Attac32

COMPTE RENDU DE LA REUNION DU 5 JUIN 2013

samedi 22 juin 2013

Comment faire de nouveaux adhérents ?

La discussion sur cette question a donné lieu à des échanges « à bâtons rompus » dont voici quelques éléments :
ATTAC aurait « mauvaise presse » et serait trop politique pour les uns, pas assez pour les autres. Le capital de sympathie don bénéficiait ATTAC lors de son lancement cède la place à une méfiance. Cet avis n’est pas partagé par l’ensemble des présents.
Le mode d’organisation d’ATTAC fait débat : il faut constater qu’il n’attire pas les jeunes… contrairement à la lutte contre la construction de l’aéroport Notre Dame des Landes. Même si l’activité des opposants à l’aéroport Notre Dame des Landes peut paraître parfois inorganisée voire déroutante dans sa complexité, les éléments jeunes restent mobilisés et créatifs.
Un retour sur l’activité d’ATTAC dans le Gers montre que ce qu’on réussit le mieux, ce sont les conférences-débats en faisant venir une personne de « haut niveau », telles J.M. HARIBEY, G. AZAM. Mais on reste alors dans une situation où la parole est descendante. Si de telles initiatives peuvent susciter des adhésions, elles ne suscitent pas de participation à l’action et à la réflexion du comité local.
ATTAC a organisé quelques manifestations spectaculaires. Mais celles-ci n’ont pas entraîné d’adhésions nouvelles.
Par rapport au national, il y a un certain découragement parce que l’association a beaucoup de peine à sortir d’un discours « économiciste », sclérosé et parfois académique. Même à ATTAC, le pouvoir des élites existe. Le Conseil Scientifique pèse encore de tout son poids et la doxa marxiste y est encore très présente.
Alors, quelle analyse économique ?
Il faudrait ouvrir de nouveaux chantiers de réflexion : l’accélération des rythmes de la société, le malaise au travail, l’individu dans le système capitaliste, la croissance…. Mais ces thèmes sont encore très timidement abordés … lorsqu’ils ne sont pas tout simplement étouffés.
Ce qui semble avoir un certain impact aujourd’hui, ce sont les propositions concrètes de changement dans le quotidien (cf. la Confédération Paysanne qui propose des produits bio, la démarche initiée par Auch en Transition, les actions sur les biens communs comme l’accès à l’eau etc…)
Si ATTAC veut organiser certaines actions de rue, il faut être nombreux et bien préparer les choses. Ne pas trop en faire, ne pas imposer sa façon de faire, et faire juste ce qu’il faut !

La transformation de la Route Nationale 21 en 2 X 2 voies comme exemple de Grand Projet Inutile et Imposé

Eléments du débat :
La Route Nationale 21 est la route qui relie Limoges à Argelès-Gazost. Elle fait 416 kilomètres de long et traverse Périgueux, Bergerac, Villeneuve sur Lot, Agen, Auch, Mirande, Tarbes, Lourdes.
Bien qu’une association de lobbying – Euro21 – ait été crée en 1992, l’histoire de la RN 21 en 2x2 voies commence en 1994. E. Balladur, Premier Ministre à l’époque, se déclare favorable à une 2x2 voies de Limoges à Lourdes à l’issue d’une rencontre avec les élus du Lot et Garonne. Des travaux sont engagés. Ils sont destinés à aménager la route depuis Limoges.
Actuellement, voici la situation :
entre Limoges et Périgueux : créneaux de dépassement réalisés,
déviation de Bergerac,
contournement de Villeneuve sur Lot,
aménagements entre Villeneuve sur Lot et Agen.
le trafic entre Agen, Auch, Tarbes est considéré comme un trafic régional
contournement de Tarbes pas envisagé,
difficile de doubler la route entre Tarbes et Lourdes
voie express entre Lourdes et Argelès-Gazost.
Mais, entre 1994 et aujourd’hui, l’Etat français se désengage de plus en plus de la construction et de l’entretien des routes. En 2006, une loi exclut le financement des routes par l’Etat dans les contrats de projet (anciennement contrats de plan). Exit donc les projets de 2x2 voies pour la RN 21.

