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Le pacte budgétaire : entreprise de paupérisation

jeudi 27 septembre 2012

Intervention de François Favre à la réunion débat sur le Pacte Budgétaire du 20 septembre 2012

Introduction

Cette réunion a pour thème le pacte budgétaire et le traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance. Alors, pourquoi notre collectif, dont l’objet est un audit de la dette, un moratoire de son paiement et plus largement l’annulation d’au moins une partie de la dette s’intéresse-t-il particulièrement à ce traité ? Et bien tout simplement parce que ce texte réduit l’Europe à deux mots : « dette » et « déficit ». En effet il s’agit de réduire la dette et de ne plus avoir de déficit public. Il s’agit de graver une doctrine économique dans le marbre européen : les États ne doivent pas s’endetter et les finances publiques doivent être excédentaires, c’est la fameuse règle d’or.
Ce que sous-entend cette doctrine, c’est que les États s’endettent forcément pour les mauvaises raisons, les dépenses sociales, et qu’il faut donc les museler. Dans « règle d’or », il y a deux mots que je n’aime pas, en tout cas dans ce cadre. Des règles, certes il en faut dans une société, mais il faut quelles soient librement et démocratiquement décidées par toutes et tous. Mais les sociétés évoluent, il faut donc qu’elles puissent changer leurs règles. Or ce que ce traité veut nous imposer maintenant et ad vitam æternam, c’est une règle intangible et non modifiable. Dans ces conditions, on pourra au moins faire une économie, c’est celle d’avoir un parlement fantoche. L’autre mot qui me déplait c’est « or » évidemment, on voit bien que les banquiers sont passés pas là. Ils n’auraient pas pensé à une règle rouge ou verte, une règle qui protège l’humanité et son environnement. Mais l’or, ça oui, ça leur parle, c’est parce que l’or, il est pour eux, et pour nous c’est une règle de plomb et de pauvreté qui nous est réservée.
Pourtant, quand il s’est agi de sauver les banques et les institutions financières de la banqueroute consécutive à la crise des subprimes, tout le monde a en mémoire comment les États se sont précipités et se sont donc lourdement endettés. La France et l’Allemagne ont alors demandé à ce que les règles soient assouplies.
Ce que nous dit ce traité c’est que non seulement nous devons payer et même nous saigner pour les errements de la finance, mais qu’à partir de maintenant nous ne serons plus maîtres de notre destin. C’est un peu comme si vous aviez un accident avec un chauffard soul et qu’on vous disait que vous devez lui racheter une voiture neuve et qu’en plus on vous retirait le permis…

Un peu d’histoire

Ce n’est pas la première fois que la dette est utilisée pour contrôler les peuples et leurs demandes sociales.
La plupart des pays en développement ont connu une crise de la dette à un moment donné. Il s’en est suivi une prise de pouvoir de facto par le FMI qui décidait alors de la politique économique de ces pays.
Cela a permis une forme de néo-colonialisme où les pays du Sud ont été obligés de brader leurs ressources, naturelles ou de main d’œuvre, pour rembourser leur dette.
Mais les pays industrialisés ne sont pas épargnés. On l’a vu aux États-Unis avec la crise des subprimes. Les institutions financières ont été sauvées (à l’exception de Lehman Brothers, mais dans ce cas précis il s’agissait d’une lutte de pouvoir entre banques, Goldman Sachs qui avait bien placé ses pions au gouvernement en a profité pour se débarrasser d’un concurrent). Les ménages américains qui n’arrivaient pas à rembourser leurs prêts hypothécaires ont eux été expulsés de leurs maisons.
Les démocrates se targuent d’avoir sauvé l’industrie automobile mais celle-ci en a profité pour déménager une bonne partie de ces usines dans les États du sud, où les syndicats n’étaient pas puissants. Et le revenu des ouvriers de l’automobile a baissé de moitié. Au point, que l’on estime que d’ici quelques années ils seront compétitifs par rapport aux ouvriers chinois.
On s’aperçoit donc que la crise de la dette en Europe doit être replacé dans un contexte plus global où le capital cherche à revenir sur tous les acquis sociaux obtenus depuis la fin de la seconde guerre mondiale. C’est dans ce sens que nous parlons d’une entreprise de paupérisation.
On nous présente le remboursement et la réduction de la dette comme l’unique solution à la crise, et ce quelques en soient les conséquences sociales. Mais quels sont les résultats obtenus ?

