L’Europe n’est qu’un rêve dénaturé

mercredi 13 juin 2018
par  Daniel Spoel
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L’Europe telle qu’elle existe par l’Union européenne n’est qu’un rêve dénaturé.

Un rêve, c’est l’image d’un avenir meilleur, plus beau, plus riche, plus confortable, plus glorieux...non seulement pour soi, mais aussi pour nos proches, pour nos enfants.

L’Union européenne telle qu’elle existe ne peut pas être un rêve, parce qu’elle est basée sur paradigme qui prétend que la paix vient de la prospérité, d’un marché libre, de la concurrence. Ce paradigme prétend que le marché libre, la concurrence et la croissance génèrent du travail et de l’emploi.
Or la réalité nous montre que le rêve s’est transformé en chimère parce que le marché libre, la concurrence et la croissance ne sont que des croyances et que cette mythologie économique crée les conditions qui font exploser les inégalités et le chômage.

Ce que nous constatons :
1- c’est qu’il existe des mythologies ou croyances qui ne marchent pas,
2- que l’Union européenne n’est pas démocratique, l’essentiel du pouvoir est détenu par la Commission et le Conseil qui n’ont rien à voir avec la démocratie.
Nous arrivons à la conclusion qu’il faut donc changer de religion ou de paradigme, et revenir à un véritable exercice de la démocratie.
Pour cela, nous examinons les modèles utilisés actuellement et leurs fondements, dont l’économie basée sur la compétition, qui font que cela ne marche pas.
C’est ce qui nous amène à faire des propositions pour remplacer la compétitivité par le respect de la dignité humaine et la ploutocratie par la démocratie.

Examinons les contradictions de base

La construction européenne aurait pu être un projet éthique si on se réfère aux valeurs définies à l’article I-2 du Traité de Lisbonne : “L’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes”.

Or tout le monde sait fort bien que la réalité de l’Europe libérale est tout autre. Dans la version consolidée du Traité sur le fonctionnement de l’Union, dans les Principes, on trouve à l’article 3 : “L’union dispose d’une compétence exclusive dans les domaines suivants : a) l’union douanière, b) l’établissement des règles de concurrence nécessaires au fonctionnement du marché intérieur, ...”.
De ce fait, l’Union reste uniquement centrée sur les règles de concurrence et de marchés. Or ces règles sont contradictoires avec les valeurs de respect de la dignité humaine.

Le fait que l’Union dispose d’une compétence exclusive est en totale contradiction avec les valeurs démocratiques qui sont d’un ordre supérieur à toute compétence. Le seul débat qui doit compter est celui de l’éthique. Et ce débat appartient aux citoyens européens, qui doivent s’en saisir et, grâce à la diversité des cultures qui composent l’Europe et sa civilisation, pour faire en sorte que la démocratie retrouve sa place effective dans cet espace.
Au niveau institutionnel, les règles ne sont pas adaptées aux cultures différenciées qui existent en Europe. Les règles ne sont pas non plus adaptées aux conditions locales et aux hasards différenciés : en effet les situations sont différentes et les solutions possibles sur le plan social devraient pouvoir être différentes.
La Commission a le monopole d’initiative sur le plan de l’élaboration des dossiers, elle est soumise à un intense lobbying de la part des instances les plus puissantes, à savoir d’abord les organisations patronales. Le biais anti-démocratique est donc “institutionnalisé”, ce qui favorise les oligarchies et les oligopoles, notamment les multinationales, au détriment de la démocratie et de la prise en compte des préoccupations des citoyens et des questions locales.
L’Europe conduit donc progressivement à organiser la guerre entre les riches et les pauvres, dans les Etats et entre les Etats. C’est ce que nous montrent les événements de ces 40 ou 50 dernières années.
Or Richard Wilkinson et Kate Pickett ont largement montré dans leur ouvrage “Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous”, Ed. Les Petits Matins 2013 pour l’édition française, que l’inégalité est la source principale de tous les maux sociaux.

Il faut donc changer ou compléter les institutions pour les rendre démocratiques et arriver à une société plus égalitaire.

Voyons pourquoi l’économie est une mythologie qui ne marche pas.

L’économie n’est pas une science, mais une croyance ou une religion, qui a été développée par le capitalisme mondial intégré, celui des multinationales.
L’Union européenne n’est rien d’autre qu’une construction voulue par ce capitalisme mondial intégré. On peut en retracer l’histoire, nous le faisons dans le livre, mais je ne vais pas le faire ce soir.