En 2004 apparaît une opportunité : la commission européenne adopte en effet une liste de 30 projets prioritaires pour la constitution d’un réseau transeuropéen de transport. Le projet N°16 évoque une liaison ferroviaire Sines/Algésiras-Madrid/Paris comprenant un tunnel dans les Pyrénées centrales. Il s’agirait de développer le ferroutage : camions, voitures, autobus seraient alors pris en charge par des trains-navettes.
Le projet de la Commission Européenne est une occasion à saisir pour les Chambres de Commerce et d’Industrie de la Haute Vienne, de la Dordogne, du Lot et Garonne, du Gers, des Hautes Pyrénées, car Il pourrait venir s’articuler avec une RN 21 en 2x2 voies … à condition de développer le transport multimodal. L’association « Euro 21 » (association de lobbying) – créée en 1992- mais en sommeil depuis est réactivée.

Il faut résoudre deux problèmes épineux :

La rentabilité : étude du cabinet EGIS.

En 2003, la mise en 2x2 voies de la RN 21 avait été évaluée « non rentable » par les services de l’Etat. L’association Euro 21 fait appel à un cabinet d’études, le cabinet EGIS. Et un miracle se produit : l’étude réalisée en 2010 par le cabinet EGIS conclut à la rentabilité d’un projet de mise en 2x2 voies de la RN 21 – taux de rentabilité situé entre 7.6% et 8.1%. (Sur les modalités de ce calcul, consulter le site Euro21).

L’étude affirme aussi que la mise en 2x2 voies de la RN21 aura pour conséquence :
L’amélioration de la vie des riverains (sécurité, accès aux services…)
Un développement économique
En ancrant le territoire dans la dynamique économique du Grand Sud Ouest,
En renforçant l’accessibilité et l’attractivité du territoire
En améliorant la desserte des pôles d’activité économique
En accroissant la compétitivité des entreprises locales
Des retombées régionales par
Une meilleure maîtrise de l’étalement urbain
Un accès à des services de transport adaptés
Un renforcement de la multi modalité (avec le projet de la traversée centrale ferroviaire des Pyrénées)
Le désengorgement des passages transfrontaliers (côté atlantique et côté méditerranée) et des métropoles (Bordeaux et Toulouse)

La rapidité : les parlementaires à la manœuvre.

Car, il faut aller vite. Et développer une forte action de lobbying. Cette action repose sur deux axes : faire inscrire la mise en 2x2 voies de la RN21 au Schéma National des Itinéraires Routiers (SNIT) et médiatiser le projet.

Le SNIT

A l’Assemblée Nationale : réunion de la commission des Transports (voir le CR n° 30 de la réunion du 01.03.2011) Le secrétaire d’Etat des Transports est Thierry MARIANI. Devant la commission, T. MARIANI explique que :
L’aménagement de la RN 21 entre Limoges et Tarbes relève essentiellement de problématiques locales qui ne permettent pas d’envisager une réalisation par voie de concession ;
Le RN 21 fait partie des routes prioritairement concernées par la politique de modernisation de l’Etat ;
La mise en 2x2 voies de la RN21 est envisageable dès lors qu’elle correspond à des besoins réels ;
La RN21 sera aménagée progressivement dans le cadre des Programmes de Modernisation des Itinéraires Routiers (PDMI) et l’engagement des collectivités locales aux côtés de l’Etat sera déterminant pour le bon avancement du dossier. Pour l’Etat, la priorité aujourd’hui, c’est l’aménagement de la section Villeneuve d’Agen-Agen.
(NDLR : Rappelons, pour mémoire, que le PDMI est doté d’un budget de 1 Milliard d’€ par an).