Quels sont les effets des tentatives de réduction de la dette ?

Je dis bien tentatives, car la dette pour le moment suit le même chemin que la misère, elle augmente. La dette espagnole a ainsi augmentée de plus de 9 points en un an pour atteindre 76 % du PIB.
Quatre pays particulièrement ont été mis au pilori, les fameux PIGS (Portugal, Italie, Grèce, Espagne)
Je vais vous parler surtout de la Grèce et de l’Espagne, faute de temps, mais ce qui s’est passé et se passe encore dans ces deux pays préfigure ce qui nous attend si nous ne réagissons pas.

Grèce : l’exemple emblématique à ne pas suivre

Petit état des lieux : l’état de la Grèce aujourd’hui est catastrophique
• Depuis 2008, en 4 ans donc, le niveau de vie a baissé de moitié.
• Le pays est récession depuis 5 ans, et avec les mesures en cours, c’est 8 années de récession que vont connaitre les grecs.
• Le taux de chômage atteint maintenant 25 %. Et les prévisions sont de 28 à 29 % pour 2013.
• Le taux de chômage des jeunes : 53 %
• Et ce sont les taux officiels…

Comment en est-on arrivé là ?

Les pays du nord de l’Europe fustigent volontiers les grecs : fainéants, menteurs et fraudeurs. Rien que ça ! Ils seraient responsables de l’endettement du pays.
Mais les grecs, salariés et ouvriers, les femmes et les hommes grecques travaillent. Ce ne sont pas eux qui ont menti quand la Grèce a intégré la zone €. Mais leur gouvernement et les banques qui le conseillaient. Et quoiqu’ils en disent maintenant, les dirigeants européens étaient parfaitement au courant. Les salariés grecs paient des impôts, eux. Et ce ne sont pas les citoyennes et citoyens grecs qui ont décidé d’emprunter des sommes faramineuses pour organiser les Jeux Olympiques. La corruption, certes, existe en Grèce, mais en Grèce comme partout ailleurs, la corruption vient du haut.
Tout le monde sait depuis le début que la Grèce ne pourra pas rembourser tous ses emprunts, et ce d’autant moins qu’on l’a forcé à emprunter à des taux usuriers. Mais finalement, mettre un pays financièrement à genoux, n’est-ce pas le meilleur moyen de s’attaquer aux acquis sociaux. Et en ciblant le maillon faible, la Grèce, c’est toute l’Europe qui est visée. La fameuse métaphore des dominos (la faillite d’un État se propage d’État en État) est aussi valide pour la casse sociale, ce sont en fait les travailleurs et les travailleuses, les retraités, les chômeuses et les chômeurs de tous les pays européens qui sont attaqués.
La perte de souveraineté est parfaitement incarnée par la Troïka : ces experts mandatés par la Commission européenne, le Fonds Monétaire International et la Banque centrale européenne. Il faut noter qu’aucune de ces instances n’est élue ! Cette troïka, donc, a imposé à la Grèce des coupes budgétaires de plus de 16 milliards d’€ : principalement des baisses de salaires et des réductions des pensions de retraite. Et un nouveau paquet de 12 milliards d’€ est maintenant dans les cartons.
• Mais quand on parle en milliards, il faut mettre tout cela en perspective, le montant estimé de la fraude fiscale en Grèce, par exemple, va de 15 à 40 milliards !
• Tout le monde sait que l’Église orthodoxe grecque ne paie pratiquement pas d’impôts. Quant à son patrimoine, il est immense mais son montant inconnu, en milliards toutefois.
• Certaines catégories socio-professionnelles sont exemptées d’impôt : les plus connues et aussi les plus riches sont les armateurs, mais il y aussi de nombreuses professions libérales.
• Les dépenses d’armement grecques sont, proportionnellement à la population, les plus élevées d’Europe.
Mais la troïka ne s’intéresse pas à ces détails. Le résultat est que ceux qui payaient déjà des impôts avant la crise en paient encore plus et ont vu leurs revenus baisser drastiquement. Les riches eux non pas été affectés.
Le gouvernement grec accepte ce diktat, mais est-ce surprenant ? Le premier ministre grec Antonis Samaras est un ancien de Goldman Sachs, tout comme le président du conseil des ministres italien Mario Monti et le président de la BCE Mario Draghi. La banque qui conseillait le gouvernement grec tout en spéculant contre la Grèce a maintenant son homme lige à la tête du pays. Voilà une autre perte de souveraineté, l’Europe est maintenant en grande partie dirigée par des banquiers, les mêmes qui ont mené l’économie au bord du gouffre sont présentés comme des techniciens, sous-entendus plus fiables que les politiques qui écoutent leurs électeurs, pourtant pas très souvent. Mais en fait de techniciens ils représentent leur classe et défendent ses intérêts.

