Des élections européennes en mai 2019, pour quoi faire ?

jeudi 18 avril 2019
par  Daniel Spoel
popularité : 90%

Les traités n’ont été basés jusqu’à présent que sur le marché et la concurrence. L’économie dépend de l’offre d’activités qui génèrent du pouvoir d’achat créateur lui-même de la demande.
Or les disparités entre les états sont considérables :
- en 2017, si le PIB par habitant dans l’UE est de 100, au Luxembourg il est de 253, en Allemagne de 124, en Belgique de 117, au Royaume Uni de 105, en France de 104, en Roumanie de 63 et en Bulgarie de 49 ;
- lors de la création de la Communauté économique européenne (CEE), la complémentarité entre ouverture de marchés et contreparties sociales avait été comprise et inscrite dans les textes, mais sous l’inflexion imposée par la néolibérale Margareth Thatcher (1979-1990), la convergence sociale a été abandonnée sans que cela ne soit remis en cause depuis ;
- après le rejet en 2005 du Traité constitutionnel par la France et les Pays-Bas, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy reviennent en 2007 avec le Traité de Lisbonne, puis en 2012 avec le TSCG (traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union) et le MES (mécanisme européen de stabilité) qui imposent des règles budgétaires strictes : le déficit ne doit pas dépasser 3% du PIB ;
- le 5 octobre 2008, après la faillite de la quatrième banque privée allemande, Hypo Real Estate, les Quinze adoptent un plan de de sauvetage du secteur bancaire européen prévoyant notamment une garantie publique des crédits interbancaires, mais le 16 octobre, à l’issue du Conseil, l’Allemagne, soit Angela Merkel, s’oppose à la mise en place d’une réponse coordonnée à la crise économique en Europe, démontrant le “chacun pour soi” donc l’absence d’unité ;
- en 2012, sous la pression d’Angela Merkel, la politique d’austérité est mise en place et pour tenter d’enrayer la crise des dettes publiques. L’UE, la BCE et le FMI mettent en place des systèmes de prêts moyennant l’adoption de politiques d’austérité, paupérisant de larges fractions des populations.
Or l’économie n’est pas une science exacte ; la pensée économique a évolué au fil du temps et elle oppose bien des économistes depuis le milieu du 19ème siècle jusqu’à aujourd’hui opposant en particulier les “libéraux” aux “politiques humanistes et sociaux”.
Parmi les “libéraux”, on trouve entre autres Friedrich Hayek, Milton Friedman, Robert Lucas, Robert Mundell (le parrain de l’Euro), Ronald Coase. Parmi les “humanistes et sociaux”, on trouve John Maynard Keynes, Gunnar Myrdal, Joan Robinson, François Perroux, John Kenneth Galbraith, Paul Samuelson, Kenneth Arrow, Amartya Sen, Albert Hirschman, Nicholas Kaldor, Maurice Allais, Simon Kuznets, Edmond Malinvaud, Hyman Minsky, James Tobin, Paul Krugman, Elinor Ostrom (qui défend la notion de bien commun), et Joseph Stiglitz.
Il y a aussi des inclassables dont la contribution générale a été importante : Joseph Schumpeter (analyste de l’innovation), Wassily Leontief (créateur des tableaux “input-output”), Robert Solow (auteur de la théorie de la croissance), Franco Modigliani, Edmund Phelps (partisan de la liberté d’entreprendre, mais opposé au démantèlement de l’Etat-providence et aux baisses d’impôts), Michio Morishima (japonais qui fait la synthèse entre Confusius, Marx et Walras).

Compte tenu de ce que l’économie n’est pas une science exacte, on ne peut souhaiter que la reprise en main de l’UE par les peuples, soit la constitution d’une véritable démocratie dans les Etats de la zone Euro avec quelques propositions à débattre :
- une Constitution d’une future Communauté fédérale, à approuver par référendum paneuropéen, et respectant les Droits fondamentaux, la reconstitution du “modèle social et fiscal européen”, consistant en une sécurité sociale, des retraites par solidarité, des services publics (y compris des services de santé et maladies), des droits du travail, syndicaux et de grève, et une fiscalité européenne sur les multinationales, une véritable lutte contre les paradis fiscaux,
- une Assemblée parlementaire formée à 80% par des parlementaires désignés par les Parlements nationaux et 20% par des citoyens tirés au sort dans les différents Etats,
- la définition d’un contenu à la citoyenneté européenne qui le considère comme un acteur de la démocratie participative européenne,
- l’addition d’un volet écologique au “modèle social et fiscal européen” pour que le pouvoir de vivre de chacun soit placé dans un cadre commun qui protège notre avenir et celui des générations futures.

Au lieu de tout baser sur les marchés et la concurrence, on pourrait envisager la mise en place d’une Stratégie européenne du Développement Durable (SDD) qui donnerait un cadre nouveau et de ce fait sortir des cercles vicieux actuels que sont la désinflation compétitive entre les Etats et leurs conséquences telles que le chômage et les déséquilibres budgétaires des Etats.
Encore faudrait-il que la SDD devrait disposer d’un budget propre, elle devrait donc tenter de coordonner les actions prévues par les différentes politiques nationales, ce qui est une mission impossible dans le cadre budgétaire actuel et avec une Commission composée de 28 commissaires.
Au lieu de rechercher l’uniformisation, la délibération politique devrait porter sur les “biens publics” européens en vertu des principes bien compris, mais mal appliqués, de proportionnalité et de subsidiarité. L’UE pourrait se donner les moyens de produire et de financer ces “biens publics”.
Les “biens publics” de l’UE comprennent :
- la stabilité macro-économique,
- le plein emploi et un travail émancipateur,
- la cohésion sociale (nationale et territoriale) qui comprenne la solidarité intergénérationnelle et une égalité réelle entre les femmes et les hommes,
- la transmission de la connaissance (l’éducation, la formation tout au long de la vie et la recherche) et son progrès,
- l’indépendance énergétique, sortir de la dépendance aux énergies fossiles et instaurer une fiscalité écologique sociale et solidaire,
- la santé grâce entre autres à une nourriture saine et éco-responsable,
- un environnement sain et respectueux de la biodiversité,
- la défense des libertés d’expression et de mouvement.
Les “biens publics” européens seraient garants de la paix, ils sont indispensables pour garantir la prospérité des nations, la justice sociale au sein et entre les nations. Ils ne pourront être développés que par l’alliance et la coopération et non pas par la compétition entre Etats-nations de la zone Euro telle qu’elle se pratique actuellement.

C’est primordial pour dépasser la contradiction entre la politique monétaire supranationale et les politiques économiques et sociales largement nationales, pour respecter le principe selon lequel l’euro est la monnaie de l’UE dans son ensemble, et pour créer les instruments politiques et financiers assurant une prospérité partagée. Dans ce contexte, il est nécessaire de renforcer en priorité les protections du marché unique et des consommateurs, de renouveler et de développer une politique en faveur des petits et moyens entrepreneurs, de garantir l’autonomie des autorités européenne et nationales de la concurrence. La mise en oeuvre des règles en matière de concurrence et d’aide d’Etat, qui doivent être européennes, doit être adaptée aux nouvelles réalités de l’économie mondiale. Il apparaît enfin nécessaire de réformer cette politique afin de promouvoir, le cas échéant et dans des secteurs stratégiques, la formation de champions européens.

On peut d’ailleurs constater que la réforme de l’UE doit se limiter à la zone Euro !


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