Attac32

Notre-Dame-des-Landes : un projet bizarre

mardi 12 février 2013 par attac32

Notre-Dame-des-Landes : un projet bizarre.

Depuis 1967 on parle, dans la région nantaise d’un aéroport de taille « européenne ». Il est à nouveau à l’ordre du jour. Le Conseil Régional des Pays de Loire, le Conseil Général de Loire Atlantique, le Préfet, le Ministère des transports et le groupe Vinci en sont les principaux acteurs. Ce dernier est particulièrement intéressé : il est à la fois, le maitre d’ouvrage pour sa réalisation et en a obtenu la concession d’exploitation pour 55 ans avec une garantie de revenu pour ses actionnaires. Une commission d’enquête d’utilité publique fut institué en 2006 mais…

…bizarre, bizarre : 63% des contributions à l’enquête d’utilité publique sur ce projet étaient défavorables. Deux des 7 commissaires enquêteurs ont démissionné mais un Décret d’Utilité Publique l’autorisant est publié en février 2008.

Bizarre, bizarre : le préfet de région qui le promulgua, M. Bernard Hagelsteen, après son départ en retraite se retrouva en décembre 2011, avec son carnet d’adresses, Conseiller chez Vinci.

Des recours furent déposés devant le Conseil d’Etat. Aucun n’aboutit.
Bizarre, bizarre, la présidente de la section des travaux publics dudit Conseil s’appelait Mme Marie-Dominique Hagelsteen, épouse du précédent.

Bizarre, bizarre, la loi sur les transports intérieurs (LOTI 1982) prévoit que, dans un tel cas, plusieurs projets doivent être étudiés. Mais, c’est bizarre, dans ce cas il n’y en eu qu’un.

Bizarre, bizarre, le Grenelle de l’Environnement dit la même chose pour des projets ayant un fort impact environnemental. Mais, c’est bizarre…. (voir ci-dessus)

Intrigués par toutes ces bizarreries des élus qui doutant fortement du bien-fondé du projet créèrent un collectif pour approfondir la question. Ils sont un millier, dont 574 de Loire Atlantique. Parmi ces derniers deux sénateurs, 5 conseillers régionaux, 9 conseillers généraux et 558 maires, ou conseillers municipaux. Ils appartiennent à des sensibilités politiques différentes, voire opposées : NPA, PS, PG, EELV, Alternatifs, MODEM sans oublier les « sans étiquette ». Ils trouvèrent un cabinet spécialisé hollandais qui avait déjà fait ses preuves auprès des Ministères des transports des Pays-Bas et de Grande Bretagne. Ils le mandatèrent pour examiner le projet »NDdL » et étudier ce qu’il était possible de faire en aménageant l’aéroport actuel « Nantes Atlantique ».

La prise de décision de l’Etat d’autoriser ou pas de tels investissements repose sur une étude coûts/bénéfices pour la collectivité. On étudie en général trois scénarios : un pessimiste avec les conditions les plus défavorables,( n°1), un moyen, qui est le plus probable (n°2), un optimisme avec les conditions rêvées (n°3). Le scénario « NDdL » le plus probable fait apparaitre, un gain de 607 millions d’€ pour la collectivité. C’est sur cette base que le feu vert a été donné à Vinci, avec l’approbation des collectivités locales.

Mais de l’examen détaillé du projet « NDdL » surgit une nouvelle cascade de bizarreries :

• Dans ce genre de projet on attribue une valeur monétaire aux heures de transport qu’il ferait économiser. Selon le Comité directeur des transports cette valeur ne devrait pas dépasser 20€ en 2025. L’étude l’estime, sans justification sérieuse, à 98 € dans le scénario 2. Ce tour de passe-passe pèse très lourd dans le résultat final. Très, très, très bizarre !

• On sort du chapeau 65 000 à 80 000 passagers qui viendraient de Paris prendre l’avion à Nantes ! Bizarre !

• A l’inverse la concurrence du TGV pour les vols Nantes-Paris et autres vols à moyenne distance n’existe pas ! Bizarre !