Est-ce qu’il y a un côté positif à tout cela ?

Qu’est-ce que la troïka a donné en échange de cette potion amère ? Des prêts à des taux exorbitants pour l’État. Et des prêts à taux très réduit aux banques et autres organismes financiers qui étaient menacés de faillite, et en particulier à certaines banques françaises qui étaient très exposées au risque grec (principalement la Société Générale, le Crédit Agricole et la BNP). C’est donc le système financier européen que l’on a sauvé. Le peuple grec lui n’a rien touché.

Est-ce que les choses vont s’améliorer ?

Rien de moins sûr. Si la troïka était un médecin, elle serait rayée de l’ordre. En effet, appelée à soigner un malade qui a la fièvre (la Grèce), la troïka décide de lui couper une jambe. La fièvre continuant à monter, elle décide de lui couper l’autre jambe et prédit que le patient va bientôt se remettre à courir.
Alors que de nouvelles mesures sont imposés aux grecs, l’effet des premières mesures n’a pas été évalué. On peut légitimement se demander si quelqu’un se soucie un tant soit peu du sort des grecs. Qui se soucie des conséquences politiques avec d’un côté la montée de la gauche de la gauche dont nous nous réjouissons et celle de l’autre côté de l’extrême droite qui nous rappelle la période pas si lointaine des Colonels § ?

Espagne

Comment l’Espagne, que tout le monde (droite et gauche) nous montrait comme l’exemple à suivre il y a peu de temps, est-elle tombée dans cette spirale infernale ?

C’est toujours le système financier qui est en cause

Et particulièrement, comme aux États-Unis (d’où la crise est partie) des prêts immobiliers. Les banques ont prêté sans le moindre discernement. Le miracle espagnol était basé sur la construction de biens dont aujourd’hui plus personne ne veut ou ne peut se payer. Au plus beau de l’euphorie (les financiers appellent ça une bulle), l’Espagne consommait plus de béton que tous les autres pays de la zone euro !
S’ensuit la perte de confiance, la dégradation des notes des agences de notation et la hausse vertigineuse des taux d’intérêts.

Le remède est toujours le même : faire payer les classes populaires

Des coupes budgétaires de 65 milliards d’€ sont annoncées. Et comme partout ailleurs ce sont les classes sociales les moins favorisées qui trinquent. Les mesures annoncées comprennent :
• la baisse des pensions
• la réduction des allocations de chômage
• la suppression du 13è mois pour la plupart des fonctionnaires
• à tout cela s’ajoute la baisse non négociée des salaires
• des coupes claires dans la santé
• et dans l’éducation nationale
• et cerise sur le gâteau, l’augmentation généralisée de l’impôt le plus inégalitaire la TVA, mais on peut quand même se réjouir car, cocorico, la TVA, c’est comme les droits de l’homme, c’est une invention française.
Toute la société est touchée par ce remède de cheval, enfin pas tout à fait, il y a ce petit pourcent des plus riches, les grandes fortunes et la haute bourgeoisie, qui reste épargné.
Cette réduction brutale du pouvoir d’achat de la majorité ne peut que conduire à une dépression économique. L’Histoire nous enseigne à quoi mènent de telles dépressions. La peste brune n’est jamais très loin. Et le capital s’en accommode très bien quoiqu’en dise Mme Parisot…
Que les espagnols se soient indignés, on les comprend, il y a de quoi. Après leur avoir fait miroiter des merveilles, qu’est-ce que l’Europe a à leur offrir ? Le plus haut chômage d’Europe et mêmes de tous les pays industrialisés. Plus de 25 % selon les chiffres officiels (et je ne vous parle pas des jeunes, car il vaut mieux ne pas être jeune en Espagne, 54 % d’entre eux sont au chômage). Nous vous parlerons plus loin des grands projets inutiles en France et dans le Gers, mais ce n’est rien à côté de l’Espagne, elle est la championne toutes catégories : villes fantômes, aéroports fermés, stades non utilisés. La dette en Espagne est matérialisée.