Ce capitalisme mondial intégré, en plus de son pouvoir sur les structures de production, développe aussi son pouvoir sur les structures de communication en produisant des signes et des syntaxes, c’est-à-dire des subjectivités grâce au contrôle des médias et à la publicité.
Pour cela, il a mis en place quatre régimes de signes et de symboles :
1- une sémiotique économique qui fixe le dogme de la croyance économique : la monnaie, la finance, la comptabilité et le management,
2- une sémiotique juridique, qui définit la propriété privée, la législation et les règles qui l’accompagnent,
3- une sémiotique techno-scientifique : ingénierie, programmes et recherches qui l’accompagnent,
4- enfin une sémiotique psychosociale : soit un système unique de pensées et de valeurs basées sur un monde à deux vitesses, celui du travail et celui des loisirs, ainsi que ses corollaires : la vie urbaine, son architecture, ses transports et ses équipements collectifs qui vont avec.

La question que nous posons est de savoir si les êtres humains, soit disant « libres », veulent vraiment vivre dans ce système qui nous mène à la catastrophe.

La compétition érigée en norme sociale exclut donc l’égalité et la fraternité, la compétition détruit l’empathie qui existe dans les relations entre les humains et entre les animaux.

L’économie est basée sur des impostures décrite par Steve Keen dans son ouvrage “L’imposture économique” :
Entre autres choses :
- la théorie de l’équilibre ne correspond à aucune réalité ;
- la rationalité de l’économie n’existe pas parce que le monde est fait de hasard, avec des événements imprévus et imprévisibles ;
- en économie, le temps est traité d’une manière instantanée comme si le temps de la transmission et de la connaissance n’existaient pas.
- les outils de mesure comme le PIB comptabilisent aussi bien ce qui est bénéfique que ce qui est néfaste à l’humanité et surtout à son environnement (pollution, changement climatique, disparition des espèces, etc).
-le progrès est conçu sur la base de la croissance, d’une consommation infinie des ressources ;
- l’urbanisation concentre les problèmes économiques et sociaux, et multiplie les risques de pauvreté globale.
- l’humanité est confrontée au changement climatique, qui conduire à la fin de l’espèce humaine, si nous n’y prenons pas garde.

La consommation toujours plus grande de ressources nous pose un défit très clair, il s’agit du défit entropique.
L’entropie est défini par la deuxième loi de la thermodynamique que nous connaissons depuis plus de cent ans. Cette loi dit que la quantité d’énergie utilisable dans l’univers est constante et que toute utilisation d’énergie donne lieu à un processus irréversible qui rend l’énergie inutilisable après utilisation. En conséquence de cette loi scientifique, l’homme, toute entreprise, l’économie en particulier, ne peuvent pas créer ou “fabriquer” de l’énergie, la seule possibilité est de la dégrader et donc de la rendre inutilisable dans le futur.
En vertu des lois de la thermodynamique, de l’entropie en particulier, la compétition, la concurrence et la croissance sont intenables.

Les interprétations de l’économie (cette fausse science) que font nos dirigeants politiques conduisent à catastrophes sociales (augmentation des inégalités et du chômage) et environnementales (pollution, changement climatique, disparition des espèces).

Le rôle de l’Etat a disparu en tant qu’intégrateur social possible

Les Etats ne peuvent plus jouer leur rôle d’intégrateur social, parce qu’ils sont mis en concurrence imposée par la primauté des marchés.
Ils sont donc réduits à des rôles accessoires et les citoyens nationaux de ces Etats en font les frais directement, faute d’un contenu social précis de la citoyenneté européenne.
Cette citoyenneté européenne n’existe pas, seule existe la concurrence entre tous, y compris la concurrence entre les Etats et leurs systèmes sociaux respectifs.
Le résultat est un nivellement par le bas et un taux de chômage record qu’aucune politique économique nationale n’arrive à endiguer parce qu’il n’y a pas de politique économique européenne en dehors de la concurrence. Les conséquences, que nous avons déjà décrites, sont : l’augmentation des écarts entre les riches et les pauvres et l’augmentation du chômage. Le chômage est le nombre croissant de personnes laissées sur le bord de la route et que les Etats doivent payer des indemnités de chômage pour assurer un minimum de dignité à tous. Les Etats n’ont toutefois pas toujours les moyens pour y parvenir..., il suffit d’observer ce qui se passe partout, pas seulement en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Irlande, en Italie,... mais aussi en France, en Allemagne.