• L’élargissement aux transports aérien du paiement de quotas de CO2 est ignoré de même que l’augmentation du prix du carburant, mais la diminution de la propension à prendre l’avion n’est pas prise en compte

• La construction d’un tram-train est prévue dans le projet. Ses effets positifs sur la fréquentation de l’aéroport sont estimés à 70 millions. Mais le coût de sa construction n’est comptabilisé nulle part ! Vraiment bizarre !

• Aucune estimation n’est faite du coût de la gestion de l’eau qui devrait être considérable si Vinci et le gouvernement respectaient les lois sur l’eau. Bizarre et surtout inquiétant : les contorsions gouvernementales ouvrent la voie à une jurisprudence réduisant à zéro la protection des zones humides (voit plus bas)

• Le coût de la construction de l’aéroport était, au départ de 581 millions d’€, avec une participation de l’Etat de 16% (févier 2008). Lors de la présentation aux collectivités territoriales (septembre 2010), la participation de l’Etat et des collectivités était passé, bizarre, bizarre, à 46% ! On sait que, dans de tels projets l’estimation initiale est loin de la facture finale. L’expérience européenne montre un dépassement moyen de 40%. Qui paiera ?

• Une fois corrigé par le cabinet CE Delft des erreurs, oublis, omissions et estimations fantaisistes le même scénario 2 « NDdL », (le plus probable) aboutit à une perte pour la collectivité de 91 millions d’€ et de 614 M € si on tient compte du renchérissement plus que probable de la facture finale !

C’est sur la base d’une étude incomplète et entièrement « bidouillée » que les collectivités territoriales se sont prononcées ! Légitimer le projet par ces votes au nom de la démocratie relève de l’imposture. De plus un appel d’offres de 190 000 € vient d’être lancé auprès des agences de lobbying pour travailler l’opinion en faveur du projet. Bel exemple de démarche démocratique !

Toujours selon le cabinet CE Delft l’aménagement de l’aéroport actuel « Nantes Atlantique » avec une nouvelle piste se solderait par un gain pour la collectivité de 158 M€.

Ce projet pharaonique « NDdL »n’a pas lieu d’être. Il serait plus intelligent et moins couteux d’aménager l’aéroport actuel en s’engageant dans la transition écologique et sociale :

• Réduire les survols de Nantes (nouvelle piste).

• Isoler thermiquement et phoniquement si nécessaire les habitations alentour, de façon à réduire les nuisances sonores, les émissions de gaz à effet de serre et diminuer d’autant la facture de chauffage des usagers, notamment ceux des logements sociaux actuels.
Un tel projet, créateur d’emplois utiles, en nombre au moins aussi important que la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes aurait notre soutien. Il est tout à fait finançable avec les économies réalisées en remplaçant la construction d’un nouvel aéroport démesuré par l’aménagement de l’ancien.

« Zone Humide ».
Autrefois considérées comme malsains, les marais et marécage ont été très souvent asséchés. On s’est rendu compte, dans les années 70 que ces zones humides jouaient un rôle environnemental et écologique fondamental. Mais leurs surfaces ont continué de diminuer, victimes « collatérales » des grands travaux : construction d’autoroutes, de voies ferrées, de Zones industrielles ou autres. Depuis 1976 une série de lois et directives européennes réglementent la protection des espèces menacées et la gestion de l’eau et des zones humides. Le principe général de la gestion des zones humides tient en trois mot : Eviter [de les détruire], Réduire [les surfaces affectées], Compenser [Recréer l’équivalent de ce qui a été détruit]. Trois éléments principaux sont à prendre en considération : influence sur le réseau hydrologique, la faune, la flore. Mais il existe rarement un bilan complet de la valeur écologique de ces zones et Vinci, comme les autres grands du BTP, se rue sur la solution la plus confortable pour eux, la compensation, sans chercher ni à éviter ni à réduire les dégâts écologiques. La compensation se résume, dans le dossier de Vinci, à quelques vagues mesure qui ne sont ni chiffrées, ni planifiées. Normalement la Loi sur l’eau oblige Vinci à soumettre ses mesures à l’avis de l’autorité environnementale, mais Vinci et le gouvernement s’y opposent. Pour faire bonne mesure Delphine Batho vient de supprimer l’obligation de produire cet avis aux associations qui le demandent.


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