Quelles sont les méthodes et les conséquences de la réduction des déficits structurels ?

La méthode : réduire les dépenses sociales et augmenter les impôts inégalitaires

Réduire les dépenses sociales, on commence à bien connaître :
• Allongement de l’âge de la retraite
• Dé-remboursement des dépenses de santé
• Baisse des allocations chômage
• Baisse du salaire des fonctionnaires, et bien sûr par ricochet ou par anticipation de tous les salariés
Quant aux impôts : ils ont perdu de plus en plus leur rôle re-distributeur. Les inégalités ne font que se creuser. Plutôt que de taxer les riches, on augmente la TVA.

La conséquence : la pauvreté généralisée

Alors que plusieurs pays européens sont en récession et que l’Europe en général est en crise, que nous sommes en sur-production chronique, la baisse de la demande qui résultera d’une baisse des dépenses sociales ne peut qu’aggraver la récession et y précipiter les pays qui n’y sont pas déjà.
Il ne peut qu’en résulter la pauvreté pour le plus grand nombre. Pauvreté par la baisse des prestations sociales mais aussi, et surtout, pauvreté par l’accroissement du chômage.
Ma prochaine section s’intitule…

Quelles sont les victimes ?

Mais la réponse nous la connaissons : comme toujours quand le libéralisme passe, il n’y a pas équité et encore moins égalité de traitement. Ce ne sont pas les riches qui deviennent un peu moins riches, mais les pauvres qui deviennent encore plus pauvres…
L’actualité nous a rappelé la semaine dernière que la crise est moins cruelle pour certains que pour d’autres : Bernard Arnault qui voudrait acquérir la nationalité belge, a une fortune estimée à 41 milliards d’€ (il faudrait 60 000 smicards qui travaillent toute leur vie pour amasser une telle fortune). Mais les fées étaient sur son berceau, ou plutôt Fabius qui lui a donné 2 milliards en 1984 (c’étaient des Francs à l’époque, mais un milliard ça fait quand même beaucoup d’argent). Il faut donc remettre les choses en perspective… Comme nous l’a appris une étude suisse, la France est le pays européen qui compte le plus de millionnaires.
Mais, apparemment, les pauvres sont encore trop riches et, quand il s’agit de réduire les acquis sociaux, l’imagination de manque pas.

Les chômeuses et le chômeurs

Ce sont les premières victimes de la crise puisqu’ils ont perdu leur boulot, et on en rajoute une louche, ou pour être précis une triple louche, en réduisant le montant des prestations ET la durée des prestations ET les moyens alloués aux organismes en charge des chômeurs.

Les retraités

Tous les pays européens rallongent ou ont rallongé l’âge de départ à la retraite. Mais cela ne suffit pas, c’est le montant des retraites versées qui est maintenant réduit. On rajoute donc de l’inégalité à de l’inégalité. Ceux qui ont travaillé le plus dur ont déjà une espérance de vie réduite par rapport aux classes supérieures. En réduisant leurs prestations c’est à leur condition de vie qu’on s’attaque (chauffage, alimentation, santé…). Et donc à nouveau à leur espérance de vie.

Les femmes

Elles sont évidemment au premier plan, car la majorité des précaires sont des femmes. Les femmes sont plus souvent au chômage que les hommes, elles sont plus souvent en sous-emploi que les hommes, et la plupart des familles monoparentales ont à leur tête une femme. Et quand elles travaillent, elles sont moins bien payées que les hommes. Et pas qu’un peu : 25 % en France. On nous le rappelle tous les ans, tous les ans on s’en offusque, et puis, plus rien.
Quand l’État opère des coupes budgétaires, les femmes sont à nouveau au premier plan car ces réductions affectent principalement les dépenses sociales : elles ont été les premières touchées par les réformes des retraites ; elles sont évidemment les premières affectées quand ces coupes touchent les centres d’IVG, les organismes de lutte contre la violence faite aux femmes ; et quand l’aide aux familles baisse, ce sont les femmes qui assument le plus gros de la charge de travail. En imposant une restriction durable des finances publiques le Pacte budgétaire impose et interdit concrètement toute évolution vers le progrès social et l’égalité femme -homme.