Il est donc évident qu’il faut changer de religion :

Pour la survie même de l’humanité, elle doit opérer trois mutations :
1- d’abord intégrer toutes les découvertes des sciences exactes dans l’interprétation des possibilités de faire fonctionner les « sciences humaines » d’une manière plus « rigoureuse », et d’intégrer dans leur approche que les ressources sont limitées et que l’entropie est incontournable et donc la croissance infinie impossible ;
2- d’en informer toutes les générations futures pour qu’elles ne répètent pas les erreurs du passé ;
3- abandonner l’économie de marché, la concurrence et la recherche de la croissance qui est “contre nature”, en raison des lois de la nature en particulier de l’entropie comme fondement de l’Union européenne, de réformer en conséquence toutes les structures institutionnelles,
4- changer de Contrat naturel, changeons de référence, passons de la compétitivité à la dignité,
5- organisons les conditions de la citoyenneté active, une citoyenneté pleine comme base de la démocratie,
6- rétablir un partage de la valeur ajoutée en faveur du travail, donc augmenter les revenus et le pouvoir d’achat des salariés et couches populaires, stopper le dumping fiscal au sein de l’UE et établir une fiscalité juste (proportionnelle aux revenu) dans l’UE, créer un budget européen avec des ressources propre, d’un niveau adéquat pour conduire des politiques de solidarités et un trésor européen, une promotion des Maisons de la solidarité, d’une économie solidaire, de solidarités locales, coopératives, de systèmes d’échanges locaux (SEL), troc, dé-monétisation, AMAP... Rétablir les Biens communs contre la propriété privée.
7- revoir le statut de la BCE, le rôle de l’euro, de toute monnaie d’échange, séparer les deux métiers de la banque : banque de dépôt et d’épargne versus banque de prêt et d’investissement.^,
8- revoir la libre circulation des capitaux, pour enrayer la spéculation sur les marchés du crédit et des produits dérivés. Instaurer une taxe Tobin. Lutter contre les paradis fiscaux. Réexaminer la notion de liquidité et la relation entre les banques et les Etats.

- Démocratie représentative versus démocratie citoyenne :
La démocratie représentative n’est pas une véritable démocratie, compte tenu du mode de désignation des candidats aux élections et de la manière dont ils rendent compte de leurs actions au peuple. Pour changer les institutions et la démocratie dite représentative, nous avons besoin d’une Convention moyennant plusieurs conditions :
1- elle est intégrée à un processus de débats dans toute l’UE avec mobilisation des médias, des organisations politiques et de la société civile, la Convention vient après ces débats, les prolonge et précède ceux qui résulteront de ses travaux ;
2- sa composition est profondément revue avec une participation citoyenne à égalité avec les institutions, elle doit donc comprendre autant de citoyens que de représentants des institutions, les citoyens étant tirés au sort à la stricte proportionnelle des populations des Etats membres de façon que chaque citoyen soit à égalité ;
3- les citoyens reçoivent une formation adéquate, comme dans les conférences de citoyens afin qu’ils puissent participer aux travaux à égalité de connaissances des institutions européennes que les politiques ;
4- ses conclusions et sa proposition est soumise directement à référendum dans toute l’UE, sur la même question, le même jour ;
5- les pays qui n’adoptent pas le texte de la Constitution ne font plus partie de l’Union, et des accords spécifiques sont négocier avec eux ;
6- la Constitution s’applique de plein droit dans les pays qui l’ont adoptée.

Les institutions devront répondre à l’exigence démocratique qui voudrait qu’au moins les institutions fondamentales telles que l’Ekklèsia, le Conseil, les tribunaux, les magistratures, répondent aux principes de la démocratie directe.
Le terme « démocratie » implique une opposition entre le peuple et les oligoi, il faut donc veiller à sortir toutes les oligarchies des institutions comme cela s’est fait dans la démocratie antique.
« Démocratie » veut dire pouvoir du peuple, souveraineté de la collectivité, indépendance du peuple. Cela implique que le citoyen soit autonome, que le citoyen se donne lui-même ses lois, que le citoyen ne les reçoive pas de quelqu’un d’autre.


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