Morts à Gaza, défaite d’Israël

samedi 19 mai 2018

par Thomas Canteloube, Médiapart.fr, le 17 mai 2018

C’est sans doute paradoxal, mais le massacre des manifestants désarmés à Gaza symbolise l’affaiblissement d’Israël face à une nouvelle génération de Palestiniens qui met en avant la non-violence, le boycott et la solution d’un État unique.

Plus de 60 morts et 2 400 blessés. L’atroce bilan du nombre de Gazaouis tués par l’armée israélienne en une dizaine d’heures s’est répercuté au travers de la planète comme une onde de choc. Et pas seulement parce qu’au même moment, les écrans de télévision étaient partagés entre ce froid massacre et la retransmission de l’inauguration de la nouvelle ambassade des États-Unis à Jérusalem, avec “Javanka” Trump et Benjamin Netanyahou en MC sanglants concentrés sur la perpétuation du thé dansant alors que leur navire percute un iceberg.

Ce n’est pas la première fois, et sans doute pas la dernière, qu’autant de Palestiniens sont abattus en une seule journée par les soldats israéliens (il suffit juste de remonter quatre ans en arrière pour dépasser un tel chiffre). Mais cette fois-ci, quelque chose a changé. Quelque chose de plus profond que l’émotion ressentie par les centaines de millions de personnes bouleversées par les images de ce lundi (dont, faut-il le préciser ?, énormément de juifs attachés à Israël ?). Quelque chose de plus profond que les habituelles condamnations et les sempiternels « appels à la retenue » des gouvernements étrangers. Quelque chose de plus profond qu’un énième accroc à la réputation d’Israël, de sa démocratie et de son armée.

Ce lundi qui aurait pu être un jour de manifestation comme un autre est devenu le symbole d’un basculement. Il a marqué la défaite d’Israël et du projet sioniste de Netanyahou et de ses alliés d’extrême droite face à un mouvement palestinien porté par une nouvelle génération engagée dans la non-violence et la lutte pour ses droits démocratiques et civiques. Toute ressemblance avec des personnes et des combats ayant existé, comme ceux de Martin Luther King ou de Nelson Mandela, n’est pas fortuite. Il y a quelque chose de cruel et de paradoxal à considérer que 60 morts (et des dizaines les semaines précédentes) représentent une victoire, mais c’est pourtant le sens des événements.

Le conflit israélo-palestinien nous avait habitués à des images de guerre (missiles tirés de part et d’autre), de guérilla urbaine (première et deuxième intifada), de terrorisme (attentats-suicides), et même de massacres (Sabra et Chatila, Jénine). Mais jamais à celles, répétées depuis fin mars, de jeunes gens partant à l’assaut d’une barrière dans un no man’s land, sous le regard de leurs familles, avec rien d’autre que des cailloux, de la fumée de pneus brûlés et une détermination à mourir, considérant que leur vie dans l’enclave de Gaza vaut moins que l’exemple de leur assassinat...

Lire aussi : « Pourquoi je participe à la grande marche du retour à Gaza »


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