Les jeunes

D’après les chiffres de la commission européenne, le chômage des jeunes a augmenté de 50 % depuis le début de la crise.
D’après la Commissaire Européenne chargée des jeunes, Androulla Vassiliou, les jeunes sont beaucoup trop nombreux à être exposés à un risque d’exclusion sociale et de pauvreté. Cela nous fait au moins presqu’un point d’accord avec la Commission Européenne ! Je dis presque, car « beaucoup trop nombreux » ça laisse entendre que le fait que les jeunes soit exposés à l’exclusion et à la pauvreté c’est OK s’il n’y en a pas trop. Pour nous, un jeune exclus ou un jeune pauvre, c’est un de trop.
Comme nous l’avons vu, dans les pays les plus touchés par la crise, le chômage des jeunes dépasse les 50 %. Et ce n’est pas la volonté de la Commission Européenne de se focaliser sur le programme Erasmus ou sur le bénévolat des jeunes qui va résoudre ce problème. Le bénévolat, quand même il faut oser, c’est dire aux jeunes, « on ne veut pas vous payer, mais si vous voulez travailler gratos, on est d’accord ».
Les jeunes espagnols ou grecs, eux, votent avec leur pieds, ils partent, ils émigrent. La voilà donc la solution. Nous sommes bien revenus aux années trente et à la grande dépression, et aux grandes émigrations.

Les immigrés

Ils ne bénéficient déjà pas des mêmes droits que les autres. En période d’austérité, ils sont donc les premiers à souffrir et ils sont les premiers à se retrouver au chômage. Et en plus ils servent de boucs émissaires.

Et… la liste des victimes est longue…

Je pourrais continuer la litanie : les handicapés, les malades…
On a bien compris que ce traité n’a pas été écrit par une femme célibataire avec deux gosses et qui travaille à mi-temps…
Passons maintenant à un des outils les plus efficaces de paupérisation :

La concurrence entre travailleurs et travailleuses européens

De quoi nous parle-t-on dans ce traité ou ce pacte ?

• On nous parle de déficit, structurel ou conjoncturel. Vous ne savez pas la différence. Pourtant ce n’est pas compliqué, le déficit structurel, c’est le déficit total duquel on a déduit le conjoncturel. Et le conjoncturel, eh bien, c’est ce qui n’est pas structurel. Vous avez l’impression de tourner en rond, c’est normal, les experts eux-mêmes n’arrivent pas à se mettre d’accord. Et en plus, ce n’est qu’après coup qu’ils savent ce qui était conjoncturel. En somme, avec ce traité on peut sanctionner un pays, et quelques mois plus tard dire, oups, on s’est trompé.
• On nous parle de dette. Ça tout le monde sait ce que c’est d’avoir des dettes. Mais les États, c’est plus compliqué, et Jean-Claude va vous en reparler.
• On nous parle de pourcentage de dette par rapport au PIB. Ça c’est intéressant : le PIB c’est ce machin qui augmente quand vous avez un accident de voiture, pas quand vous vous promenez et que vous êtes heureux. D’ailleurs le PIB a été inventé pour mesurer les capacités d’un État à faire la guerre… sans commentaire.
• On nous parle de compétitivité. Ça c’est facile, si on manque de compétitivité c’est la faute aux salariés. Ils sont trop nombreux, trop payés, les cadences ne sont pas assez rapides, etc. Si on est compétitif, on pourrait logiquement croire que c’est grâce aux salariés, mais non, c’est grâce à nos dirigeants d’entreprises… qui eux ne sont jamais trop payés.
• On nous parle de rigidité du marché du travail. En gros, tout irait mieux si on pouvait se débarrasser de ce foutu code du travail.
• On nous parle d’austérité. En fait le pacte budgétaire n’en parle évidemment pas mais l’austérité est présente en filigrane tout le temps.

Mais de quoi ne nous parle-t-on pas dans ce traité ?

D’une fiscalité à l’échelon européen, par exemple !

Bien au contraire. Le système promeut la compétition fiscale, ou plutôt le moins disant fiscal. C’est au pays dont les impôts baisseront le plus vite. Enfin, les impôts, pas tous. La TVA, elle, peut augmenter, comme en Grande-Bretagne ou en Espagne. Mais la fiscalité des riches et des entreprises, elle, doit baisser. En fait, elle n’est jamais assez basse. C’est le patriotisme à géométrie variable, les pauvres et les précaires doivent payer toujours plus, le capital lui va où bon lui semble, c’est à dire où cela lui coûte le moins.