Au Sénat : rapport de Louis Nègre – Sénateur UMP des Alpes Maritimes, Secrétaire de la Commission du développement durable, des infrastructures, de l’équipement et de l’aménagement du territoire – Commission dont le Président est Raymond Vall, Sénateur du Gers.
Louis Nègre répète à la même époque aux Sénateurs que le SNIT n’inscrit pas les projets d’aménagement des routes existantes qui répondent seulement à des problèmes locaux de desserte du territoire, de sécurité, de congestion, de nuisance ou encore d’intégration environnementale et qui ne créent pas de nouvelles fonctionnalités qui viendraient modifier à grande échelle les comportements au travers de nouveaux trafics ou des reports modaux.
Louis Nègre rappelle que l’adossement est interdit mais qu’il n’y a pas d’obstacle, à priori, à la réalisation d’un projet si celui-ci ne coûte rien à l’Etat.

Donc, du côté de l’Etat, il ne faut pas attendre grand-chose si ce n’est un financement, abondé par les collectivités locales, de tronçons de route, ce qui peut mener très loin dans le temps….

Il faut revenir sur le rappel de Louis Nègre concernant la possibilité de réaliser un projet si celui-ci ne coûte rien à l’Etat. En clair, il s’agit de la mise en concession de l’exploitation d’une route nationale à une société privée. C’est la solution à laquelle les CCI regroupées dans l’association de lobbying Euro 21 à pensé en 2010, après avoir pris connaissance des conclusions de l’étude menée par le cabinet EGIS. A l’époque, EIFFAGE, VINCI, COLAS s’étaient déclarés intéressés….. Cette solution correspond aussi à une proposition de loi du groupe parlementaire UMP déposée en 2006 et qui entendait confier la mise en 2x2 voies et l’exploitation de la RN 21 à une société privée.
L’idée n’est pas neuve. La concession de l’exploitation d’une route nationale en 2x2 voies a déjà été mise – une seule fois – en pratique en France. Il s’agit de la Route Centre Europe Atlantique (RCEA) dont le dossier est consultable et téléchargeable sur le site informatique du Conseil Général de Saône et Loire. Les conclusions du dossier soulignent toutefois que :
Les travaux ne sont pas allés plus vite,
La rentabilité de l’ouvrage n’est pas au rendez-vous (fréquentation des véhicules inférieure aux prévisions)
La facture est supérieure de 60% (due notamment à la construction des péages)
Les contribuables ont dû payer 3 fois…..

La médiatisation du projet : organisation de colloques

Plusieurs colloques sont organisés, notamment à Auch et à Limoges.
Un colloque sur la 2x2 voies est organisé à Auch, le 1er décembre 2008.
Denis CONUS est alors préfet du Gers. Il est invité à donner la position de l’Etat. Sans surprise, il défend la position des services de l’Etat : la politique routière doit répondre aux besoins de l’économie (NDLR l’Etat et se conforter à la politique environnementale. Le Grenelle de l’environnement venait d’avoir lieu !)
Philippe MARTIN, Président du Conseil Général du Gers indique que sa priorité, c’est l’achèvement de la R.N. 124 et que la philosophie du Grenelle de l’environnement va à l’encontre du projet de 2x2 voies.
Pour les promoteurs de la 2x2 voies, il faut saisir la commission nationale du débat public pour que des enquêtes d’utilité publique soient menées. Cela demande 2 ans. Puis, si les résultats de l’enquête sont concluants, entre le moment où l’Etat donne son feu vert et la mise en service de l’ouvrage, il faut compter 10 ans. C’est la raison pour laquelle les CCI souhaitent que l’Etat désigne un concessionnaire qui lancera un emprunt obligataire qu’il financera sur ses propres deniers pour construire la 2x2 voies. Le concessionnaire se fera rembourser par un péage.
Mais, tant que les études ne sont pas réalisées (tracé retenu, reprise de l’ancienne rn 21 ou site propre, contournement des agglomérations etc…), on ne peut pas savoir si l’opération sera ou non rentable et, par conséquent, si des subventions doivent être accordées….

