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Traité transatlantique : La bataille pour le TAFTA ne fera pas dans la dentelle...

dimanche 5 janvier 2014

On l’appelle TAFTA. Rien à voir avec quelque lourde soierie du beau monde passé. Ce taffetas-là est un bien méchant acronyme. Pour TransAtlantic Free Trade Area, ou encore zone de libre-échange transatlantique. La « chose » est dans les tuyaux depuis des lustres. On l’annonce maintenant pour 2015. Mais c’est en 2014 que la poudre va parler. Feu d’artifice...

A bien y regarder, beaucoup des ingrédients du débat autour du traité constitutionnel de 2005 pour l’Europe sont contenus dans cette négociation de tous les diables. Et d’abord les plus importants : l’arrogance d’un côté, la perspicacité de l’autre. Cela va être une bataille d’enfer ou Attac sera aux premières loges. Tous les prémices sont là. Cette histoire de grand marché transatlantique remonte à des décennies déjà. Dans la bonne discrétion d’usage, cela va de soi. Mais il y a toujours un temps où il faut se monter à découvert. Et ce coup d’envoi là remonte au 13 février dernier : à l’occasion du rituel discours sur l’état de l’Union, le président Obama a lancé la charge. Deux ou trois phrases seulement, mais c’était parti. D’ailleurs dans la foulée, tous les clairons du libéralisme triomphant ont retenti. Et dès le 14 – pour ce qui est de la France – c’est BFM Business qui donnait le tempo. Je vous invite à travers YouTube à savourer ce grand moment de télé (1). Et le 25 février, BFM remettait le couvert. La grande arrogance à l’état pur, celle qui vous rend certain d’un triomphe inéluctable, et du coup vous fait perdre tout esprit de prudence. Tous les argumentaires de l’attaque sont ainsi livrés pêle-mêle, le mode d’emploi compris. Comme si l’ennemi vous livrait son plan de bataille le premier jour de l’offensive. Un grand bonheur. Le grand rendez-vous est déjà donné pour 2015 – c’est à dire la signature du traité – et pour cela l’essentiel devra se goupiller durant 2014. Ou se dégoupiller, comme il se doit avec une méchante grenade.

Déjà, sans crier gare, 2013 nous a donné un bel aperçu des tactiques de résistance. Sans parler du gros couac qui a entravé l’offensive libérale, juste au moment où elle avançait ses premiers pions. Mauvaise pioche. Car c’est en juin, au moment où la Commission Européenne est toute sur son 31, pour lancer officiellement la négociation, qu’éclate l’affaire Snowden. Et voilà le futur partenaire, recatalogué dans le camp de la triche. Bien sûr l’indignation est pathétique, et bien vite on fait mine d’oublier. Pensez à ces enjeux, ces milliards à profusion (pour qui ?) et ces myriades d’emplois qui miroitent comme des pièges à alouettes...
Maintenant que l’on termine 2013, et déjà le 3ème round de la négociation, sur l’échiquier, la défense à déjà placé quelques pièces bien embêtantes. Telle cette lettre ouverte (2) de la porte-parole d’Attac France, Geneviève Azam, avec Amélie Canonne, Présidente de l’AITEC-Ipam. C’est la ministre française en charge de le négociation, Nicole Bricq, qui est ainsi interpellée. Médiapart prête son concours, et la ministre doit consentir à répondre. Tandis qu’en guise de trêve des confiseurs, encore Attac France et les Attac d’Europe, avec le relais d’une flopée d’ONG qui enfoncent le clou là où çà pique le plus, sur le grand air « la démocratie (?) du secret ». Même des ONG américaines sont sur le pont (3). La partie s’annoncerait-elle plus coriace ? Faute d’avoir revu leur discours de la méthode, le parti des arrogants avait volé dans le mur en 2005.

Une décennie plus tard, les mêmes sont plus sûrs que jamais. Regardez-les sur BFM : on comprend qu’ils imaginent la crise être leur meilleur allié, l’occasion idéale pour une revanche assurée... La modernité, ou le chaos ! Elle est pas belle, la vie ? Tellement illuminés qu’ils en oublient que leur idéologie ne peut plus être perçue comme solution à la crise, tant elle en est à la source (au moins, depuis septembre 2008, c’est clair...). Alors ils iront jusqu’au bout de leur déraison, comme on tâtonne dans un palais des glaces, tandis que les spectateurs à l’extérieur ne perdent pas une miette de la farce. Il ne manquera que les tomates pour pimenter la progression dans le labyrinthe. Mais il semblerait que le stock soit déjà prêt. Prenez l’agence « Info libre ». Le 13 décembre, elle publiait un documentaire (4) autour du syndicaliste belge Bruno Poncelet et du géopoliticien Pierre Hillard (que l’on retrouve aussi sur « mondialisation.ca »). Ce n’est pas une bible, mais c’est quand même toute la genèse du TAFTA. Et en 83 minutes, on a toutes les questions qui démangent.

Pas de pot, en mai, ce sera aussi le grand rendez-vous des Européennes. Bref, le loup est sorti du bois, et voilà que la chasse est ouverte. A nous d’imaginer un final... à la Tex Avery. Transatlantisme oblige.

Jean-Luc Fontaine

Quelques renvois...
(1) – L’émission est en 5 volets, avec pour épisode 1 : http://www.youtube.com/watch?v=d7HXzDWuJ-g Voir aussi le débat du 25 février (en quatre volets) : http://www.youtube.com/watch?v=4DwvEVEUwUg
(2) – http://blogs.mediapart.fr/blog/attac-france/121113/traite-transatlantique-lettre-ouverte-nicole-bricq
(3) – http://france.attac.org/actus-et-medias/le-flux/article/traite-transatlantique-non-aux
(4) – http://www.agenceinfolibre.fr/le marche-transatlantique-un-pas-de-plus-vers-la-gouvernance-mondiale/
Et aussi : 29/12/13 - Partenariat transatlantique : le libre-échange dans l’assiette - Claude Girod http://france.attac.org/actus-et-medias/les-videos/article/partenariat-transatlantique-le
La plateforme contre le transatlantisme http://www.no-transat.be/ Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens – Le Diplo, novembre 2013
http://www.monde-diplomatique.fr/2013/11/WALLACH/49803