Des droits sociaux et des salaires européens

Ça non plus, ce n’est jamais au menu. C’est même le contraire que nous promet le TSCG, toujours plus de concurrence entre les travailleuses et les travailleurs européens. La règle, c’est le moins disant social. Tous doivent s’aligner sur les moins bien pourvus. On nous a expliqué qu’avec le libéralisme, tout le monde vivrait mieux, les travailleurs du Sud obtiendraient les mêmes conditions de travail que ceux du Nord. Mais on n’avait pas compris, c’est tout le contraire, ce sont les travailleurs du Nord dont les conditions doivent s’aligner sur celles des travailleurs du Sud.

La concurrence entre travailleurs et travailleuses européens

C’est bien cela dont il s’agit. Car un mot qu’on ne trouve évidemment pas dans ce traité, c’est le mot de solidarité. Au contraire depuis des mois on assiste à un travail de sape pour monter les peuples les uns contre les autres. On oppose le Nord au Sud, les cigales et les fourmis, les travailleurs et les fainéants.
On réduit les droits des travailleurs dans le pays le plus vulnérable, et on étend la cure d’austérité par effet domino.
Aucun pays n’est épargné.
L’Allemagne est mise en avant comme le modèle à suivre, mais à quel prix ? Les chômeurs qui sont obligés d’accepter n’importe quel boulot à 4 € de l’heure ! L’excédent du commerce extérieur allemand, ce sont les travailleurs allemands qui le paient, au prix fort.
Le plus gros des échanges commerciaux en Europe se fait entre pays européens. Il n’est pas très difficile de comprendre que pour qu’un pays soit en excédent, il en faut d’autres qui soient en déficit. Cela s’appelle le principe des vases communicants et on apprend cela à l’école primaire. Mais on essaie de nous faire croire que tous les pays doivent suivre le même modèle.
Sur les effets dévastateurs de cette concurrence sur l’économie française, on a un exemple récent, PSA préfère fermer le site d’Aulnay-sous-Bois que celui de Madrid.

Conclusion

Tous les moyens sont bons pour faire ratifier ce traité. Pourquoi les Irlandais ont-ils voté pour ce traité ? Parce qu’on leur a fait le chantage aux aides. Si vous ne ratifiez pas de traité, vous ne serez pas éligibles aux aides européennes… La voilà la démocratie européenne !
Tout ce que la construction européenne était censée nous épargner : misère, émigration, nationalisme, racisme, est en train de revenir au galop. Mais ce n’est pas une fatalité.
Apparemment cela serait encore pire sans ce traité. Eh bien, nous demandons à voir…
Nous pouvons exiger d’autres choix budgétaires. Nous pouvons et nous devons préférer le social à la guerre.
Par un de ces tours de passe-passe dont les politiciens de tous bords sont capables, l’affreux traité SarkoMerkel, tant décrié par Hollande pendant la campagne présidentiel, ce traité qui allait nous apporter récession et austérité, est devenu un traité qui allie croissance au sérieux, rien que ça. Pourtant pas une ligne n’a été changé au traité. Le fameux pacte européen pour la croissance et pour l’emploi n’est que poudre aux yeux et recycle à 90 % des fonds déjà alloués.
François Hollande n’a pas hésité à aller chercher l’aide du Conseil Constitutionnel pour ne pas avoir à faire ratifier le traité par le peuple. Ce Conseil Constitutionnel dont tous les membres ont été nommés par la droite, sans même parler de Giscard, Chirac et Sarkozy.
Nous sommes les 99 % et nous pouvons refuser la barbarie sociale qu’un pourcent veut nous imposer. On veut nous faire croire que sans ce traité cela serait pire. Oui c’est vrai, cela serait pire… pour le un pourcent !
On nous présente le capitalisme libéral comme la seule solution viable. Pourtant les crises du capitalisme se multiplient et se rapprochent. Nous allons d’éclatement de bulle en éclatement de bulle. Nos conditions de vie se dégradent. Notre environnement aussi, jusqu’à un point de non-retour.
L’avenir nous appartient si nous trouvons en nous l’imagination de l’inventer.


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