Pétitions, manifestations et mouvements sociaux : l’irruption de la foule comme réveil politique

lundi 7 mars 2016

Par Christophe Aguiton et Nicolas Haeringer

Alors que la mobilisation du 9 mars 2016 promet d’être très suivie, Christophe Aguiton (Attac) et Nicolas Haeringer (350.org) reviennent sur la dynamique de cette mobilisation et sur les promesses et défis qu’elle soulève.

Des organisations associatives, politiques et syndicales débordées par l’irruption spontanée dans l’espace public, d’une foule massive exprimant son désaccord avec la classe politique : il y a là comme un air de déjà-vu. Des Indignés à Occupy Wall Street, à Istanbul comme à Sao Paulo ou Hong Kong, les mobilisations s’enchainent depuis 2011, qui marquent un net retour de la conflictualité. Elles connaissent depuis des fortunes diverses qui s’expliquent pour partie par l’épreuve de la durée et par la difficulté à construire, à partir de l’occupation temporaire d’un espace public, un mouvement qui parvienne à transformer durablement la société.

Longtemps, la France a semblé passer « à côté » de cette vague de mobilisation (même si on peut considérer que les ZAD constituent en quelque sorte des déclinaisons rurales d’Occupy Wall Street). Mais une foule massive vient (enfin !) de faire irruption dans l’espace public national – à ceci près qu’il s’agit, pour l’heure, d’un espace virtuel : elle s’est assemblée, avec une rapidité rare, via une pétition massivement relayée, qui atteint désormais plus d’un million de signature. Elle doit maintenant se retrouver dans la rue (sous la forme plus classique du cortège) ce mardi 9 mars, non sans être déjà parvenue à contraindre le gouvernement à revoir une partie de ses plans.

Il est tentant de concevoir la signature d’une pétition, la participation à une mobilisation et le fait de militer au sein d’un mouvement comme trois choses différentes – la dernière étant la plus aboutie des trois, le passage d’un stade à l’autre constituant autant d’épreuves : du clic à la rue, de la rue à la durée. Épreuves auxquelles il faudrait, pour certains, ajouter celle du pouvoir : nul changement durable et profond possible sans que la foule ne pénètre dans la sphère politique et se saisisse des échéances électorales.

Il nous semble toutefois nécessaire de ne pas minimiser l’importance et la signification de l’irruption de la foule – qu’elle occupe durablement une place publique ou qu’elle s’assemble en ligne autour d’une « simple » pétition importe ici peu.


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