, le gouvernement de l’Algérie nouvelle construisait beaucoup de mosquées, « autant de mosquées que de classes. Pas d’écoles, mais de classes, comprenez bien ça », au dire d’un ancien algérien de la Fédération de France. Et la référence à l’islam était constante dans El Moudjahid : « La Révolution algérienne est fondée et bâtie sur le respect des principes de l’islam, et c’est uniquement à ce titre que la Révolution a été acceptée et encouragée par le peuple algérien... » proclamait un texte de la rébellion algérienne. Dans une interview au Monde quelques mois après la révolution islamique d’Iran, Ahmed Ben Bella, l’ancien chef du FLN, revenant sur ses engagements, insiste sur la centralité de l’islam dans son combat : « Le noyau dur de ce que nous sommes, le noyau irréductible, l’islam, a tenu bon, et rien jusqu’ici, y compris nos propres abandons, n’a pu l’entamer ». Il établit une continuité historique entre l’insurrection algérienne et l’insurrection spirituelle des mollahs : « Le 1° novembre (1954) trouve naturellement son prolongement, au dire même de ses dirigeants, dans la révolution islamique en Iran ».

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