Un autre colloque est organisé le 19 mars 2012, toujours à Auch. Nous sommes en période électorale. Peu de temps auparavant, le Président sortant candidat à sa succession visite le Gers et tient une réunion à Gimont. A la suite d’une question posée au Président sortant sur la RN21, celui-ci demande à la ministre de l’écologie de faire réexaminer le projet de 2x2 voies par les services de l’Etat (ces derniers l’avaient condamné pour absence de rentabilité….)
Lors de ce colloque, la position du Président du Conseil Général du Gers est toujours la même : sur la forme, il adoucit son propos de 2008 en disant qu’il était favorable à une 2x2 voies mais que le Conseil Général du Gers ne la financerait pas… ce qui revient à donner un feu vert à une concession à péage. Le coût de l’ouvrage se monterait à 2.8 Milliards €.
Un récent colloque tenu à Limoges tentait d’approfondir la multi modalité au sein du projet.

Questions qui se posent (liste non exhaustive) :
Problème des riverains : y aura-t-il une alternative à la 2x2 voies ? Car, dans le projet, la question n’est pas clairement tranchée : s’agit-il d’une 2x2 voies pour favoriser le transport routier ou pour desservir les agglomérations ?
Il existe un seul exemple, en France, d’une concession de la construction et de l’exploitation d’une route nationale, c’est la Route Centre Europe Atlantique. Un état des lieux de cette route peut être téléchargé sur le site du Conseil Général de Saône et Loire. Au bout du compte, pour cette route,
Il a fallu plus de 20 ans d’enquêtes, de débats etc…
La privatisation a coûté 60% plus cher
La présence des – nombreux – péages est dissuasive et reporte une partie du trafic camion sur les axes routiers départementaux,
Il y a un accroissement des rejets de gaz à effet de serre dû au passage à 110 km/h sur cet axe au lieu des 90 km/h sur nationale,
Il y a eu une augmentation des dépenses du contribuable (construction de péages destinés au trafic local, entretien des voies départementales empruntées par les camions…)
C’est un projet porté par les CCI pour – disent-elles – favoriser le développement économique. Il n’y a pas eu de débat démocratique. Tous les usagers de cette route reconnaissent la nécessité d’en améliorer l’état. Quant à construire une 2x2 voies à péage, c’est une autre question. Les colloques organisés ont fait intervenir des personnes favorables au projet. Les voies discordantes (EELV notamment) n’ont pas été invitées à s’exprimer.
Le franchissement des Pyrénées et la multi modalité est au cœur du projet. Bien malin qui pourra dire si, quand et où un nouveau tunnel sera percé pour franchir les Pyrénées et si, quand et comment se fera le transfert des camions sur voie ferrée et la liaison avec le réseau ferré existant. En attendant, c’est le transport routier et les rejets de CO2 qui sont, une fois encore, privilégiés…

Du débat qui a suivi l’exposé de ces éléments sont ressorties les considérations suivantes :

Lors de la campagne des dernières élections régionales, nous avons posé des questions aux candidats notamment sur la politique des transports. Il faudrait relire ce qu’ils ont écrit.
Il faut prendre au sérieux le caractère accidentogène de la RN21. Mais ce dernier ne dépend pas uniquement de l’état et du tracé de la route.
Il faut proposer des alternatives à la construction d’une 2x2 voies, notamment le développement du transport par chemin de fer. Voir aussi la proposition des cheminots CGT de remettre en service la voie ferrée Auch-Agen.
La traversée des Pyrénées risque d’être compliquée, notamment par les réactions des populations qu’elle va provoquer.

Prochaine réunion le mercredi 3 Juillet 2013 à 19h à la Maison des « Ensemble », 29 Chemin du Baron à Auch.


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